Face au protectionnisme, Pékin soutient les importations

epa0707136827 Le président chinois Xi Jinping lors d'une cérémonie de signature au Grand Hall du peuple à Beijing, le 2 novembre 2018. EPA-EFE/THOMAS PETER / POOL [EPA-EFE/THOMAS PETER / POOL]

Le président chinois promet de continuer à ouvrir son économie et d’augmenter les importations en renforçant le pouvoir d’achat.

« Le multilatéralisme et le système de libre-échange sont menacés », a déclaré Xi Jinping, le président chinois, lors de l’ouverture du premier salon chinois de l’importation, qui a eu lieu à Shanghai.

Dans une remarque dirigée à l’encontre de Donald Trump, il a ajouté que la fermeture des frontières et l’unilatéralisme menaient à « la stagnation commerciale et à une économie mondiale malsaine ».

Comme lors de son discours à Davos, l’an dernier, le président chinois a réaffirmé son engagement pour la mondialisation et le multilatéralisme. « L’ouverture est devenue la marque de fabrique de la Chine », a-t-il assuré, indiquant que les portes du pays s’ouvriraient encore davantage et que Pékin ne cesserait pas sa progression vers une économie ouverte.

Cela nécessitera des actions « crédibles », a-t-il admis face à une série de personnalités, dont les présidents et Premiers ministres d’une douzaine de pays. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, était d’ailleurs l’un des invités d’honneur de l’événement.

Ce premier salon de l’importation est considéré comme un signe de la volonté chinoise de rééquilibrer une économie surtout tournée sur l’exportation, et de favoriser la croissance et la demande.

Xi Jinping a expliqué que son gouvernement encouragerait l’importation en augmentant le pouvoir d’achat de ses 1,3 milliard d’habitants, le plus grand marché national au monde. Cette stratégie comprendra des « mesures proactives » pour hausser les salaires et le pouvoir d’achat, et pour créer de nouveaux secteurs de consommation élevée et moyenne.

Pékin instaurera aussi des droits de douane peu élevés, simplifiera la charge administrative et favorisera le commerce en ligne et les nouvelles formes de vente.

Environ 3 000 entreprises issues de plus de 130 pays exposeront leurs produits à Shanghai. C’est notamment le cas de la startup slovaque Aeromobil, qui y présente une voiture volante. Plus de 400 000 acheteurs chinois et étrangers devraient assister au salon.

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Ouvrir l’économie

La Chine fête le 40e anniversaire de la libéralisation de son économie. Les mesures annoncées en avril dernier pour réduire les restrictions pesant sur les investissements ont été mises en place, a assuré Xi Jinping, et continueront à progresser dans tous les secteurs, y compris la finance, l’agriculture, les mines et l’industrie de fabrication.

Ce processus sera « accéléré » dans des domaines comme les télécommunications, l’éducation ou la santé, dans lesquels les plafonds de participation des investisseurs étrangers seront relevés.

Le président souhaite aussi diligenter la négociation d’un accord d’investissement avec l’UE, qui progresse lentement et a déjà nécessité 18 cycles de négociations.

Ces déclarations suivent le dernier rapport de la Banque mondiale sur les affaires. La Chine est le pays qui a enregistré la plus forte amélioration, avec un bond de plus de 30 positions pour atteindre la 46e place dans le classement mondial des meilleurs environnements d’affaires.

« Nous appuyons ce que fait la Chine pour accroître ses importations et corriger les déséquilibres commerciaux mondiaux », a indiqué le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, la veille de l’ouverture du salon.

Xi Jinping a également abordé le cadre des droits de propriété intellectuelle, au cœur du différend qui oppose la Chine aux États-Unis et à l’UE. Il a promis de « renforcer la crédibilité » du système des droits de propriété intellectuelle et de « protéger » les droits légitimes des droits internationaux et les intérêts des sociétés étrangères.

Dans ce contexte, la Chine mettra en place un système d’indemnisation punitif pour augmenter les coûts des contrevenants qui violent les règles.

La Commission européenne a déposé une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce concernant les pratiques de la Chine dans ce domaine.

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Le président américain, Donald Trump, a également critiqué les difficultés que rencontrent les entreprises technologiques étrangères qui souhaitent accéder au marché chinois. L’administration américaine n’a envoyé aucun haut fonctionnaire à l’événement, mais des multinationales américaines, dont GE et Qualcomm, étaient représentées à l’exposition.

Les tensions entre la Chine et les États-Unis ont diminué suite à un appel téléphonique entre les deux présidents le 1er novembre.

Économie robuste

Malgré les inquiétudes croissantes concernant la stabilité de l’économie chinoise, y compris son énorme endettement, Xi Jinping a tenté de rassurer les hommes d’affaires et décideurs en soulignant que les fondamentaux de l’économie chinoise restent « inchangés » pour la stabilité à long terme.

« Vous avez toutes les raisons d’être confiants pour l’avenir de l’économie chinoise », a-t-il déclaré, ajoutant que la production avait augmenté à un rythme de 6,7 % cette année et que l’économie est « vraiment très performante ».

Il a cependant admis qu’il y avait des « défis importants » et des « risques croissants » dans certaines entreprises et dans certains secteurs.

« L’économie chinoise n’est pas un étang, mais un océan », a-t-il décrit. « Les jours sont peut-être calmes, mais il faut s’attendre à de grands vents et à des tempêtes », sinon l’océan ne serait pas ce qu’il est.

Pour lui, il ne faut toutefois pas trop s’en faire : « la Chine est toujours là, et elle sera là pour toujours ».

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