Commerce : Valdis Dombrovskis entend parer aux intimidations des États-Unis et de la Chine

Valdis Dombrovskis, le vice-président exécutif de la Commission européenne.

Valdis Dombrovskis, le vice-président exécutif de la Commission européenne, a annoncé aux eurodéputés qu’il allait proposer un nouveau mécanisme pour protéger l’UE des manœuvres coercitives de partenaires commerciaux tels que les États-Unis et la Chine.

Vendredi 2 octobre, Valdis Dombrovskis s’est exprimé devant la commission du commerce international, dans le cadre du processus de confirmation qui doit l’amener à reprendre le portefeuille du commerce au sein de l’exécutif européen. Son prédécesseur, Phil Hogan, a démissionné après avoir ignoré les restrictions liées au COVID-19 en Irlande pour prendre part à un dîner privé.

Le vice-président de la Commission s’est montré convaincant au cours de ses trois heures d’audition devant les députés européens. Il a livré des réponses détaillées sur des questions telles que la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les relations commerciales avec la Chine et les États-Unis, l’accord du Mercosur avec les pays d’Amérique du Sud, ou la mise en œuvre des droits de l’homme et d’objectifs durables dans le cadre des accords commerciaux.

L’ancien Premier ministre letton a annoncé qu’il proposerait l’an prochain un nouvel instrument destiné à contrer les actions « coercitives » de la Chine ou des États-Unis en matière de commerce. Par le passé, ces deux États ont menacé l’UE de soumettre les constructeurs automobiles et certains produits européens à de nouveaux droits de douane ou à des restrictions commerciales.

Si cela s’avère nécessaire, la Commission utilisera aussi ce nouveau mécanisme « anti-coercition » contre Washington, a-t-il précisé.

« L’Europe doit s’affirmer davantage », a ajouté Valdis Dombrovskis, faisant écho au message que Phil Hogan avait adressé aux députés européens lors de son audition il y a un an.

Phil Hogan promet de monter le ton face à la Chine

Ce 30 septembre, Phil Hogan a obtenu l’aval provisoire des eurodéputés pour devenir le prochain commissaire européen au commerce, notamment en promettant d’adopter une attitude plus stricte envers la Chine.

À ce propos, Valdis Dombrovskis a annoncé que le nouveau chef de l’application des règles commerciales veillerait à ce que les obstacles au marché soient levés, conformément à ce que prévoient les accords commerciaux, et qu’il prendrait des mesures contre les partenaires qui ne respectent pas les règles.

Concernant la Chine, Valdis Dombrovskis a annoncé son intention de lancer un dispositif pour s’attaquer aux distorsions provoquées par les entreprises étrangères sur le marché intérieur, et il s’est engagé à renforcer le contrôle des investissements étrangers au sein de l’UE.

Valdis Dombrovskis a souligné sa volonté de voir la relation commerciale avec Pékin « restructurée, afin qu’elle soit réciproque, équilibrée et équitable ».

Dans cette perspective, l’accord d’investissement UE-Chine – toujours en cours de négociation alors qu’il aurait dû être conclu cette année – s’avérera essentiel.

Il a assuré que l’UE faisait « très clairement savoir » que l’accord d’investissement ne serait finalisé que si les relations économiques étaient rééquilibrées.

« Pour cela, nous avons besoin de plus de réciprocité et d’une ouverture de marché accrue de la part de la Chine, car la situation actuelle est asymétrique », a-t-il déclaré.

L’UE et la Chine s’expliquent sur une relation difficile

Européens et Chinois ont eu lundi une « franche explication » sur leurs divergences à propos de Hong Kong et de leurs relations commerciales, au cours d’un sommet en visioconférence.

Cet accord d’investissement sera également employé pour répondre aux préoccupations de certains eurodéputés à propos de la mise en œuvre des droits du travail au sein de la superpuissance asiatique.

Objectifs durables

Sur certains thèmes importants pour les Européens, tels que celui de la durabilité, Valdis Dombrovskis a admis que les progrès dans les négociations avec la Chine avaient marqué le pas. Il estime, comme les eurodéputés, que l’application des exigences en matière de commerce et de développement durable dans les accords commerciaux devrait être renforcée.

« Nous allons examiner comment inclure davantage de granularité dans la mise en œuvre de ces éléments », a-t-il précisé.

Les eurodéputés se sont également inquiétés de l’accord conclu avec le Mercosur, dont le processus de ratification s’avère très difficile en raison des préoccupations liées à la préservation de la région amazonienne.

Valdis Dombrovskis a déclaré être opposé à la renégociation de l’accord commercial avec les pays d’Amérique du Sud, mais il a souligné que l’UE devait « trouver des solutions durables pour la région amazonienne » avant de ratifier cet accord.

Le vice-président de la Commission a en outre expliqué qu’il souhaitait donner une impulsion « verte » à son portefeuille. Il a ainsi annoncé le lancement d’une « initiative de l’OMC sur le commerce et le climat, axée sur les marchandises vertes », reconnaissant qu’« aujourd’hui, le commerce va bien au-delà du strict commerce ».

Bernd Lange (S&D, Allemagne), le président de la commission au commerce international, a tweeté après l’audition que Valdis Dombrovskis avait livré une « très solide performance ».

« J’apprécie son souci du détail et ses engagements clairs, une performance très rafraîchissante par rapport à d’autres auditions », a-t-il ajouté.

Lorsque le Parlement sera parvenu au terme du processus d’évaluation, la plénière votera le 7 octobre pour déterminer si le commissaire letton se verra confier le portefeuille du commerce.

Parallèlement – et pour autant que le Parlement donne aussi son aval à ce propos le 7 octobre – Valdis Dombrovskis remettra la charge de commissaire aux services financiers à l’Irlandaises Mairead McGuinness.

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