Pour un retour de la Grande Forêt européenne : restaurons notre patrimoine forestier au lieu de planter plus d’arbres esseulés

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Peter Wohlleben met en garde l’exécutif européen qui s’apprête à mettre en place le Green Deal. Il faut miser sur la restauration des forêts, plus résistantes, plutôt que sur le reboisement et la plantation à grande échelle de jeunes arbres.

Peter Wohlleben est sylviculteur et auteur du livre « La vie secrète des arbres ». Il s’exprimera lors de la Conférence internationale de l’UE sur les forêts pour la biodiversité et le changement climatique, le mardi 4 février.

En tant que personne passant ses journées dans les bois ou à écrire sur la magnificence des forêts, je devrais me réjouir que des décideurs de tous horizons politiques s’engagent à planter des arbres pour sauver la planète.

Le 21 janvier, le « climatosceptique en chef », Donald J. Trump, a suivi le mouvement et a déclaré à Davos que les États-Unis participeraient à l’initiative du Forum économique mondial (FEM) intitulée « 1 000 milliards d’arbres ».

Cette initiative du FEM, qui s’inscrit dans une tendance mondiale, fait suite au Défi de Bonn et à la Campagne pour un milliard d’arbres des Nations Unies, dans laquelle la plantation d’arbres est présentée comme une solution aux problèmes climatiques.

L’Union européenne envisage à son tour d’adopter sa propre stratégie de plantation d’arbres et elle s’est engagée à accroître la superficie et la qualité des forêts d’Europe.

Les forêts représentent toutefois bien plus que des alliés face à l’urgence climatique.

Elles satisfont notre soif d’une nature préservée. Elles sont un refuge pour ceux qui souhaitent laisser leur esprit vagabonder dans de magnifiques paysages sauvages. Elles fortifient notre santé et purifient notre air et notre eau.

Réchauffement climatique, péril imminent sur les forêts françaises

Face au réchauffement climatique, les chênaies françaises semblent lourdement menacées. Dans la forêt de Chantilly, un dépérissement massif est déjà en cours, constate Hervé Le Bouler, conseiller scientifique et expert climat. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Il est donc très tentant pour les hommes et femmes politiques, à la recherche de voix, de promettre de planter des arbres. Mais la popularité aux urnes peut tourner au désastre si ces programmes ne sont pas mis en œuvre correctement.

Les autorités se sont ainsi attiré les foudres des populations locales suite à l’échec de projets de plantation d’arbres en Irlande et en République tchèque, et le mauvais arbre planté au mauvais endroit peut favoriser les feux de forêt et, en fin de compte, rejeter plus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.

Par ailleurs, les décideurs politiques promettent de planter plus d’arbres, mais les forêts existantes sont déboisées à un rythme sans précédent, alors que l’UE encourage ses membres à subventionner la combustion du bois pour l’énergie.

Dès lors, comment transformer cet élan en faveur de la plantation d’arbres en un projet aux retombées plus bénéfiques et durables pour l’ensemble de la planète ?

Au lieu de tout miser sur le boisement, il faut s’atteler davantage à la restauration de la Grande Forêt européenne, qui recouvrait autrefois la majeure partie du continent. Un tel projet de restauration aurait bien plus de chances de réussir et d’aboutir à la création de forêts saines — des forêts peuplées d’arbres qui se soutiennent les uns les autres en grandissant, partagent leurs nutriments avec ceux qui sont malades ou en difficulté, et créent un écosystème à même d’atténuer l’impact des conditions de froid ou de chaleur extrêmes pour l’ensemble du groupe.

Il est intéressant de noter à cet égard qu’un récent rapport inquiétant révèle que 45 % des promesses de plantation d’arbres dans le monde concernent des plantations monospécifiques, dont les répercussions sur la biodiversité et le climat peuvent être désastreuses.

La compensation de la biodiversité ne marche pas

Les mesures compensatoires pour la biodiversité, mises en place dans le cadre des projets d’aménagement, sont loin de compenser réellement les impacts engendrés, révèle une étude du Muséum national d’histoire naturelle. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

 

L’intérêt voué à ces plantations de jeunes arbres repose sur un mythe, qui m’a d’ailleurs aussi été inculqué lorsque j’étais étudiant en sylviculture, à savoir que les jeunes arbres sont plus vigoureux et croissent plus rapidement que les arbres plus anciens. En réalité, plus l’arbre est vieux, plus il grandit vite et plus il retient de carbone. Selon une étude portant sur 700 000 arbres, menée sur tous les continents de la planète, les arbres présentant un tronc d’un diamètre de 90 cm génèrent trois fois plus de biomasse que les arbres au tronc deux fois moins large.

Dans le cas des arbres, la vieillesse n’est dès lors pas synonyme de faiblesse, de courbure ou de fragilité. C’est plutôt l’inverse : avec l’âge, ils se gorgent d’énergie et deviennent hautement productifs. Les arbres plus anciens constituent donc de bien meilleurs remparts contre le changement climatique que les jeunes freluquets.

L’enseignement que Frans Timmermans Premier, vice-président exécutif de la Commission européenne, pourrait tirer de tout ceci, alors qu’il se prépare à mettre en œuvre le pacte vert européen, est qu’il faut miser sur la restauration des forêts plutôt que sur le reboisement.

Au lieu de nous focaliser sur le nombre d’arbres plantés, veillons à la bonne santé de nos forêts. En d’autres termes, les programmes de plantation d’arbres doivent venir en complément de la restauration et de la protection des forêts naturelles.

Au lieu d’abattre les forêts et de les convertir en plantations, il convient de les restaurer et de promouvoir leur expansion naturelle, en créant des zones protégées, en appliquant mieux les lois déjà en vigueur et en prenant des engagements en faveur d’une déforestation nulle.

Pour ce faire, le pacte vert européen offre une opportunité unique. Les personnes chargées de le mettre en œuvre peuvent, en effet, saisir cette occasion pour lancer une initiative européenne d’envergure en faveur de la restauration des forêts. Elle assurerait que nos forêts puissent être correctement mises à profit dans la lutte contre la crise climatique. Elle permettrait surtout aux générations futures de pouvoir continuer à se promener en forêt, en émerveillement devant ces dizaines de milliers d’espèces entrelacées et interdépendantes.

Les forêts, meilleur outil contre le réchauffement

Planter l’équivalent d’un tiers de la surface mondiale actuelle  des forêts permettrait d’éponger les deux tiers du carbone émis depuis la Révolution industrielle, selon une étude publiée le 5 juillet dans la revue Science. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement. 

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