Le moment d’une politique climatique 2.0 de l’UE est-il venu ?

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Thomas Spencer et Teresa Ribera.

La Commission européenne publiera bientôt son 2ème rapport annuel sur l’état de l’Union européenne de l’énergie. Il s’agit là d’un moment important du calendrier politique de l’UE. Deux chercheurs estiment ici qu’il est temps qu’une politique climatique 2.0 voie le jour.

Teresa Ribera est directrice de l’Iddri et Thomas Spencer est directeur de programme Climat à l’Iddri

Voici venu le temps du bilan et de l’évaluation des progrès réalisés par l’UE pour atteindre ses objectifs en matière de politique énergétique et climatique. L’une des principales questions abordées par le rapport de la Commission est la suivante : l’Union est-elle sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs en matière d’émissions pour 2030 et 2050 ?

À première vue, cette question peut paraître étrange. Les émissions de gaz à effet de serre de l’UE ont chuté de 24,4 % par rapport à 1990, ce qui signifie que l’UE est largement en avance sur son objectif d’émissions pour 2020. L’UE devrait donc se trouver en bonne position pour atteindre son objectif de 2030, et sur la bonne voie pour une décarbonisation profonde d’ici 2050 ?

L’UE a fait des progrès considérables en matière de transformation de son système énergétique. Les émissions de carbone par unité de production d’électricité ont baissé de 22,9 % entre 2000 et 2014 ; en 2013, les logements de l’UE consommaient 21,2 % moins d’énergie par m2 qu’en 2000 ; les moyens de transport de voyageurs de l’UE consomment 8,7 % de carburant en moins. Il s’agit là de progrès réels et significatifs dans l’évolution des déterminants fondamentaux du système énergétique de l’UE.

Toutefois, pour de nombreux indicateurs, l’UE et ses États membres n’ont pas atteint la vitesse de transformation nécessaire pour réaliser les objectifs de réduction d’émissions de 40 % d’ici 2030 et d’au moins 80 % d’ici 2050. Même dans le secteur de l’électricité, où le développement des énergies renouvelables a été impressionnant, l’amélioration de l’intensité de carbone doit accélérer pour passer d’environ 1,8 % aux alentours de 3 % par an dans les dix prochaines années. Dans le secteur des transports, l’UE est en retard par rapport à ce qui est nécessaire, l’amélioration de l’intensité énergétique du transport de voyageurs n’étant que d’environ 0,8 % par an, quand elle devrait atteindre près de 1,8 % par an au cours de la prochaine décennie pour atteindre les objectifs de 2030 et de 2050. Dans l’industrie, une proportion trop élevée des évolutions découle des changements structurels induits par la crise et non du développement de technologies plus propres.

Il est donc temps qu’une politique climatique 2.0 de l’UE voie le jour. Il faut d’urgence renforcer le système communautaire d’échanges de quotas d’émissions (ETS) afin de garantir qu’un prix du carbone fort et efficace devienne le facteur majeur influençant les prises de décision actuelles du secteur privé. La proposition de la Commission suggérant que les États membres fixent des objectifs pour les secteurs non couverts par l’ETS pourrait contribuer à remettre l’UE sur les rails.

Mais si ces politiques fixent des cibles et des caps en termes d’émissions, elles ne sont pas suffisantes pour être le moteur du changement structurel du système énergétique. Elles définissent l’orientation mais ne permettent pas de passer à la vitesse supérieure. Un ensemble de politiques beaucoup plus ambitieuses est nécessaire pour l’avenir.

L’objectif actuel de l’UE en matière d’économies d’énergie, de 27 %, est insuffisant et l’atteinte de celui-ci est trop influencée par la transition post-crise vers une « nouvelle normalité », une croissance ralentie. Cet objectif devrait être considérablement revu à la hausse, bien au-delà d’une amélioration de 30 % d’ici 2030. L’UE a besoin d’une série de nouvelles politiques novatrices en matière de mobilité propre. Par exemple, parallèlement à un ambitieux objectif de réduction des émissions de CO2 d’au moins 70 grammes par kilomètre d’ici 2025, l’UE devrait établir un cadre pour l’achat de véhicules publics et commerciaux 100 % électriques d’ici 2025. Dans le domaine de l’industrie, l’UE devrait fixer des objectifs sectoriels pour la production et la consommation d’acier bas carbone – et d’autres produits à forte intensité énergétique – afin de stimuler la décarbonisation de l’industrie qui accuse actuellement du retard.

Voilà ce qui est nécessaire d’ici 2030 pour être sur la voie de la décarbonisation profonde, et donc pour envisager sérieusement la réalisation des objectifs de l’UE pour 2050.

Le leadership climatique de l’UE a été moteur d’innovation et a permis des avancées partout dans le monde. Après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, le plus important pour l’UE est désormais d’accélérer sa propre transition. Pour ce faire, il est temps de mettre en place une politique climatique 2.0 de l’UE, davantage axée sur les changements structurels dans le système énergétique et moins sur les émissions, plus sur le symptôme du problème que sur sa cause.

* L’Iddri publie aujourd’hui l’étude “State of the Low-Carbon Energy Union: Assessing the EU’s Progress towards its 2030 and 2050 Climate Objectives” en partenariat avec 7 autres instituts de recherche dans 6 États membres : E3MLab/ICCS (Grèce) ; ENEA (Italie) ; UCL (Royaume-Uni) ; ENERDATA (France) ; Grenoble Applied Economics Lab (France) ; Wise-Europa (Pologne) ; Wuppertal Institut (Allemagne).

 

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