L’Europe ouvre un débat sur l’économie circulaire

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Elzbieta Bienkowska, Frans Timmermans, Karmenu Vella et Jyrki Katainen. [@Commission européenne]

Quatre commissaires européens appellent l’UE à se mettre à la page de l’«économie  circulaire », et promettent la présentation d’un nouveau paquet avant la fin de cette année.

Par Frans Timmermans, Premier Vice-président de la Commission européenne Jyrki Katainen, Vice-président à l’emploi, à la croissance, à l’investissement et à la compétitivité, Karmenu Vella, Commissaire à l’environnement, affaires maritimes, pêche et El?bieta Bie?kowska, Commissaire au marché intérieur, industrie, entrepreneuriat et PME.

L’Europe est riche en compétences et pauvre en ressources. En affaires, comme dans la vie, nous devrions miser sur nos points forts et protéger nos points faibles ; pourtant, aujourd’hui, l’Union importe six fois plus de matières premières et de ressources naturelles qu’elle n’en exporte. Nous consommons les ressources renouvelables une fois et demie plus vite que nous ne pouvons les remplacer, ce qui entraîne à la fois une pression insoutenable sur notre environnement et fait peser une menace pour l’industrie européenne.

Chaque seconde, 500 kilos de plastique à la mer

La classe moyenne mondiale devrait augmenter de 4 milliards de personnes à l’horizon 2035. Nul besoin de beaucoup d’imagination pour deviner quelles en seront les conséquences en matière d’utilisation des ressources naturelles, de prix des matières premières, de production de déchets et d’émissions de gaz à effet de serre.

Aujourd’hui déjà, toutes les secondes, 500 kilos de déchets – à savoir la quantité moyenne de déchets produite chaque année par citoyen européen – finissent dans la mer, essentiellement du plastique. Il ne s’agit pas là uniquement d’un problème environnemental. L’enjeu n’est pas seulement celui des coûts énormes pour les secteurs du tourisme, de l’agriculture et de la pêche. C’est aussi du gaspillage économique pur car ces déchets pourraient autrement être réutilisés, recyclés ou utilisés comme une source précieuse d’énergie, réduisant de ce fait nos émissions de carbone au cours du processus. Nos déchets valent de l’or.

Passer à une économie « plus circulaire »

Le moment est venu de changer de cap. La réputation de l’Europe n’est plus à faire pour ce qui est de ses capacités d’innovation, de ses compétences, de ses capacités à résoudre des problèmes complexes. Elle est plus que toute autre chose passée maître dans l’art du partage des compétences et de la mise en commun des ressources. Depuis 50 ans, cette capacité a fait de l’Europe une puissance économique mondiale. Aujourd’hui, les entreprises européennes sont les numéros un mondiaux de l’économie verte. Elles représentent ensemble un tiers du marché mondial des technologies vertes, soit mille milliards d’euros, montant appelé à doubler d’ici 2020.

À présent, le moment est venu de lancer un débat à l’échelle européenne sur la meilleure manière de passer à une économie plus «circulaire». Nous devons en finir avec la domination du modèle linéaire du «prendre, fabriquer, jeter» qui a influencé la pensée économique. Nous devons nous familiariser davantage avec un nouveau modèle qui s’efforce de protéger et de conserver la valeur de toutes les ressources, plutôt que se contenter de les consommer.

Des mesures avant la fin de l’année

C’est pourquoi un nouveau et ambitieux paquet «économie circulaire» sera présenté par la Commission avant la fin de cette année. L’objectif sera de se pencher sur notre politique en matière de déchets, sans se limiter à cet aspect, afin de prendre en considération le cycle complet de l’économie circulaire. Les mesures proposées s’efforceront de trouver le juste équilibre entre la législation, les instruments de marché et d’autres mesures sectorielles. Forts d’objectifs ambitieux fixés à l’échelle de l’UE pour le recyclage et la gestion des déchets, nous canaliserons des fonds d’investissement, encouragerons la recherche et l’innovation, et proposerons des incitations. Les projets dans le domaine de l’économie circulaire et de l’efficacité énergétique pourront demander à bénéficier d’aides au titre du nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), une fois celui-ci approuvé.

