Inertie climatique : la responsabilité franco-allemande

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L’Europe politique est en panne sur le climat. Pour débloquer le dialogue européen sur l’ambition climatique, une coordination politique étroite est aujourd’hui nécessaire entre la France et l’Allemagne pour organiser une sortie concomitante des énergies sales, charbon et nucléaire.

Stefan Krug est directeur des affaires publiques à Greenpeace Allemagne. Clément Sénéchal est chargé de campagne climat à Greenpeace France.

Alors que l’Union européenne a pu figurer par le passé comme un moteur de la diplomatie climatique, la décevante COP 24 a mis en lumière sa difficulté à parler d’une seule et même voix et peser positivement, d’un seul bloc, sur l’issue des négociations. Le couple franco-allemand, pourtant essentiel dans le positionnement de l’Union européenne a donné lui le triste spectacle d’une désunion constante, chacun affichant des priorités divergentes et des lignes rouges opposées sur les différents piliers de la négociation, l’Allemagne se montrant volontaire sur la question des financements et la France plutôt sur celle de l’ambition climatique. Cette dissonance a permis à des États membres réfractaires à une rehausse des ambitions, comme la Pologne, dotée de la présidence de la COP 24, d’entraver à son avantage les négociations.

Alors que le GIEC tirait la sonnette d’alarme en octobre 2018, enjoignant les États à accélérer drastiquement la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, l’Union européenne n’a toujours pas réussi à réviser à la hausse ses engagements climatiques actuels, pourtant rendus caduques par les dernières conclusions de la communauté scientifique.

Au cœur de ces difficultés, le couple franco-allemand. En juin dernier, un sommet entre les deux pays aboutissait à la déclaration de Meseberg, prometteuse. Il était en effet question pour les deux pays de coordonner leurs efforts pour « veiller à ce que l’UE prenne de nouveaux engagements à la COP 24 afin de réviser d’ici au début de 2020 sa contribution déterminée au niveau national » et « de définir des conceptions communes de la transition énergétique et des outils qui permettront de favoriser des investissements durables et des incitations économiques, notamment la question de la tarification du carbone. »

Hélas, quelques mois plus tard, à la lumière des retards accumulés sur les objectifs existants, Angela Merkel se montrait plus frileuse sur une révision à la hausse de l’ambition climatique européenne. S’il est tentant de jeter l’opprobre sur le voisin allemand, il faut également pointer la duplicité du partenaire français.

À Meseberg, le «moteur» franco-allemand a tourné dans le vide

Avec le Brexit en première place, l’achèvement de l’Union bancaire et le budget de la zone euro sont délaissés, avec des conséquences qui ne sont pas anecdotiques, selon Olivier Bodin et Michael Vincent.

D’abord, Emmanuel Macron a beau jeu de multiplier les déclarations fracassantes sur le terrain international de la diplomatie climatique, il n’en demeure pas moins que la France est bien loin d’être exemplaire au niveau national : elle ne respecte pas ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui repartent à la hausse depuis deux ans.

Surtout, le président français, par la voix de son ministre d’alors, Nicolas Hulot, a rapidement fait savoir qu’il ne respecterait pas les engagements pris dans la loi de 2015 sur la transition énergétique. Quelques jours avant l’ouverture de la COP 24, le gouvernement actait dans la programmation pluriannuelle de l’énergie un retard minimum de 10 ans sur la réduction de la part d’énergie nucléaire à 50 % du mix français, faisant le choix du même coup de freiner le déploiement des énergies renouvelables, un terrain sur lequel l’état français est pourtant déjà en retard sur ses objectifs. Pire, Emmanuel Macron a saisi l’occasion pour véhiculer l’idée fausse que le nucléaire était une technologie compétitive et indispensable à l’Europe pour lutter contre les changements climatiques.

L’éolien français dans l’impasse depuis plus d’un an

En un an, aucun projet d’énergie éolienne n’a été approuvé en France. Pour Paris, qui tente de se présenter comme un champion climatique, la situation devient gênante.

Cet entêtement français sur le nucléaire, contraire au multilatéralisme tant vanté par Emmanuel Macron, pollue le dialogue franco-allemand. D’abord, la France témoigne de son incapacité à fournir le moindre effort industriel, au moment où elle demande à l’Allemagne de sortir du charbon. Ensuite, elle instrumentalise l’enjeu climatique pour améliorer sa compétitivité par rapport au voisin allemand sur le marché européen de l’électricité, transformant la catastrophe en cours en argument commercial pour EDF. Enfin, elle néglige les réalités démocratiques allemandes, un pays qui a même accéléré la sortie de l’énergie nucléaire après la catastrophe de Fukushima, en 2011.

Ce 22 janvier, le président français et la chancelière allemande renouvelleront à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, le Traité de l’Élysée, scellé le 22 janvier 1963 au nom d’une nouvelle amitié franco-allemande, garante de paix pour le vieux continent.

France et Allemagne entérinent une vision désenchantée de leur relation dans un nouveau traité

Le traité que signeront France et Allemagne mardi prochain découle de l’élan pro-européen de Macron. Pragmatique, le texte met l’économie et la défense en avant plutôt que le politique ; des divergences majeures demeurent.

À l’article 18 du nouveau traité, les deux pays s’engagent à transformer leurs économies de concert pour favoriser « des actions ambitieuses de lutte contre les changements climatiques ». Espérons qu’il ne s’agisse pas, comme trop souvent sur le climat avec Emmanuel Macron, de vœux pieux. La loi énergie et la PPE, qui doivent être adoptés au printemps, seront l’occasion de le vérifier au niveau des politiques publiques. Le prochain sommet du G7, organisé en août à Biarritz sous présidence française, permettra d’en mesurer la portée diplomatique.

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