Le renouveau européen passe par l’énergie et le climat

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La dépendance aux énergies fossile encourage l'investissement dans les énergies vertes à sortir de l'UE.

Angela Merkel, Jean-Claude Juncker et François Hollande se réunissent cette semaine. Ils devront aborder les sujets qui rendront non seulement l’Europe plus pertinente à l’échelle internationale, mais aussi qui rassureront ses citoyens. La lutte contre le changement climatique en est un.

Nick Mabey est le PDG de l’organisation écologique E3G.

Le débat sur les réformes à apporter au projet européen s’accélère au lendemain du choix, par le peuple britannique, du « Brexit ». Il y a un risque réel que la tentation actuelle d’éviter toute tension politique sabote les actions déjà prises, et largement supportées, sur l’énergie et le changement climatique. Alors qu’Angela Merkel, Jean-Claude Juncker et François Hollande se réunissent cette semaine, ils se doivent d’aborder les sujets qui rendront non seulement l’Europe plus pertinente à l’échelle internationale, mais aussi qui rassureront ses citoyens. La lutte contre le changement climatique en est un.

Maintenant que le choc initial du vote du Royaume Uni en faveur de la sortie de l’Union Européenne est derrière nous, les raisons à l’origine de cette décision commencent à devenir plus claires. Les dirigeants européens semblent avoir compris que les résultats du référendum britannique ne sont pas imputables à une certaine culture ou a un exceptionnalisme d’Outre-manche, mais à un vrai malaise face à des inégalités croissantes, la méfiance envers les élites politiques, ou encore les craintes liées à l’immigration qui existent partout dans l’UE.

Les dirigeants des 27 autres États-membres doivent maintenant passer de l’analyse à la recherche de solutions, et éviter de s’enliser dans des discussions autour de concepts abstraits tels que « plus » ou « moins » d’Europe. C’est seulement en répondant aux craintes de ses citoyens que l’Europe peut construire l’espace politique nécessaire pour continuer à garantir coopération et ouverture. Si plus d’Européens ne se sentent pas rapidement économiquement plus fort et plus en sécurité, ils risquent de continuer à dériver vers des candidats populistes qui disent vouloir «reprendre le contrôle» au niveau national.

La diplomatie européenne a connu son plus grand succès des dernières décennies avec l’adoption de l’Accord de Paris sur le changement climatique en Décembre 2015. Mais malgré le fait que cet accord nécessite une augmentation de l’ambition climatique européenne, le débat sur la révision des objectifs à l’horizon 2030 n’a pas lieu par crainte d’offenser certains en Pologne qui continuent à s’opposer à tout ce qui va à l’encontre de son secteur du charbon défaillant.

Cet enjeu compte pour les Européens. Sans action supplémentaire, le monde va rapidement dépasser le niveau d’émissions considéré comme «sûr» par les accords de Paris. Un récent sondage indique que le changement climatique est considéré comme une menace comparable à l’État islamique en Espagne, en Italie, en France et en Grèce. Les pays traditionnellement plus verts comme l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède se sentent beaucoup moins concernés. Cela montre que le changement climatique est passé d’un enjeu environnemental à un problème de sécurité. Il a cependant été absent des débats portant sur la sécurité en Europe depuis le vote sur le « Brexit ».

La réticence des États membres à une plus grande ambition climatique n’est pas économique mais politique. La baisse rapide des coûts des renouvelables, des technologies de stockage et de l’efficacité énergétique a bouleversé les marchés, affectant les revenus des acteurs traditionnels. Parmi ces entreprises, nombreuses sont celles qui essaient maintenant de préserver la valeur de leur actif en empêchant ou rendant difficile l’accès au marché par de nouveaux entrants, avec la complicité de la puissance publique; par exemple, par le biais d’aides ou subventions pour les industries fossiles.

Sans de nouveaux objectifs contraignants, les investisseurs continueront à investir dans l’énergie propre en dehors de l’UE, là où les marchés sont en croissance. Sans réformes audacieuses, l’Europe va perdre son avance face aux États-Unis dans la création d’un marché de l’énergie propice au déploiement de nouvelles technologies propres et intelligentes, et au développement de nouveaux modèles économiques qui profiteront non seulement aux ménages, mais aussi aux villes, à l’industrie lourde et au secteur technologique. La révolution de l’énergie intelligente est analogue aux changements dans le secteur des télécoms dans les années 80 et 90: c’est grâce à un leadership européen fort que les monopoles ont été brisés et que l’infrastructure nécessaire à la compétitivité a été construite.

Les dirigeants européens veulent à juste titre donner la priorité aux politiques qui rendent l’Europe pertinente à l’échelle internationale, celles que leurs citoyens soutiennent, et celles qui permettent de dégonfler les bulles politiques populistes. Les domaines du climat et de l’énergie, poussés par d’incroyable progrès technologiques et des marchés mondiaux en plein essor, ont beaucoup à offrir. Cela nécessite de s’attaquer aux différences entre les États membres et les intérêts des acteurs en place, en particulier en éliminant progressivement l’utilisation du charbon.

Il n’y a aucun moyen facile et  indolore de redémarrer le projet européen. La question est d’identifier les domaines offrant le meilleur équilibre entre les coûts et les avantages politiques : l’énergie propre et le changement climatique devraient être en haut de cette liste.

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