Protéger le climat et la démocratie en Europe, double impératif pour notre génération

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Bénédicte Peyrol et Alexis Prokopiev

L’urgence climatique c’est l’affaire de notre génération et nous sommes la dernière à pouvoir agir. Face à la « vague réactionnaire » marquée par les idées climatosceptiques, nous pronons l’impératif européen de protéger le climat et la démocratie.

Alexis Prokopiev est écologiste et cofondateur de l’ONG Russie-Libertés. Bénédicte Peyrol est députée de la 3e circonscription de l’Allier et cheffe de file LaREM en commission des finances.

Une foule joyeuse et bruyante contourne le Panthéon et avance vers le Jardin du Luxembourg. Quelques adultes de tous âges, mais surtout beaucoup de jeunes, des milliers de jeunes dans les rues de Paris, qui marchent, qui chantent et disent leur détermination pour cette journée de « grève pour le climat ». Des milliers de jeunes. Dans les villes de France comme en Allemagne, en Belgique, au Canada et en Australie, aux États-Unis et en Pologne. Ces jeunes savent, nous le savons, que l’urgence climatique n’est pas « pour demain », c’est l’affaire de notre génération et nous sommes la dernière à pouvoir agir avant un effondrement potentiel de la biodiversité et de l’amplification des catastrophes naturelles.

Dans notre pays et dans beaucoup d’autres, ces manifestations ont été – généralement – entendues par les responsables politiques. Ce n’est pas le cas partout : en Australie, le Premier ministre avait appelé, avant la précédente marche, les élèves à rester en classe. Comme aux États-Unis ou dans plusieurs pays européens, les conservateurs au pouvoir en Australie persistent à refuser, malgré l’évidence, de regarder la réalité du péril climatique en face.

Aux États-Unis, Donald Trump a annoncé la sortie de son pays de l’Accord de Paris et critique régulièrement les ambitions climatiques de la France et de l’Union européenne. Au Brésil, Jair Bolsonaro a renoncé à accueillir la COP25 en 2019 et laisse entendre qu’il pourrait lui aussi se retirer de l’Accord de Paris. Vladimir Poutine questionne, au mépris de toutes les recherches scientifiques, le rôle de l’homme dans le changement climatique. En Pologne, le président ultraconservateur Andrzej Duda défend l’industrie du charbon malgré son impact désastreux sur l’environnement. Ils ne sont pas les seuls. La plupart des climatosceptiques sont des nationalistes ou des populistes.

Dans une tribune parue dans Libération, l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz, chercheur au CNRS, prévenait récemment : « la vague brune qui s’abat sur le monde carbure au charbon ». « Les populistes s’opposent à la science et à l’idée que les gens doivent changer leur style de vie donc ils nient le réchauffement climatique », analyse le politologue Yascha Mounk. Les populistes n’assument pas la complexité de la situation. Il est vrai qu’il n’y a pas de solution simple et la nécessaire transition est polycentrique, elle doit être territoriale et de proximité. Nous, nous assumons cette complexité.

Malgré cette « vague réactionnaire », dans tous ces pays des citoyens et des entreprises, tous les jours de plus en plus nombreux, continuent à se mobiliser pour le climat. Car l’urgence est là et les rapports du GIEC sont, chaque fois, plus alarmants que les précédents. Les plus récentes publications ont ainsi raccourci l’horizon d’action possible : si l’on veut éviter l’emballement et le scénario « Terre-étuve », l’enjeu n’est plus la fin du siècle ni même 2050, mais 2030. Nous avons onze ans pour agir.

À l’échelle du monde tel qu’il est, seule l’Union européenne combine aujourd’hui un degré élevé de volonté politique en matière d’action climatique et une masse critique politique, économique et diplomatique suffisante « pour faire la différence ». Contrairement à ce qu’il est parfois perçu, l’UE a été une institution qui a fait avancer la protection de la planète. La directive REACH sur les produits chimiques, l’instrument financier pour l’environnement Life + ou le réseau européen d’espaces protégés « Natura 2000 » sont souvent cités comme des exemples de cette politique environnementale.

L’UE a également été une force motrice lors de la COP21 à Paris et de la COP24 à Katowice, incitant les autres pays à aller plus loin dans la lutte contre le changement climatique. De fait, entre 1990 et 2017, les émissions de GES ont baissé de 22 % dans les pays de l’UE. D’ici 2030, l’UE s’est engagée à réduire ses émissions de 40 %. Également, l’UE va limiter les émissions de CO2 des camions, avec pour objectif de les réduire de 30 % d’ici 2030. Enfin, la révision de la directive-cadre relative aux déchets, que la France va transposer, et la future directive relative au « Plastique à usage unique » vont permettre d’aller vers l’interdiction de certains produits plastiques extrêmement polluants.

Les faiblesses de l’UE sont connues, bien entendu, mais les attaques dont elle est l’objet témoignent aussi de son poids, avéré et potentiel. Elles disent également un état des lieux : il n’y a pas d’un côté ceux qui attaquent l’État de droit et les libertés, et de l’autre ceux qui veulent désarmer toute ambition climatique. La réalité est que bien souvent, ce sont les mêmes.

En Pologne et en Hongrie, souvent en utilisant comme paravent des arguments « sociaux », toute politique environnementale volontariste est menacée par les ceux qui prônent le repli sur soi et attaquent l’État de droit. Dès mai 2019, en cas de résultats importants pour les nationalistes et les populistes lors des élections européennes, les politiques européennes pourraient être remises en cause. Au même titre que les droits et les libertés des Européens.

Il n’y a pas, il n’y aura pas demain, de combat prioritaire entre « sauver le climat » ou « protéger la démocratie ». La tâche morale de notre génération, pour reprendre les mots d’Albert Camus, est d’admettre que ces deux combats sont intimement liés, et d’en tirer les conséquences pratiques : assumer que la démocratie – politique et sociale – doit être le moyen nécessaire de toute ambition climatique, avec l’aide des acteurs économiques et des instruments financiers, mais également que l’enjeu écologique, en ce qu’il surpasse désormais tous les autres, est la condition même de possibilité durable de la démocratie.

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