Didier Kling : «Nous ressentons tous le besoin de relancer l’Europe»

"Il est essentiel de pouvoir dire à un apprenti qu’il peut se déplacer en Europe comme les étudiants", Didier Kling, président de la CCI Paris Ile-de-France [CCI Paris Ile-de-France]

L’apprentissage peut contribuer à rebâtir le projet européen en matière d’employabilité, fait valoir Didier Kling, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris Ile-de-France, dans une interview réalisée à l’occasion de la journée de l’Europe.

«L’Europe est mal comprise par les citoyens alors qu’elle peut montrer des succès assez remarquables. A titre d’exemples, je citerais le programme Erasmus, les fonds structurels, Airbus ou encore la monnaie commune», constate le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France.

Et d’ajouter : «Mais, ce sont des avancées qui paraissent tellement naturelles et évidentes de nos jours qu’on ne les comptabilise pas comme des succès».

Noyau dur

Le rôle des gouvernements nationaux dans la promotion – ou non – du projet européen joue cependant un rôle plus grand encore, aux yeux de Didier Kling.

«En cas d’échec ou de difficultés, on se sert de l’Europe comme d’un repoussoir. On s’en sert aussi pour faire passer des décisions difficiles, comme les critères de convergence avec le respect des 3% de déficit structurel et les contraintes de limite de la dette publique. En tous les cas, c’est ce que j’observe dans le monde politique français», déclare-t-il.

Pour Didier Kling, alors que les élections européennes se profilent,  le mode de scrutin par liste  contribue également à éloigner les citoyens des institutions qui les représentent.

L’image de Bruxelles s’est donc progressivement abîmée auprès des citoyens européens, et cette situation relève d’une responsabilité générale, souligne-t-il.

«II faut rebâtir aujourd’hui un vrai projet européen», énonce Didier Kling.

«On peut tout à fait imaginer une Europe avec un noyau dur qui a envie d’aller plus loin, qui veut s’engager vers une intégration plus forte, et un ensemble  de pays se situant davantage aux marges de l’Europe, qui perçoivent le projet européen comme une zone économique de libre-échange», dit-il.

Et de résumer : «Il y aurait un projet politique fort et puis une zone de commerce».

Développer l’apprentissage

Parmi les projets politiques à développer pour reconstruire l’Europe, Didier Kling place l’éducation, et dans le cas précis de la CCI Paris Ile-de-France, l’apprentissage au rang des priorités.

«Il faut développer l’apprentissage, c’est le projet du gouvernement en la matière», déclare-t-il, en dressant un parallèle entre la France et l’Allemagne pour illustrer son propos.

«Nous constatons tous que l’apprentissage est moins développé en France que dans un pays comme l’Allemagne. Or, il se trouve qu’il y a moins de chômeurs en Allemagne qu’en France», fait-il observer.

Il rappelle que sur le plan national, le nombre d’apprentis en France est tombé à 400 000 ce qui est faible comparé à nos voisins européens.

«Le but est de redonner un élan à l’apprentissage, avec l’Allemagne qui est pour nous un exemple dans ce domaine», poursuit-il.

Un rapport pour déverrouiller l'Erasmus des apprentis

Contrats de travail, rémunérations : le député européen Jean Arthuis formule 16 propositions pour développer l’Erasmus des apprentis, dans un rapport qui sera remis vendredi à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Didier Kling rappelle les enjeux pour la CCI Paris Ile-de-France: l’organisation regroupe les huit départements de l’Île-de-France, 670 000 entreprises sont membres de la chambre.

«L’enseignement est une partie importante de notre activité, soit 60 % de notre action via 19 écoles et centres d’apprentis. Nous formons 62 000 personnes par an, dont près de 15 000 apprentis».

Il précise qu’en région Île-de-France, la CCI représente environ 16 % du nombre total d’apprentis formés, et elle s’est engagée à porter ce nombre à 20 % d’ici trois ans, « à législation constante ».

A la question de savoir pourquoi l’apprentissage ne fonctionne pas bien en France, Didier Kling répond qu’il y a un certain nombre de raisons spécifiques, la première et la plus importante à ses yeux ayant trait à son image et à sa valorisation dans le système éducatif.

Erasmus de l’apprentissage

« Il faut donc changer cette mentalité et expliquer que l’apprentissage, ce n’est pas une voie d’échec, qu’il s’agit d’une voie différente », insiste Didier Kling.

Erasmus+ de plus en plus populaire en France

Le nombre de bénéficiaires du programme Erasmus + en France a augmenté en 2017, à la faveur d’une augmentation du budget du programme d’échange européen.

 

« C’est la raison pour laquelle nous sommes très favorables à l’Erasmus de l’apprentissage comme il figure dans les projets du gouvernement et comme suite aux échanges constructifs avec Jean Arthuis (eurodéputé, FR),  De fait, pourquoi le programme Erasmus ne serait-il limité principalement qu’aux étudiants, pourquoi les apprentis ne pourraient-ils pas, eux aussi, bénéficier tout autant de ce programme », s’interroge-t-il.

« Nous travaillons de concert avec les chambres de commerce des autres pays européens. Seulement, pour nous en France, le contrat d’apprentissage est un contrat de travail, ce qui n’est pas nécessairement vécu et organisé de la même manière dans les autres pays européens », précise-t-il.

« La loi française doit évoluer, tout le monde en est conscient, mais c’est un gros chantier. Un contrat de travail est géré par le paritarisme, c’est-à-dire par un accord employeur-employé et avec les syndicats. Or, en tant que chambre de commerce, je ne suis ni l’un ni l’autre. Et pour moi, il est essentiel que les deux parties se mettent d’accord, notamment sur la revalorisation du statut de l’apprenti et du maître d’apprentissage », poursuit-il.

Didier Kling souligne que le projet porté par la CCI Paris Ile-de-France intègre bien la volonté de l’Union européenne de développer la formation en entreprise.

« L’idée est de mieux former les futurs salariés au monde du travail actuel. Beaucoup déplorent le fait que les formations universitaires répondent insuffisamment aux besoins des milieux professionnels alors que les entreprises et l’Union européenne demandent à ce que l’expérience en entreprise soit développée et valorisée », souligne-t-il.

C’est pourquoi il est essentiel de pouvoir dire à un apprenti qu’il peut se déplacer en Europe comme les étudiants, estime-t-il. «Il est important de leur dire qu’ils sont au même niveau».

Quel futur pour Erasmus+ après le Brexit ?

La Commission souhaite un Erasmus « 9 fois plus ambitieux ». Mais le Brexit pourrait entamer le budget du programme le plus populaire de l’Union.

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