Trois points de bascule climatiques qui conditionnent les marchés

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Le changement climatique approche d’un point de basculement critique auquel les investisseurs devraient prêter attention dès maintenant. Une opinion de notre partenaire, La Tribune.

Andrew Harmstone est le gérant de portefeuille principal de la stratégie Global Balanced Risk Control de Morgan Stanley.

Le changement climatique approche d’un point de basculement critique auquel les investisseurs devraient prêter attention dès maintenant. La recherche sur le changement climatique étudie de manière générale les « points de bascule » ou seuils critiques qui, une fois franchis, pourraient accélérer le rythme du changement. Nous approchons actuellement de points de basculement non seulement dans le domaine environnemental, mais aussi dans les domaines politique, social et économique qui ne devraient pas être ignorés par les investisseurs.

Point de bascule n°1 : politique

Un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de 2018 conclu que la menace du changement climatique est tellement forte et imminente que nous n’avons que 12 ans pour prendre des mesures sans précèdent afin de maintenir le réchauffement climatique à moins de 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels. Au-delà, les conséquences seraient profondes et catastrophiques.

Jusqu’à présent, gouvernements et politiques ont largement ignoré leur responsabilité qui est de répondre activement aux enjeux du changement climatique. Selon nous, la pression croissante exercée par des instances telles que les Nations unies et par des citoyens mieux informés pourrait nous mener vers un autre point de bascule, qui marquerait un tournant dans les attitudes et les priorités.

Point de bascule n°2 : social

Les tensions sociales pourraient être sérieusement exacerbées par les phénomènes météorologiques violents liés aux changements climatiques, notamment les inondations, les sécheresses, les incendies, les ouragans, les tempêtes de neige et les chaleurs extrêmes. Différents segments de la population sont touchés de manière disproportionnée par des conditions météorologiques extrêmes et les marchés émergents, moins capables de s’adapter aux changements climatiques, seront probablement les plus touchés.

Les troubles sociaux liés au changement climatique sont complexes. Bien que l’inaction soit problématique, les mesures proactives des gouvernements ont des conséquences sociales importantes. Par exemple, les protestations contre l’augmentation des taxes sur les carburants en France, que le gouvernement avait tenté de mettre en œuvre pour remplir ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat.

Point de bascule n°3 : économique

Nous approchons d’un point de basculement économique lié au changement climatique, car le coût des énergies renouvelables a chuté de façon spectaculaire dans de nombreuses régions du monde. L’énergie solaire et l’énergie éolienne coûtent respectivement 54 dollars et 51 dollars le mégawatt (MW) aux États-Unis, ce qui rend ces deux sources d’énergie concurrentielles par rapport au charbon (66 dollars/MW) et réduit l’écart avec l’électricité produite au gaz (49 dollars/MW).

Il y a également des progrès technologiques et économiques importants associés aux énergies renouvelables qui doivent être pris en compte. Il y a de plus en plus de véhicules électriques (VE) qui sont de moins en moins chers et qui offrent une plus grande variété de choix. L’hydrogène a le potentiel d’émerger comme une technologie complémentaire. Cela nécessiterait un important développement de l’infrastructure, mais le Japon, la Chine et la Californie sont de plus en plus en concurrence dans ce domaine.

Il est ironique de constater que si la Chine est largement reconnue comme étant le plus grand consommateur de charbon au monde, elle est également à la tête des nouveaux investissements dans les énergies renouvelables (graphique 1). En fait, la Chine domine déjà dans tous les domaines des énergies nouvelles et avait le plus de véhicules électriques en 2017 – 40% du stock mondial (cf. rapport de l’Agence internationale pour l’énergie (AIE), Global EV Market Outlook 2018).

Attentes des investisseurs et implications

Dans la mesure où ces points de bascule politiques, sociaux et économiques, entraînent un profond bouleversement des secteurs de l’énergie et de l’automobile dans différentes régions, la question devient : « Comment devraient réagir les investisseurs ? » Cette question est posée suffisamment souvent pour amener les marchés à un quatrième point de bascule : les attentes des investisseurs. Au cours des dernières années, ces derniers ont exprimé le besoin croissant d’une meilleure intégration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs investissements.

De nombreux investisseurs commencent à se rendre compte que la nécessité de lutter contre le changement climatique est une question qui ne peut plus être reportée. Comme nous l’avons indiqué, nous sommes déjà près d’un certain nombre de points de basculement : politique, social et économique. Il n’est pas nécessaire d’attendre un siècle ou même une décennie pour en constater les effets. Les conséquences sont en train de se faire sentir partout sur la planète. Les investisseurs devraient profiter des occasions offertes par ces perturbations, tout en protégeant leur portefeuille des conséquences défavorables.

La Tribune

La Tribune [latribune.fr]

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