Le protectionnisme mondial menace la zone euro

La zone euro doit se préparer aux mesures protectionnistes américaines et chinoises si elles se matérialisent, a déclaré le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

« Pour l’instant, nous ne savons pas quelle ampleur tout cela prendra, mais nous savons déjà que ce sera important que nous devrions être préparés au mieux à cela », a déclaré Mario Draghi à la commission affaires économiques et monétaires, faisant référence aux mesures protectionnistes imposées par la Chine et les États-Unis.

Pour Mario Draghi, la menace du protectionnisme, les vulnérabilités dans les marchés émergents et la volatilité du marché financier font partie des risques entourant la zone euro.

Le président de la BCE a fait l’éloge des accomplissements des dernières années à l’occasion du dixième anniversaire de la crise financière, mais a souligné qu’il restait encore beaucoup à faire. La croissance, qui est positive depuis plus de cinq ans, pourrait être menacée par les turbulences dans l’économie mondiale causées par des pratiques commerciales protectionnistes.

Mario Draghi reconnaît que les prévisions macroéconomiques pour 2018 et 2019 ont été revues à la baisse, « ce qui reflète l’affaiblissement du commerce international ».

En mai dernier, la Commission européenne avait constaté des retombées négatives sur les prévisions du printemps à cause des restrictions commerciales. « La combinaison d’une stratégie budgétaire procyclique et d’une politique commerciale protectionniste aux États-Unis est dangereuse selon nous », avait alors déclaré le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici.

Mario Draghi: «L’euro est irréversible»

Malgré les craintes d’une nouvelle crise de la zone euro du fait de l’instabilité politique italienne, Mario Draghi, le président de la BCE est convaincu que la monnaie est « forte ». Un article de notre partenaire, La Tribune.

Risque de déréglementation financière

L’UE a progressé dans le secteur bancaire, a déclaré Mario Draghi. Toutefois, ce secteur « a des entités qui sont très grandes, très complexes, très liées entre elles et certaines d’entre elles exercent des activités comparables à des activités bancaires ».

« L’exposition de l’Union européenne à d’autres juridictions est assez importante pour ne pas pouvoir empêcher la transmission d’une crise d’un endroit à une autre », reconnaît Mario Draghi.

Dix ans après la crise, les pouvoirs des autorités de supervision ont été réduits, explique-t-il. À cause de la déréglementation dans d’autres régions du monde, notamment aux États-Unis, l’UE reste clairement exposée.

Le président de la BCE insiste toutefois sur le fait que les institutions « surveillent de manière intensive les risques pour la stabilité financière », et que les banques sont plus solides qu’avant en termes de liquidité, de solvabilité et de capital.

« Cela veut-il dire que nous pourrons empêcher la prochaine crise ? Bien sûr que non, mais nous avons le devoir de les rendre plus fortes », a-t-il défendu.

Mario Draghi presse les États membres pour finaliser l’union bancaire

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a appelé les États membres de la zone euro à finaliser l’union bancaire avec un système européen d’assurance des dépôts.

Faible impact du Brexit

La Banque centrale européenne ne pense pas que le Brexit aura un impact majeur sur la zone euro, a déclaré Mario Draghi à la commission parlementaire, malgré le risque accru de ne pas parvenir à un accord suite à la confrontation entre Theresa May et les 27 lors du sommet de Salzbourg la semaine dernière.

« Nos estimations montrent que l’impact devrait être, dans l’ensemble, assez faible », a déclaré Mario Draghi.

« Sur le plan financier, l’impact attendu ne devrait pas être majeur, à une exception près : dans certains domaines de la compensation centrale des dérivés », a-t-il insisté.

La Banque centrale européenne ne participe pas aux négociations de l’article 50 entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Toutefois, le prêteur les surveille de près et il est en contact avec la Banque d’Angleterre à ce sujet.

Dans tous les cas, Mario Draghi espère que quelle que soit la solution pour conclure l’accord de retrait, elle « ne compromettra pas l’intégrité du marché unique », conformément à la position des États membres.

UMC et union bancaire

L’une des propositions clés annoncées par le président de la Commission européenne lors de son discours sur l’état de l’Union a été de stimuler le rôle de l’euro sur la scène internationale.

Pour Mario Draghi, l’utilisation de l’euro en tant que monnaie de réserve a chuté, mais « l’euro reste quand même la seconde monnaie la plus utilisée au monde. »

Le président de la BCE a souligné que le rôle international de l’euro était de toute façon déterminé par les forces du marché, mais que l’évolution de l’Union de marché des capitaux et de l’Union bancaire aiderait à l’internationalisation de la monnaie unique.

Mario Draghi reste toutefois prudent et attend de voir ce que la Commission propose concrètement. « Nous sommes évidemment prêts à aider la Commission », a-t-il déclaré.

Autorité européenne contre le blanchiment d’argent

« Ce n’est pas un secret de dire que la situation actuelle n’est pas satisfaisante », estime Mario Draghi.

La BCE fait partie d’un groupe de travail mis en place par la Commission pour améliorer la communication et l’échange d’information avec les autorités nationales et de supervision. Mais pour Mario Draghi, ce n’est pas suffisant.

« Certaines informations devraient être partagées entre les autorités de supervision et les autorités de lutte contre le blanchiment d’argent », a-t-il souligné. « Sans échange d’information, nous ne serons pas efficaces dans cette lutte. »

Même si la BCE n’a pas de compétence dans ce domaine, Mario Draghi n’a pas hésité à s’exprimer : « nous devrions avoir une autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent pour mettre la lumière sur ce qui se passe dans la zone euro. »

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