Quelle Europe voulons-nous construire ?

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Teresa Ribera

Teresa Ribera [IDDRI]

L’anniversaire des 60 ans du Traité de Rome est l’occasion de s’interroger sur la vocation solidaire et sociale de l’Union européenne. 

Teresa Ribera est directrice de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), et ancienne secrétaire d’État aux Changements climatiques en Espagne

 

Le temps ne doit pas nous faire oublier les efforts accomplis. L’Union Européenne est l’un des projets majeurs du XXe siècle; elle a permis aux Européens de ne pas vivre de nouveau conflit sur leur sol et de connaître une prospérité économique sans précédent. En quelques décennies, même si elle est trop peu décrite comme telle, cette nouvelle réalité politique s’est bâtie sur une solidarité entre Etats et entre citoyens, et sur une attention croissante accordée aux défis environnementaux.

Bien-sûr, le monde a évolué depuis Robert Schuman. La société européenne aussi, et avec elle ses aspirations à davantage de démocratisation du processus politique. Elle peut se sentir démunie face aux grands bouleversements actuels, qu’il s’agisse de la mondialisation économique, des révolutions technologiques qui bouleversent secteurs et territoires, de la montée des inégalités, de la dégradation de l’ environnement ou de ses conséquences sur la santé.

À Rome, une déclaration commune mais pas de recette miracle

La déclaration commune pour les 60 ans du traité de Rome peine à mettre tout le monde d’accord. Son objectif est de « convaincre que l’UE est la bonne réponse », un objectif pour lequel il n’y pas « pas de potion magique » selon un diplomate.

Il y aurait beaucoup à dire sur les forces dont dispose l’UE pour affronter ces bouleversements, sur ce qu’elle a déjà réussi à faire ces dernières années pour protéger ses citoyens et pour améliorer la transparence de ses décisions. Mais si le verre est à moitié plein, le vide cristallise aujourd’hui des tensions et une méfiance envers l’UE, et des réponses doivent être apportées.

Quel avenir voulons-nous pour l’Europe des 60 prochaines années ? Quelles valeurs communes et quels enjeux identifions-nous? Les moyens pour y parvenir sont importants, mais il faut avant tout définir des objectifs politiques clairs et mobilisateurs. Le  60ème anniversaire du Traité de Rome est l’occasion pour l’UE et les chefs d’Etats européens de clarifier ce projet et ses objectifs.

La lutte contre la pauvreté et les inégalités, passant par la protection sociale mais aussi par la redistribution, la préservation de l’environnement et de la santé, tout autant que l’innovation économique et la sécurité, doivent être au cœur du nouvel agenda européen. C’est l’occasion pour l’UE d’enrichir son projet politique mais aussi de faire entendre sa voix à l’échelle internationale, une voix sur les conditions d’une mondialisation régulée au service de la justice sociale, qui s’adresserait aux citoyens, et non uniquement aux marchés et aux entreprises.

C’est illusoire, diront certains. Le marché unique serait le plus petit dénominateur commun et notre horizon commun indépassable. Pourtant, tous les pays européens ont adopté à l’ONU en 2015 le nouvel agenda 2030 du développement durable. Un agenda qui porte une conception de la sécurité différente : l’absence de conflit ne suffit pas, il faut créer les conditions pour davantage de prospérité et d’inclusion.  Un agenda doté d’objectifs mondiaux chiffrés, les « objectifs du développement durable » (ODD), qui font la part belle aux objectifs sociaux et environnementaux, à la santé, à l’éducation.

Tous les pays du monde – et notamment européens – se sont ainsi engagés à garantir que les 40% les plus pauvres dans chaque pays voient leur revenu augmenter plus fortement que le reste de la population. Cet agenda mondial est la preuve que la coopération internationale n’est pas qu’une affaire de mondialisation des échanges, que tous les pays du monde aspirent à d’autres modèles de développement, qu’ils sont prêts à coopérer pour cela.

L’UE peut mobiliser cet agenda international pour renouveler son propre agenda politique. Tous les pays européens l’ayant adopté, il serait difficile pour un Etat membre de s’opposer à sa traduction dans les politiques européennes et dans une nouvelle « Stratégie Europe 2030 ». Réduction des inégalités et de la pauvreté, santé, éducation, préservation de la biodiversité : voilà des sujets mobilisateurs capables de donner corps à un projet politique. Chaque échéance politique européenne – le Brexit, les élections nationales cette année ou européennes en 2019 – est l’occasion pour l’UE de faire valoir ce nouveau cap auprès de ses citoyens.

Les ODD fournissent des objectifs et des indicateurs utiles pour suivre la performance et les progrès de chaque pays, et que l’UE peut reprendre à son compte, intégrer au Semestre Européen d’évaluation des politiques nationales, et sur lesquels elle doit communiquer chaque année afin d’être plus transparente sur ses succès et ses échecs.

Reste que les objectifs et les indicateurs ne sont qu´un moyen de soutenir l´action. Les institutions européennes doivent donner vie à leur promesse d’une construction partagée, d’un projet mobilisateur qui permette aux citoyens et à la société civile de s´approprier l’agenda politique, de manière innovante et plurielle. La plateforme annoncée par la Commission pour faire le suivi des ODD par l’Europe, et regroupant ONG, entreprises, collectivités locales et chercheurs, est une bonne idée à concrétiser, mais elle n’est pas la seule option envisageable. Si l’économie n’est plus linéaire, nos manières d’agir et d’interagir ne le sont plus non plus. Les nouvelles ressources numériques et technologiques sont autant d’atouts pour nous permettre d’associer le plus grand nombre à la décision et à l’action, de répondre de manière innovante à ces nouveaux défis qui ne sont plus ceux du XXe siècle.

Signature de l’Accord de Paris : l’UE peut-elle rester leader ?

L’Accord de Paris devrait recevoir plus de 140 signatures à New York ce vendredi 22 avril. Cela représente une large majorité des nations du monde entier et reflète, une fois de plus, l’engagement politique dans la lutte contre le changement climatique.

Teresa Ribera …

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