« Pas de panique sur le TTIP » assure l’ambassadeur européen auprès des Etats-Unis

David O'Sullivan [Commission européenne]

Le (TTIP) n’est pas une œuvre d’art à admirer ou mépriser, mais un concept qui doit être modelé par les négociateurs et qui sera ensuite accepté ou rejeté par nos démocraties respectives. « Nous y parviendrons, et nous y parviendrons de la meilleure manière possible », a déclaré David O’Sullivan, ambassadeur de l’UE auprès des Etats-Unis, dans une interview à EURACTIV.

David O’Sullivan est l’ambassadeur de l’UE aux États-Unis et  chef de la délégation de l’Union européenne aux États-Unis.

Comment est perçue l’Union européenne de l’autre côté de l’Atlantique : plus grande ou plus petite, plus forte ou plus faible ?

Nous sommes le premier et principal partenaire des États-Unis. Ce n’est pas une question de qui est plus grand ou plus petit ou qui est plus fort ou plus faible. Nous sommes complémentaires. Depuis les États-Unis, quand je regarde au-delà de l’Atlantique, je vois 28 pays différents, parfois même divergents, qui travaillent ensemble pour faire bouger les choses. Je pense que les États-Unis reconnaissent le poids que peut avoir l’Europe institutionnelle dans les négociations. Que l’on parle de sanctions ou d’accord commercial, les solides structures institutionnelles  et juridiques de l’UE apportent une véritable valeur ajoutée. Voilà comment je peux résumer ce que j’ai observé et entendu depuis que je suis aux États-Unis.

La relation entre l’UE et les États-Unis a toujours été très importante. Toutefois, les États-Unis ont un intérêt à développer des relations étroites avec l’Asie, et à juste titre. Nous avons fait la même chose. J’ai moi-même négocié un certain nombre d’accords commerciaux avec l’Asie et j’ai travaillé pour assurer une présence européenne lors des forums de l’ASEAN sur les questions de sécurité. Dire que les États-Unis se tournent vers l’Asie est pour certains une manière d’affaiblir le partenariat transatlantique. Alors que l’UE aussi se tourne vers l’Asie. Néanmoins, notre coopération et notre coordination outre-Atlantique sont sans précédent et nous ont permis de renforcer nos liens.

Nos valeurs partagées sont pourtant menacées de tous les côtés. Nous devons tous deux combattre  le fléau du terrorisme, à l’intérieur et au-delà de nos frontières; nous voulons lutter contre les pays qui veulent encore s’accaparer des terres au 21e siècle; nous avons le même désir de développer un commerce équitable et libre pour plus de prospérité dans les pays en développement et développés. Enfin, nous partageons le même intérêt à réduire le risque de prolifération nucléaire. Et je ne cite qu’une partie de notre programme de travail commun. En fin de compte, lors de notre travail  sur le partenariat transatlantique, nous réalisons quotidiennement que nous partageons un grand nombre de problèmes et que nous trouvons des solutions lorsque nous coopérons.

L’UE réussira-t-elle à accroître son influence dans le monde ? Si oui, comment ?

L’UE représente déjà une grande force internationale. Nous sommes la plus grande économie et le plus vaste bloc commercial au monde.Grâce au traité de Lisbonne, nous avons commencé à tirer profit de nos forces économiques et commerciales et à exercer une influence politique et sécuritaire. Nous coopérons activement avec les Nations-Unies et d’autres forums internationaux. Nous avons de nombreuses missions civiles et militaires relevant de la PSDC dans la Corne de l’Afrique, au Mali et en Ukraine par exemple. Dans notre délégation de Washington, nous y travaillons quotidiennement.

Nous accueillons et coordonnons de nombreuses réunions et activités entre les États membres et nos homologues américains, tels que la Maison-Blanche, le Département d’État, le Congrès ou d’autres agences. Il est évident pour les Américains de venir à nous et de nous parler de leurs sanctions contre la Russie en une fois plutôt que d’aller d’ambassade en ambassade. Nous avons tellement de partage d’informations, de projets communs en cours dans notre délégation que nous n’avons pas suffisamment de salles de réunion !

Comme je l’ai mentionné dans ma réponse à votre première question, je pense que nous avons déjà fait beaucoup en peu de temps.

La montée des partis eurosceptiques et nationalistes en Europe entraîne-t-elle de nouvelles idées aux États-Unis sur comment combler le fossé démocratique entre l’UE et ses citoyens ?

Si vous regardez de chaque côté de l’Atlantique, vous verrez le même « fossé démocratique », comme vous l’appelez. La participation aux élections de mi-mandat en 2014 ici aux États-Unis a été la plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est donc en aucun cas un problème unique et propre à l’Europe. Tout comme les États-Unis ne disposent pas d’une solution unique. Nous nous ressemblons davantage sur le fait que nous sommes des démocraties matures dans un monde globalisé et que nous faisons face au même désengagement politique et à l’idée que le vote est déconnecté de toute décision politique.

Parlons maintenant du TTIP. Devrions-nous envisager un mini-TTIP ou un plan B ? À quoi pouvons-nous prétendre d’ici la fin de l’année ?

Non, nous n’envisageons aucun mini-TTIP. Nos négociations sur le TTIP sont uniques pour toute l’attention qu’elles reçoivent et pour leur portée sans précédent et leur ambition. Toutefois, elles ne différent pas d’autres négociations dans le sens où il faut prendre le temps d’obtenir quelque chose de juste. Je le sais, j’ai déjà négocié d’autres accords qui ont pris des années à prendre leur forme finale. Il ne faut pas paniquer ou s’inquiéter de ne pas avoir encore conclu le TTIP. Je sais que nous y parviendrons et que nous le ferons de la meilleure manière possible.

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