La jeunesse, le climat et la lutte contre les inégalités prendront-ils la tête des institutions européennes ?

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ

Alors que le Parlement européen vient de renouveler ses députés à l’issue d’élections au taux de participation en forte hausse, toute l’attention se tourne vers la phase de négociations des postes clés à Bruxelles.

Friederike Röder est directrice UE et France de l’ONG ONE.

Si ces nominations sont déterminantes pour l’avenir de la politique européenne, le véritable enjeu se trouve ailleurs, au-delà des candidats et des partis. Ces derniers mois, les citoyens européens, particulièrement la jeune génération, ont fait entendre leur voix à travers de nombreuses manifestations, et ce jusqu’aux urnes : ils exigent des actions concrètes à la hauteur des grands défis de notre époque.

Aux yeux des jeunes Européens, le changement climatique, la protection de l’environnement, la pauvreté et les inégalités sociales figurent aux premiers rangs des crises que l’UE devrait adresser en priorité. Le nouveau leadership de l’UE, peu importe qui l’incarne, doit en répondre dans sa stratégie pour les cinq ans à venir.

Climat et développement, les indissociables

Climat, jeunesse, lutte contre les inégalités, la démocratie a parlé. L’agenda universel des Objectifs de développement durable englobe toutes ces priorités et pourrait ainsi servir de fil rouge pour toutes les décisions de la prochaine Commission et de son budget.

Les objectifs climat en font partie intégrante, et la transition en Europe doit enfin prendre la place qui lui est due dans l’agenda politique du continent. Mais ce combat ne peut être mené seulement à l’intérieur de ses frontières, car il est étroitement lié à la lutte contre le changement climatique à travers le monde et notamment dans les pays les plus pauvres. Les populations des pays en développement sont les premières victimes des effets du réchauffement climatique. Il s’agit donc également d’investir dans leur adaptation, la sécurité alimentaire dans ces pays, ainsi que l’éducation et la santé, pour combattre le changement climatique sur tous les fronts.

Les financements en matière de lutte contre le changement climatique dans ces pays provenant largement de l’aide publique au développement, l’objectif international des 0,7% du RNB alloués à la solidarité internationale doit être inscrit dans la stratégie de la Commission et dans le prochain Cadre financier pluriannuel au même titre que les objectifs climat qui découlent de l’Accord de Paris. Et pour éviter les promesses sans lendemains, la responsabilité de l’Union européenne vers le succès des Objectifs devrait d’ailleurs incomber à sa ou son futur·e président·e, qui devrait rendre régulièrement des comptes aux citoyens européens et à leurs représentants.

Une Union tournée vers l’avenir et le monde

La réponse européenne à l’urgence climatique ne peut par ailleurs avoir lieu que dans le cadre d’un véritable partenariat avec l’Afrique, au-delà des réponses éphémères aux crises les plus pressantes selon des logiques électorales à court terme. L’Afrique est notre allié le plus proche géographiquement, mais aussi en ce qui concerne la défense de certains biens publics mondiaux et de l’action multilatérale. Ce défi est à la hauteur de celui de la réconciliation franco-allemande après-guerre, ou de l’intégration des pays de l’Europe de l’Est. Mais il est en même temps une grande chance dans un monde mouvant où l’Europe doit sceller des alliances fortes et profondes, sur la base de projets et de valeurs communes.

Nous devons sortir de la rhétorique actuelle et renforcer la relation entre l’Union européenne et son voisin bien au-delà des questions de développement, en intégrant également les politiques commerciale et culturelle, la diplomatie, l’innovation et l’éducation.

En Afrique, la moitié de la population aura moins de 25 ans en 2050. En Europe, la jeunesse se bat pour être davantage entendue et s’imposer comme acteur du changement. Il n’a jamais été aussi important d’associer réellement la jeunesse à la politique européenne et africaine, notamment dans la conception et l’attribution de financements visant les jeunes. Nous devons davantage écouter et prendre en compte leurs préoccupations. Pourquoi ne pas organiser une large consultation publique, en ligne et au travers de débats, avant le prochain sommet Afrique-Europe qui mobiliserait les masses et non seulement un public averti ?

L’Europe doit devenir un modèle sur l’égalité de genre

 Enfin, l’UE doit se faire le précurseur de l’égalité entre les femmes et les hommes à l’échelle internationale. L’Europe s’est toujours définie comme un projet de valeur, et comme défenseur de ces valeurs sur la scène internationale. Pour porter ces valeurs d’égalités, elle risque de rater le coche si elle n’effectue pas un véritable pas en avant dès aujourd’hui.

Pour ce faire, l’Europe doit atteindre une véritable représentation égalitaire des femmes et des hommes au sein de chaque institution européenne, à commencer par le Collège des Commissaires.

Parallèlement à une parité effective tant en nombre qu’en termes d’importance des postes, l’Europe doit aussi tenir davantage en compte la perspective genre et les besoins spécifiques des femmes dans l’établissement de son budget pluriannuel, et réserver une plus grande partie des financements pour soutenir les initiatives portées par des femmes, en Europe et à l’international. Il s’agit là de mesures indispensables si l’on souhaite faire de l’Europe le premier continent de la planète à atteindre l’égalité femmes-hommes.

Climat et développement, jeunesse et partenariat avec l’Afrique, égalité entre les femmes et les hommes : le programme de la prochaine Commission devra se donner les moyens de défendre une politique ambitieuse au niveau international, sans quoi elle ne pourra jamais devenir un acteur crédible et cohérent, autant auprès des citoyens européens que vis-à-vis des autres puissances internationales. Au-delà des promotions des uns et des autres, des jeux d’influence partisans, des négociations à huis clos et des limites déjà bien visibles de la procédure démocratique, mais obscure des « Spitzenkandidaten », ce sont les droits, la dignité et la vie de millions de personnes qui sont en jeu. L’Europe doit passer des paroles aux actes, pour le futur de la jeunesse, des femmes, de la démocratie et de notre planète.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.