La Commission exclut toute concession commerciale face à Trump

Cecilia Malström a rencontré les représentants américain et japonais en mars. [European Commission]

La commissaire Cecilia Malmström a réclamé une exemption « permanente et inconditionnelle » des nouveaux droits de douanes que souhaite imposer Donald Trump.

L’Europe ne négociera pas « sous la menace », a assuré la commissaire au commerce, Cecilia Malmström. Elle souhaite l’exemption des produits européens des droits de douane de 25 % et 10 % que les États-Unis voudraient imposer respectivement à l’acier et à l’aluminium, parce que « nous sommes amis et alliés ».

Donald Trump a récemment annoncé vouloir limiter les importations d’acier et d’aluminium pour des raisons de sécurité nationale.

« Nous sommes bien sûr disposés à discuter des différends commerciaux », mais « nous ne négocierons rien sous pression », a-t-elle assuré aux journalistes en marge d’une séance plénière du Parlement de Strasbourg.

La Suédoise a démenti les allégations selon lesquelles l’UE a soumis les États-Unis à un « exercice de cadrage » pour évaluer l’impact d’une version allégée du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), mis au placard après l’élection de Donald Trump.

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Les négociations commerciales avec les États-Unis vont bon train, selon Jyrki Katainen, vice-président de la Commission. Il déplore en revanche la détérioration du climat des affaires en Chine.

 

L’administration du président américain a en effet indiqué sa volonté de dégeler les négociations commerciales avec l’UE, mais les représentants européens restent sceptiques étant donné les divergences d’opinions des deux blocs et les obstacles à surmonter pour arriver à un accord. La commissaire suédoise a rappelé que, pour reprendre les discussions, la Commission devrait bénéficier d’un mandat du Conseil.

Le mois dernier, Washington a accordé une exemption temporaire à l’acier et à l’aluminium européen, indiquant que cette trêve ne deviendrait permanente que si les deux camps trouvent un accord satisfaisant avant le 1er mai. Un délai trop court, étant donné les nombreux sujets à discuter, comme la surcapacité sidérurgique, ont répliqué les Européens.

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Le président de la Commission juge peu probable que l’UE soit exempté des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium avant la fin des exemptions temporaires, le 1er mai.

À ce jour, « nous n’avons encore reçu aucune garantie » sur une exemption permanente, a indiqué Cécilia Malmström.

Donald Tusk, le président du Conseil européen, a expliqué aux eurodéputés que si l’UE ne parvenait pas à convaincre les États-Unis, « nous n’aurons d’autre choix que de réagir ».

Il fait partie des rares défenseurs d’un retour aux négociations du TTIP. « J’ai appelé à un dialogue qui permettra plus d’échanges entre les États-Unis et l’Europe, pas moins. »

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Japon et Singapour

Cecilia Malmström et son homologue à l’emploi, à la croissance et à l’investissement, Jyrki Katainen, ont présenté à la presse les conclusions des accords de libre-échange négociés avec le Japon et Singapour. Le traité avec le Japon est le plus important accord de libre-échange jamais mis en place par l’UE. Il couvrira 600 millions de consommateurs et un tiers du PIB mondial. Les taxes qu’il éliminera représentent 1 milliard d’euros par an sur les exportations européennes.

Les États membres se lancent à présent dans le processus de ratification, qui devrait se terminer d’ici novembre 2019. « Nous espérons une prise en charge rapide au Conseil, afin que le texte soit envoyé au Parlement le plus vite possible », a indiqué Cecilia Malmström, qui estime que ces accords envoient « un message fort au monde : l’UE est favorable aux échanges commerciaux ».

« C’est aussi une étape concrète vers un meilleur ordre commercial mondial, sur la base de règles et de valeurs partagées », a ajouté Jyrki Katainen.

Mexique et Mercosur

Les droits de douane imposés par Donald Trump et la perspective d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine déstabilisent l’environnement commercial mondial à l’heure actuelle. Dans ce contexte, l’UE redouble d’efforts pour conclure ses négociations avec le Mercosur et le Mexique.

La commissaire au commerce a déjà déclaré que l’aboutissement de ces accords était proche, mais n’a jamais donné de date précise. Les négociateurs mexicains sont à Bruxelles cette semaine pour tenter d’éliminer les différends restants sur la modernisation de l’accord conclu il y a 21 ans avec l’Europe.

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La Commission espérait la fin des négociations avant 2018. Les représentants européens font cependant remarquer que le pays est mis sous pression par la révision de son accord avec les États-Unis, exigée par Donald Trump.

L’exécutif européen ne perd cependant pas espoir de conclure un accord avec Mexico avant la concrétisation des discussions engagées avec le Mercosur., dont les négociateurs arrivent à Bruxelles la semaine prochaine. Des différends persistent notamment sur la viande et d’autres sujets agroalimentaires, l’accès aux marchés publics et les voitures.

En mai, la Commission compte également demander au Conseil un mandat pour lancer des négociations avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

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