Réinventer notre économie

Une consultation publique vient d’être lancée sur cette question. Une conférence des parties prenantes se tiendra le 25 juin. Nous souhaitons que les experts, le monde des affaires, la société civile et les citoyens-consommateurs s’engagent activement, afin que nous puissions présenter la meilleure proposition possible. L’occasion nous est ici donnée de réinventer notre économie et de créer de nouveaux avantages concurrentiels pour l’Europe et ses entreprises.

Pour que cette entreprise soit couronnée de succès, des efforts et des changements seront nécessaires, depuis le niveau le plus local jusqu’au niveau européen, de la part des responsables politiques, des producteurs, des distributeurs, des négociants, comme des consommateurs. Le secteur public, qu’il s’agisse de nos villes ou des institutions européennes, peut également contribuer à l’économie circulaire en ayant recours à des marchés publics écologiques. Une nouvelle série de mesures d’incitation pour de nouveaux modèles commerciaux peut nous aider à passer de la vente de produits à la vente de performances.

Des emplois sûrs

La Commission européenne mettra surtout l’accent sur des mesures où l’«Europe» a une valeur ajoutée et un impact. Votre voix compte pour nous aider à maintenir ce cap.

Au premier rang de nos préoccupations figure la création d’emplois sûrs. Dans une économie circulaire, où les produits sont réparés, l’entretien, la mise à niveau et la retransformation nécessitent beaucoup plus de main- d’œuvre que les industries extractives et manufacturières hautement automatisées. Un grand nombre d’emplois peuvent ainsi être directement créés dans l’ensemble de l’UE. Indirectement, en ayant accès à des ressources recyclées bon marché, à faible intensité de carbone et de grande qualité, nous pourrons réduire notre dépendance à l’égard des importations de matières premières, et contribuer à la création d’emplois, à la croissance et à la réindustrialisation de l’Europe.

De nouveaux acteurs de l’innovation

Réussir la transition vers une économie circulaire contribuera à faire émerger une nouvelle génération d’acteurs européens de l’innovation à tous les niveaux, de l’atelier à la direction des entreprises. Exporter des produits, technologies et services non polluants dans le monde entier, tout en créant des emplois durables en Europe, peut devenir la norme sur notre continent.

L’économie circulaire consiste à transformer l’économie dans son ensemble, ce qui est tout à fait cohérent avec les objectifs de développement durable de portée mondiale, sur lesquels nous espérons nous mettre d’accord d’ici la fin de l’année. Elle agit directement sur le changement climatique et contribue à réduire la consommation d’énergie conformément à notre stratégie de l’Union de l’énergie.

Seuls 40% des matériaux sont recyclés

Selon la Fondation Ellen MacArthur, les produits physiques ont actuellement une durée de vie «utile» de 4 ans seulement, après quoi uniquement 40 % de tous les matériaux sont réutilisés ou recyclés, à seulement 3 % de leur valeur d’origine. Nous avons besoin de nouvelles normes pour les matières, de marchés de matières premières secondaires, et d’un système de recyclage modernisé. Les produits doivent être conçus pour être durables, partagés, réutilisés, réparés et recyclés.

Au sein de l’UE-28, seuls 40 % des matières collectées dans le cadre du système de traitement des déchets municipaux solides sont recyclés, 25 % sont incinérés avec récupération d’énergie et le reste est mis à la décharge.

Même des matières comme le PET, l’acier ou le papier, des exemples considérés comme des réussites en matière de recyclage, perdent jusqu’à 75 % de leur valeur dès leur première utilisation. La part de nourriture gaspillée tout au long de la chaîne de valeur atteint 33 %, ce taux s’établissant même à 46 % pour les fruits et légumes. Cette situation ne peut plus durer.

Nous attendons vos idées et vos suggestions sur la manière de mettre à profit nos atouts européens — nos compétences et nos capacités d’innovation — pour créer de nouveaux emplois en Europe, protéger l’environnement, aider les nouvelles entreprises européennes et les nouveaux marchés mondiaux et pour nous mettre sur la voie d’une nouvelle économie plus «circulaire», en un mot, pour bien vivre, dans les limites de notre planète.

Cet Opinion a initialement été publiée sur La Tribune.

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