Sofia et Bucarest partent à la pêche aux investissements

Alexis Tsipras, Aleksandar Vučić, Boyko Borissov et Mihai Tudose.

La Bulgarie et la Roumanie sont à la recherche d’investisseurs pour trois grands projets d’infrastructure régionaux.

La Bulgarie et la Roumanie aimeraient construire un deuxième pont sur le Danube, afin de relier la ville bulgare de Roussé et la ville roumaine de Giurgiu, dans le cadre d’un effort pour améliorer les connexions dans la région et ainsi attirer davantage d’investissements.

En effet, le pont existant, construit il y a plus de 60 ans, ne suffit plus face à la densification du trafic routier. Les huit premiers mois de 2017, pas moins de 1,37 million de véhicules l’ont emprunté, une augmentation énorme par rapport aux 750 000 de la même période en 2016.

Le nouveau pont, qui devrait faire 3 km de long, le plus grand projet d’infrastructure prévu dans les Balkans, sera le troisième pont reliant les deux pays, séparés par le Danube sur 470 km. La construction du pont a été estimée à 250 millions d’euros.

Troisième pont

« Je suis convaincu qu’un troisième pont encouragera le tourisme et les affaires », a déclaré le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, après une rencontre avec son homologue roumain, Mihai Tudose, dans le port bulgare de Varna.

Les deux chefs de gouvernement ont également ouvert un nouveau point de passage frontalier entre Kainardja, dans la région bulgare de Silistra et Lipnita, du côté roumain. C’est le quatrième passage ainsi ouvert le long de la frontière terrestre, de 150 km.

Boyko Borrisov a annoncé que les deux pays cherchaient des investisseurs pour deux autres projets d’infrastructure : un pont sur le Danube entre Nikopol et Turnu Magurele et une autoroute de 200 km sur la Mer noire entre Constanta, en Roumanie, et Varna et Bourgas, sur la côte bulgare.

Une entrée dans Schengen?

Mihai Tudose a pour sa part exprimé son optimisme quant à l’entrée des deux pays, qui ont adhéré à l’UE en 2007, dans la zone sans frontière de Schengen. Il qualifie en effet les deux pays d’« iles de sécurité pour les citoyens ».

Leur entrée dans l’espace Schengen a été proposée en 2010 par la Commission, mais nécessite un vote à l’unanimité. Le contexte électoral avait alors poussé des pays comme la France, l’Allemagne et les Pays-Bas à rejeter la proposition.

Dans son dernier discours sur l’état de l’union, Jean-Claude Juncker a estimé que l’espace Schengen devrait être ouvert « immédiatement » aux pays en attente. La Croatie sera le prochain membre de Schengen, dès qu’elle aura rempli les critères nécessaires.

Juncker fait l’éloge de Sofia et de Bucarest

Alors que la Bulgarie et la Roumanie ont occupé une grande partie du discours de Jean-Claude Juncker, la Pologne, l’enfant terrible de l’UE, n’a pas été mentionnée une seule fois.

Le Premier ministre roumain souligne que les deux pays étaient « condamnés » à se voir traiter comme un binôme, ajoutant qu’il s’attendait à une entrée dans l’espace sans frontière d’ici un an.

Les deux dirigeants ont décidé de se rencontrer une fois par mois, a indiqué Boyko Borissov. « Nous ne perdons pas 20 ans de plus à la périphérie de l’Europe, en concentrant nos regards vers son centre, et non vers nos voisins », a-t-il ajouté.

Assistance énergétique

Par ailleurs, le ministre bulgare de l’Énergie a annoncé que les opérateurs des réseaux électriques des deux pays avaient signé un accord d’assistance mutuelle en cas de pénurie d’électricité. En janvier dernier, Sofia avait demandé à la Roumanie de lui fournir de l’énergie, mais Bucarest avait refusé, au motif que la consommation avait également atteint un plus haut dans le pays, à cause de conditions hivernales particulièrement rudes.

La Roumanie refuse de dépanner la Bulgarie en énergie

La Roumanie a refusé de répondre à une demande urgente d’électricité émanant de la Bulgarie voisine, suite à un pic de consommation lié à la vague de froid dans les deux pays.

Cette fois, l’accord stipule qu’une aide sera mise à disposition jusqu’à une heure. L’électricité ainsi cédée proviendra des réserves et ne devrait donc pas perturber la consommation nationale.

« Pas un nouveau Visegrád »

Lors de leur rencontre, Boyko Borissov et Mihai Tudose ont été rejoints par Alexis Tsipras et Aleksandar Vučić, les Premiers ministres grec et serbe.

Tweet de Boyko Borissov : Première rencontre commune Bulgarie-Grèce-Serbie-Roumanie. Discussions sur les Balkans, les projets d’infrastructure, @eu2018bg et la sécurité.

La Bulgarie et la Grèce ont également récemment signé un accord sur une série de projets d’infrastructures et espèrent attirer de l’investissement étranger, notamment européen. En juillet dernier, l’UE a en effet promis de fournir davantage d’aide aux projets d’infrastructure dans les Balkans.

Boyko Borissov a assuré que la Commission pouvait être sereine : les États des Balkans ne seraient pas « un nouveau groupe de Visegrád », mais œuvreraient pour une meilleure intégration européenne. La Bulgarie prendra la présidence tournante de l’Europe en janvier 2018, et la Roumanie en 2019.

Les promesses européennes peuvent également être interprétées comme une réaction tardive aux financements versés à la région par la Chine, qui tente de se tailler une sphère d’influence en Europe.

La Chine étend son emprise sur les Balkans

Les Balkans occidentaux sont devenus le point d’accès préféré de la Chine à l’UE. Pékin y finance notamment des infrastructures portuaires qui inquiètent Bruxelles.