Appel pour une politique industrielle française

(Credit: [cozyta]/Shutterstock)

Le Conseil d’analyse économique (CAE) appelle à un renouvellement de la politique industrielle et met en garde contre les risques liés aux intérêts privés.

En France comme en Europe, le discours sur la politique industrielle est en train d’évoluer. Les nouveaux enjeux du climat, de l’énergie ou de protection des consommateurs semblent faire bouger les lignes. Dans sa note Pas d’industrie, pas d’avenir ? Présenté le 19 juin, le Conseil d’analyse économique (CAE) encourage à repenser « l’objet de cette politique industrielle » tout comme ses méthodes. Elle tend aussi à s’interroger sur le savoir-faire de l’Etat sur le sujet.

Les politiques publiques sont en effet confrontées à une évolution de la définition d’industrie qui ne correspond plus à la réalité industrielle actuelle.

Industrie lourde contre industrie de services

« L’industrie a changé de nature car elle vend des services. Entre industrie et services, la frontière est molle », explique Lionel Fontagné, professeur à l’École d’économie de Paris, co-auteur de la note. En 2007, un quart des entreprises industrielles implantées en France ne vendait que des services, un tiers vendait majoritairement des services et 87% vendaient aussi des services. Pour exemple, l’entreprise Rolls Royce, vend des logiciels de sécurité militaire en plus de sa production de moteurs d’avions. Le nouveau terme «  producteurs de biens sans usine » (factoryless good producers) est ainsi apparu pour parler de ces entreprises de services qui conçoivent des produits.

Par ailleurs, depuis 1994, le Danemark a vu de nombreuses entreprises changer de secteur pour se tourner vers l’offre de services. Cela représente 10% de l’emploi industriel du pays qui a ainsi perdu moitié moins d’emplois grâce à la création de postes dans les services.

La politique industrielle victime des échecs de coordination

Mais les risques sont bel et bien réels. Tout d’abord, les intérêts privés influencent les politiques industrielles. « Le problème est qu’il y a un manque d’information pour appliquer ces politiques. L’État n’a pas toutes les informations et doit les faire remonter», rapporte Lionel Fontagné. Pour avoir accès à l’information, l’État se réfère à des commissions dont les membres appartiennent à différents groupes industriels et viennent y défendre leurs intérêts. «?Il faut d’avantage de transparence dans la composition de ces commissions et y faire rentrer des experts indépendants?», recommande l’économiste.

À un deuxième niveau, la puissance publique, après avoir accordé un financement à un projet ou une entreprise, risque de ne pas pouvoir retirer son soutien en cas d’échec. Cela s’explique par l’impact local que peut avoir une telle décision sur l’emploi.

Arrêter de protéger l’existant

Pour Lionel Fontagné, « Il faut arrêter de faire de la politique industrielle qui essaye de protéger l’existant et créer des activités nouvelles à forte valeur ajoutée et de l’emploi là où il n’y en a pas ». L’économiste propose alors d’introduire des règles d’extinction des projets ou d’obliger l’État à investir aux côtés d’investisseurs privés, comme c’est le cas en Israël. La puissance publique doit elle aussi avoir le droit à l’erreur.

>>A lire aussi : Bruxelles s’inquiète du protectionnisme français

Dans sa note, le CAE recommande également d’investir dans la formation et de favoriser les investissements en recherche et développement. En effet, 95% de la recherche se fait dans l’industrie. Dans le domaine des services, ce pourcentage est en augmentation puisque depuis 2007, il progresse de 15,8% en volume par an. Enfin, les auteurs de la note plaident pour un équilibre entre les besoins de protection de la propriété intellectuelle et le partage maximal des connaissances. Au niveau européen, ils encouragent à lutter contre l’usage des brevets « comme une arme stratégique ».

 

 

 

La politique industrielle de l’UE a pour mission de rendre l’industrie européenne plus compétitive afin de stimuler une croissance durable et des emplois. Elle est  affiliée à d'autres politiques de l'union comme le commerce, le marché intérieur, la recherche et l'innovation, l'emploi, la protection de l'environnement ou encore la santé publique.

Le Conseil d’analyse économique, composé d’économistes professionnels, est placé auprès du cabinet du premier ministre. Il effectue des analyses économiques pour le gouvernement et a pour objectif d’éclairer le gouvernement dans ses décisions.

Conseil d'analyse économique

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