La Chine étend son emprise sur les Balkans

epa01918309 Un cargo de la multinationale chinoise COSCO entre dans le port du Pirée, en Grèce, le 20 novembre 2009. Un accord a été signé entre le gouvernement grec et COSCO, société d’exploitation de ports, pour la gestion des terminaux à conteneurs. EPA/GEORGE CHRISTAKIS [George Christakis/EPA]

Les Balkans occidentaux sont devenus le point d’accès préféré de la Chine à l’UE. Pékin y finance notamment des infrastructures portuaires qui inquiètent Bruxelles.

Lors du récent forum sur la coopération dans les Balkans et la mer Noire, qui se déroulait à Serres, en Grèce, tous les intervenants se sont concentrés sur les objectifs et le rôle de la Chine. Un choix qui pourrait étonner quiconque ne connait pas l’importance clé que jouent les Balkans dans la stratégie de Pékin.

En effet, comme le souligne Frans-Paul van der Putten, chercheur de l’Institut néerlandais pour les relations internationales, la Chine est en train de se ménager un couloir de communication entre le port grec du Pirée et le nord et le centre de l’Europe, via la Serbie et la Hongrie.

Varoufakis dénonce le refus de l'aide de la Chine à la Grèce

L’été dernier, au comble de la crise qui opposait la Grèce et ses créanciers, Athènes a obtenu un accord de financement de la Chine, une solution qui a pourtant disparu après un coup de fil de Berlin à Pékin, révèle Yanis Varoufakis. Un article d’EURACTIV Grèce.

Le chemin le plus aisé

Selon le chercheur, la région de la mer noire est en effet la seule alternative aux accès dominés par les États-Unis (l’océan indien) ou la Russie (l’Arctique), et le plus grand risque politique pour Pékin serait de se mettre à dos Washington et Moscou, alors que l’UE ne l’inquiète pas autant.

En 2016, la China Ocean Shipping Company (COSCO), une entreprise d’État chinoise a acquis la majorité des actions de l’autorité du port du Pirée, à Athènes. Le gouvernement chinois considère donc le Pirée comme le principal point d’entrée des exportations chinoises à destination du sud, de l’est et du centre de l’UE, ainsi qu’un centre clé du transport maritime dans la région de la Méditerranée.

Pékin est donc à présent en mesure d’influencer les routes commerciales entre l’UE et la Chine, explique Frans-Paul van der Putten. Si le Pirée est le point de départ, d’autres projets infrastructurels sont en route, comme la modernisation de la ligne ferroviaire entre Belgrade et Budapest.

Règles européennes

Cette connexion à grande vitesse coûtera 3,2 milliards d’euros, partiellement avancés par la Chine. En décembre 2014, La Serbie, la Hongrie et la Chine ont en effet signé un accord pour la reconstruction des 370 kilomètres de voies entre les deux capitales. Un accord qui enfreint les règles européennes et n’a pas manqué de créer des tensions avec l’UE.

La Chine ne se limite pas à la Grèce et à la Serbie, puisqu’elle a également octroyé des prêts avantageux à d’autres pays des Balkans occidentaux pour des projets d’infrastructures, ajoute le chercheur.

Un investissement « vital »

Jelica Stefanović-Štambuk, membre de la faculté de sciences politiques de l’université de Belgrade, assure que pour une Serbie largement désindustrialisée, l’investissement chinois est vital. L’universitaire ne manque pas d’exemples, dans les transports, mais pas seulement, puisque Huawei a également repris Telekom Serbia et que la Chine a racheté une usine sidérurgique à Smederevo. « La Chine est en pleine croissance, l’UE non », résume-t-elle.

Et Michael Christides, secrétaire général de l’organisation pour la coopération économique en mer Noire, assure que l’implication chinoise dans la région « provoque une réflexion autocritique dans le nord de l’Europe, et surtout à Bruxelles ».

« C’est très logique », indique-t-il : les pays de la région sont très demandeurs de fonds et d’investissements, notamment chinois, pour améliorer leurs infrastructures, alors que l’Europe du nord, qui dispose déjà des infrastructures nécessaires, y voient une menace.

La Chine construit des chemins de fer dans les Balkans

La Serbie a annoncé la construction d’une nouvelle connexion ferroviaire entre Belgrade et Budapest par la Chine. Les travaux commenceront mi-2015. Ce projet entre dans le cadre de la stratégie de Pékin pour accélérer la circulation des marchandises entrant en Europe via les Balkans.

Inquiétudes des grands ports

Bien sûr, ces nouveaux projets dans le sud de l’union ont créé « des inquiétudes dans les grands ports du nord du continent, comme Rotterdam, ou Hambourg, qui perdent d’importants volumes d’échange », continue le diplomate. « C’est un sujet très discuté à Bruxelles », surtout que la Chine ne respecte pas toutes les normes du commerce international. « Nous sommes ici témoins d’une friction entre le nord et le sud de l’Europe », assure-t-il.

Indication possible de l’évolution du marché, Hewlett-Packard a décidé de relocaliser une grande partie de ses activités de distribution de Rotterdam au Pirée. C’est en effet en Chine que sont assemblés une grande partie des ordinateurs personnels.

Mais l’influence chinoise dans les Balkans occidentaux comble également un vide politique dans une région qui a vu s’enliser son accession à l’UE. « Le processus de décision politique chinois est très rapide. À l’UE, c’est différent, souligne François Lafond, président du Blue Networks and Opportunities.

 

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