Les taxes américaines sur les voitures préoccupent la Commission

Angela Merkel et Donald Trump à la Maison-Blanche, le 27 avril 2018. [EPA-EFE/MICHAEL REYNOLDS]

La commissaire européenne au commerce a exprimé son inquiétude face au projet de l’administration américaine d’enquêter sur les importations de voitures et de camions, qui pourrait entraîner de nouveaux tarifs douaniers.

Suite à la décision du président américain Donald Trump de percevoir des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium, l’administration américaine a ouvert une enquête sur les voitures. L’UE se trouve dans une course contre la montre pour négocier une exemption permanente.

Officiellement, la question est de déterminer si les importations d’automobiles et de camions affaiblissent l’économie américaine, et peuvent affecter la sécurité nationale. Le résultat de l’enquête pourrait déboucher sur de nouvelles taxes, affectant ainsi l’une des principales exportations de l’UE vers les États-Unis.

En Allemagne, les potentiels droits de douane américains sur les automobiles coûteraient environ 5 milliards, selon les calculs de l’Ifo (Institute for Economic Research). « Selon Gabriel Felbermayr, directeur du Centre d’économie internationale de l’ifo,« aucun autre pays ne subirait des pertes absolues aussi élevées que l’Allemagne ».

Lors de son intervention au Sommet européen des entreprises, Cecilia Malmström a fait part de sa « préoccupation » au sujet de l’acier et de l’aluminium, mais aussi à l’égard de la récente annonce des taxes potentielles à l’importation de voitures.

« Nous verrons bien sûr ce que c’est, où mène l’enquête », a-t-elle dit avant d’ajouter que « d’après ce que nous savons déjà, cela va aussi à l’encontre des règles de l’OMC ».

La commissaire suédoise a été en contact régulier avec ses homologues américains pour régler le différend commercial depuis que Washington a annoncé les nouveaux droits de douane sur les métaux.

L’eurodéputé belge Philippe Lamberts, qui a participé à la même table ronde, a accusé Cecilia Malmström de se rendre à Washington pour « supplier » en raison d’une dépendance importante des entreprises européennes à l’égard du marché américain.

« Nous ne supplions pas, nous parlons », a-t-elle répondu. « Nous avons un programme de travail positif avec les États-Unis où nous pouvons discuter des défis communs mais aussi des différends commerciaux ».

Mais elle a souligné que les négociations commerciales ne seraient possibles que si l’UE était définitivement exclue des tarifs douaniers.

L’Europe refuse net tout quotas pour ses exportations de métaux vers les États-Unis

Pour les dirigeants de l’UE, une exemption « permanente » et « illimité » aux droits de douane imposés par Trump est une condition sine qua non à toute négociation commerciale.

Sinon, a-t-elle dit, l’UE est prête à réagir. « Nous pourrions aller à l’OMC et nous l’avons dit très clairement », a insisté Cecilia Malmström.

« Le problème avec l’OMC, c’est que cela prendra deux ans. Pendant ces deux années, nos entreprises souffriront énormément », a-t-elle souligné. C’est pour cette raison qu’elle essaye de trouver une solution politique.

Malgré les défis à venir, la commissaire a défendu avec passion le multilatéralisme. « Nous pouvons aider le monde à se développer de manière durable et inclusive, à façonner la mondialisation et à rapprocher le commerce des populations en travaillant ensemble », a-t-elle déclaré.

Sécurité nationale 

Donald Trump invoque la sécurité nationale pour justifier l’ouverture d’une enquête dans le secteur automobile. L’argument a de nouveau laissé les membres de la Commission perplexes.

« Il est vraiment difficile d’imaginer que cela puisse créer une menace pour la sécurité nationale [des États-Unis] », a déclaré le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, lors d’une conférence de presse le 24 mai.

Une augmentation potentielle des droits de douane pour ces raisons serait « évidemment » contraire aux règles de l’Organisation mondiale du commerce, a-t-il rappelé.

Le président américain a utilisé le même argument lorsqu’il a décidé d’imposer des droits de douane de 25 % et 10 % sur toutes les exportations d’acier et d’aluminium, respectivement, vers les États-Unis.

Malgré la dernière menace contre l’industrie automobile, la Commission a réagi sur un ton conciliant. « Nous sommes toujours prêts à discuter de la manière d’améliorer l’environnement commercial », a déclaré Jyrki Katainen aux journalistes.

La Commission et l’administration américaine ont entamé des discussions pour obtenir une exemption permanente des nouveaux tarifs sur les métaux. L’objectif ultime de Donald Trump est de réduire le déficit commercial vis-à-vis de l’UE.

Au cours des derniers mois, l’une de ses cibles préférées a été les voitures européennes, car les droits de douane américains sont nettement inférieurs (2,5 %) par rapport aux droits de douane européens (10 %).

Malgré les préoccupations croissantes de ce côté-ci de l’Atlantique, la Commission continue d’espérer qu’un accord soit conclu avec Washington pour régler le différend commercial.

« Nous pensons que nous pouvons trouver une solution, nous ne savons ni à quelle vitesse ni jusqu’où elle ira », a-t-il ajouté.

L’UE à la recherche d'une issue commerciale avec Washington

Les ministres européens du Commerce vont discuter de la manière de dissuader Donald Trump d’appliquer aux Européens des droits de douane punitifs sur l’acier et l’aluminium, alors que Washington vient de s’entendre avec Pékin.

Les États membres ont également exprimé leur inquiétude quant à l’ouverture de l’enquête.

Le ministre slovaque des Finances, Peter Kazimir, a souligné que pour son pays, il était « vital » de lutter pour le libre-échange. « C’est extrêmement important pour nous, donc les négociations sont vraiment cruciales », a-t-il déclaré aux journalistes en se rendant à la réunion de l’Eurogroupe du 24 mai.

Une augmentation des droits de douane américains sur les voitures pourrait nuire gravement à l’économie de la Slovaquie, qui est le plus grand producteur mondial de voitures par habitant.

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