Xi Jinping ne rassure pas les Européens sur le conflit commercial avec les États-Unis

Le président chinois Xi Jinping lors d'une cérémonie de signature au Grand Hall du peuple à Beijing, le 2 novembre 2018. EPA-EFE/THOMAS PETER / POOL [EPA-EFE/THOMAS PETER / POOL]

Le discours du président chinois, Xi Jinping, le 18 décembre n’a pas apaisé les tensions commerciales du pays avec les États-Unis. Les Européens s’inquiètent des conséquences sur le commerce mondial.

« Personne n’est en position de dicter au peuple chinois ce qui devrait ou ne devrait pas être fait », a déclaré Xi Jinping dans un discours marquant le 40e anniversaire de la politique « de réforme et d’ouverture » de Deng Xiaoping.

L’absence de nouveaux gestes pacificateurs envers le président américain, Donald Trump, inquiète certains décideurs politiques et experts chinois en Europe.

« Xi Jinping n’a annoncé aucune mesure pour apaiser le conflit commercial qui se profile avec les États-Unis », a déclaré le chef de la délégation du Parlement européen en Chine, l’eurodéputé Jo Leinen. « Malheureusement, l’administration Trump semble vouloir laisser la situation s’envenimer jusqu’à une guerre commerciale. »

« L’absence d’annonce spécifique de réformes ou de plan de relance pourrait signifier que la Chine a réalisé que les possibilités de concessions envers les États-Unis sont limitées », explique Alicia García Herrero, chercheuse à Bruegel, un think tank basé à Bruxelles, et économiste chez Natixis pour la région Asie Pacifique.

Le G20 se réunit à Buenos Aires sur fond d'état de siège

La tension monte à Buenos Aires, où se réunit le G20 vendredi et samedi. Le différend entre  États-Unis et  Chine risque d’achever les négociations commerciales multilatérales que l’UE tente désespérément de préserver.

Selon la chercheuse, le refrain d’autosuffisance émergeant du discours de Xi Jinping pourrait marquer « une ère de concurrence stratégique et de déconnexion croissante et sans fin des économies chinoise et américaine ».

Dans son discours de 80 minutes, Xi Jinping a promis que la Chine continuerait sur la voie de la réforme. « Ce qui devrait et peut être réformé, nous le réformerons avec détermination. »

L’absence de nouvelle annonce lors d’une journée censée marquer l’anniversaire de la réforme chinoise a toutefois déçu les investisseurs puisque les bourses se sont repliées à Hong Kong, Shanghai, Tokyo et Sydney.

Le président chinois a rappelé les progrès continus réalisés par la Chine ces quarante dernières années. Le pays est désormais la plus grande économie mondiale en termes de parité du pouvoir d’achat et son développement a sorti 800 millions de personnes de la pauvreté.

« Les souffrances liées à la faim, au manque de nourriture et de vêtements, et les épreuves qu’a endurées notre peuple pendant des milliers d’années ont globalement disparu et ne reviendront pas », a affirmé Xi Jinping.

Public national

Le discours était adressé à un public national, avec le message que l’ambition de Pékin n’a pas de limites.

« Le discours de Xi montre que la longue période de repli de la Chine vers l’intérieur est terminée et que le pays ne fera plus profil bas sur la scène internationale », a commenté Jo Leinen. « La Chine va continuer d’intensifier ses efforts pour façonner un ordre international », prédit l’eurodéputé.

L’accord entre Jinping et Trump sauve in-extremis le G20

La trêve entre Donald Trump et Xi Jinping a permis de consolider la défense du multilatéralisme incluse dans la déclaration finale du G20 à Buenos Aires.

La Chine a récemment annoncé qu’elle supprimait temporairement les droits de douane sur les importations américaines, dont le soja et les voitures, suite à un accord trouvé entre Xi Jinping et Donald Trump en marge du G20 à Buenos Aires début décembre.

L’Europe et les États-Unis se sont plaints par le passé des subventions chinoises et ont demandé à Pékin d’ouvrir son économie.

Dans un discours en novembre, le président chinois a promis d’autoriser davantage de capital étranger dans des secteurs clés et d’augmenter les importations.

Face au protectionnisme, Pékin soutient les importations

Le président chinois promet de continuer à ouvrir son économie et d’augmenter les importations en renforçant le pouvoir d’achat.

Dans son dernier discours, il a préféré insister sur l’importance de l’État dans l’économie de la Chine. « Il s’est clairement adressé à un public national, en insistant sur le fait que les politiques chinoises ne seraient pas influencées par l’Ouest », observe Alicia García Herrero.

Dans ce contexte, Jo Leinen a déclaré que l’UE devait continuer à être la « championne du commerce libre, durable et équitable fondé sur des règles internationales ».

La Commission européenne a refusé de commenter le discours de Xi Jinping.

Collaboration

Jo Leinen estime que les quarante ans d’ouverture de l’économie chinois avaient généré des perspectives pour le pays et pour le monde, « souvent positives pour sortir les gens de la pauvreté et offrir de nouvelles possibilités pour une croissance et une collaboration futures. »

Il a toutefois noté que « ces derniers temps, l’ouverture n’a pas été aussi prononcée étant donné les restrictions croissantes imposées à la société civile en Chine, à la défense des droits humains, à la pratique de la religion et aux cultures minoritaires ».

D’autres pensent que la Chine n’arrêtera pas le train des réformes. « Les cyniques ont raison de souligner que nous avons déjà entendu de telles promesses », a déclaré Andew Polk, partenaire de la firme de recherche Trivium/China. « Ce qui diffère aujourd’hui, c’est que les dirigeants chinois semblent prêts à s’engager personnellement à développer des mesures d’ouverture plus ambitieuses », a-t-il écrit sur Bloomberg.

À titre d’exemple, il a mentionné les accords conclus entre la Chine et les entreprises étrangères soutenus par des représentants chinois de haut niveau. Le ralentissement de l’économie chinoise encouragera aussi du pragmatisme à Pékin.

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