«Les tensions entre Chine et États-Unis ne vont pas perdurer»

Bob Moritz [PwC]

L’économie mondiale ralentit plus rapidement que prévu, a prévenu le Fonds monétaire international le 21 janvier quelques heures avant l’ouverture du Forum économique de Davos. Mais selon le président de PwC, les relations Etats-Unis-Chine devraient détendre la situation.

Le ralentissement de la Chine, le Brexit et le risque d’escalade dans la guerre commerciale pèse sur l’économie mondiale. Le pessimisme des chefs d’entreprise progresse, selon la dernière étude mondiale publiée par PwC, le deuxième plus grand cabinet de conseil au monde. Son président, Bob Moritz, recommande aux entreprises et aux gouvernements de se concentrer sur la rapidité et l’exécution pour transformer les risques en opportunités.

Bob Moritz est le président mondial de PwC, il participe cette semaine au Forum économique de Davos.

À quel point le ralentissement mondial annonce-t-il une nouvelle récession ?

Il y a clairement une baisse du niveau de confiance dans l’économie et dans les objectifs fixés par les chefs d’entreprises. Mais ce n’est pas forcément une première étape vers la récession.

En réalité, si vous regardez les 21 dernières années, il existe bel et bien un lien entre le niveau de confiance des PDG et la croissance du PIB. Donc ce qui me semble important, c’est que nous voyons un ralentissement de l’économie, mais qui n’est pas catastrophique et qui ne va pas dans la mauvaise direction, c’est-à-dire par vers la récession. La question est de savoir comment les pays et les entreprises comptent opérer dans un contexte de ralentissement, plutôt que dans une période de récession absolue.

Un des facteurs derrière la baisse de production est la guerre commerciale qui oppose la Chine aux États-Unis. Pensez-vous que ces tensions vont s’empirer ? Le but ultime de Donald Trump pourrait-il être de contenir la Chine ?

Je ne suis pas sure de pouvoir prédire la direction que va prendre la guerre commerciale, ni les motifs du président Trump. Ce qui est clair néanmoins, c’est que les défis sont nombreux, et pas seulement dans le commerce, mais aussi sur la question de la propriété intellectuelle et d’autres aspects liés. Je ne pense pas que ces tensions vont continuer. Un jour nous apercevrons une lueur d’espoir, et le jour suivant ce sera de l’instabilité à nouveau.

Ce que je veux dire c’est que ça va être de véritables montagnes russes. La problématique est de savoir comment s’assurer que les chefs d’entreprises et les gouvernements se penchent sur les tendances à long terme et non pas sur ces perturbations à court terme.

La Chine a encore un plein potentiel de croissance. Même si nous avons entendu aujourd’hui que le pays ralentissait en termes de croissance par rapport à l’année dernière, la Chine compte 1,4 milliards d’habitants et connait une croissance de plus de 6 %. Même si elle baisse à 5 ou 4 %, les opportunités restent nombreuses pour les entreprises chinoises et le gouvernement, et pour le marché avec lequel des organisations en dehors de la Chine veulent opérer.

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Comment devraient réagir les entreprises ?

Quand nous avons interrogé les PDG, certains nous ont dit qu’ils changeaient de stratégie dans les pays affectés par cette guerre commerciale, en termes de chaine d’approvisionnement, de consommation ou d’investissement. Je reviens donc encore une fois à cette question : Êtes-vous en train de changer et êtes-vous en train de réagir rapidement aux problèmes et aux défis qui se présentent à vous ? Dans certains cas, il s’agit d’un défi, mais ce pourrait aussi être une opportunité. C’est là que je pense que certains des pays du monde pourraient être plus avantageux pour vous que vous ne le pensez. Alors trouvons comment transformer ce négatif en positif.

Il est surprenant que, selon votre enquête, les chefs d’entreprises d’Europe occidentale ne voient pas la guerre commerciale ou le protectionnisme comme les trois premiers risques (qui sont la surrèglementation, le populisme et l’incertitude politique). Comment interprétez-vous cela ?

Ces dernières années, les menaces se sont multipliées. Les pays européens sont sans doute plus concentrés sur des sujets comme le Brexit, la fiscalité, la surrèglementation. Ça ne veut pas dire que le sujet de la guerre commerciale a disparu, il est bien là. Mais c’est une question de priorités et il se trouve qu’en ce moment, certains risques prennent plus de place que la guerre commerciale. Reste à savoir comment mettre en place une stratégie en prenant en compte toute cette incertitude et tous ces risques globaux.

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