L’UE et le Japon cimentent leur relation face au protectionnisme de Trump

Jean-Claude Juncker, Donald Tusk au Japon [European Commission]

L’Union européenne et le Japon ont signé un accord commercial le 17 juillet, un message fort pour montrer leur opposition au Président américain, Donald Trump, et à ses attaques à l’encontre du libre-échange et de l’ordre international.

L’accord de libre-échange est le plus grand jamais conclu par l’UE et supprimera presque la totalité des 1 milliard de droits de douane payés chaque année par des entreprises européennes exportant au Japon.

« C’est un acte d’une immense importance stratégique pour l’ordre international fondé sur des règles, à un moment où certains remettent en cause cet ordre », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, après la signature de l’accord.

Outre l’impact économique, les responsables de l’UE ont souligné la pertinence politique de l’accord, signé pour « cimenter l’amitié nippo-européenne pour toujours », a-t-il affirmé.

« Politiquement, c’est une lueur d’espoir dans l’obscurité actuelle de la politique internationale. Nous envoyons un message clair : vous pouvez compter sur nous », a déclaré Donald Tusk en faisant référence à la remise en cause de Donald Trump de l’ordre multilatéral.

Le Japon et l’UE sont « prévisibles, responsables, et nous continuerons à défendre un monde qui repose sur des règles, sur la liberté, la transparence et le bon sens », a-t-il insisté.

Quant au Premier ministre japonais, Shinzo Abe, il a déclaré que l’accord montrait « l’inébranlable volonté politique du Japon et de l’UE pour promouvoir le libre-échange international à un moment où le protectionnisme gagne du terrain. »

La plus grande zone de libre-échange

En parallèle de l’Accord de partenariat économique pour créer la plus grande zone de libre-échange de la planète, couvrant 600 millions de personnes, les deux parties ont signé un Accord de partenariat stratégique.

Ce nouveau cadre favorise la coopération face à des défis mondiaux comme la cybercriminalité, la gestion de catastrophe, la sécurité énergétique, le changement climatique ou le vieillissement de la population.

Par ailleurs, les deux parties se sont accordées à reconnaître leur système de protection des données comme « équivalents ».

Le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré que cette reconnaissance mutuelle créerait « le plus grand flux de données sécurisées du monde ». Le commerce c’est plus que des taxes et des barrières, a-t-il expliqué, « c’est aussi des principes, des valeurs et la recherche de solutions gagnantes pour tous. »

Bénéfices commerciaux

Il aura fallu près de cinq ans pour finaliser l’accord, que la Commission européenne et le gouvernement japonais ont commencé à négocier en 2013.

Les deux parties ont fait des concessions énormes pour le conclure. L’UE a accepté d’ouvrir son marché à la puissante industrie automobile japonaise, mais pour que les constructeurs européens soient prêts, une période de transition de sept ans sera établie avant que les droits de douane, actuellement à 10 %, ne soient éliminés.

De son côté, le Japon a accepté de réduire les droits de douane sur de nombreux produits agricoles européens. Ainsi les taxes à l’exportation de fromage, comme le Gouda et le Cheddar (actuellement à 29,8 %) et le vin (en moyenne à 15 %) seront éliminées.

Les quotas d’exportation de bœuf depuis l’UE seront aussi relevés, et aucun droit de douane ne sera imposé sur la viande de porc transformée et presque aucun sur la viande de porc fraîche.

Selon la Commission, les exportations de produits alimentaires transformés pourrait ainsi augmenter de 180 %.

Les deux parties ont décidé de protéger une longue liste d’indications géographiques, dont un total de 200 du côté européen.

Le bloc aura également accès au marché public dans 48 villes japonaises et pourra conclure plus facilement des contrats dans le secteur ferroviaire national.

L’UE estime que 600 000 emplois en Europe sont liés au commerce avec le Japon.

Gens raisonnables

Pour l’UE, la conclusion des négociations lui ouvre l’accès à l’un des marchés les plus riches du monde. Cela envoie aussi un message puissant à l’offensive protectionniste de Donald Trump, suite à l’accord conclu avec la Chine, la veille.

Visant Donald Trump, Donald Tusk a déclaré : « c’est un grand jour non seulement pour tous les Japonais et Européens, mais aussi pour toutes les personnes raisonnables de ce monde qui croient au respect mutuel et à la coopération. »

Shinzo Abe était censé signer l’accord à Bruxelles la semaine dernière, mais avait annulé son voyage suite à des inondations dévastatrices ayant tué plus de 220 personnes.

L’accord doit encore passer par le processus de ratification au Parlement européen et à la Diète japonaise. Lors de la ratification de l’accord de libre-échange avec le Canada, des pays comme l’Italie s’y sont opposés.

Rome menace de bloquer la ratification du CETA

L’Italie ne ratifiera pas le CETA, l’accord de libre-échange avec le Canada, car il ne protège pas assez les spécialités culinaires du pays, a déclaré le ministre italien de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio.

Interrogé sur une potentielle opposition à cause des pertes d’emplois dans certains secteurs, Jean-Claude Juncker a expliqué que si l’Europe exportait l’équivalent d’un milliard d’euros de produits en plus, cela générait « automatiquement » 14 000 emplois.

« Le véritable risque pour notre économie, nos emplois et pour la prospérité, c’est l’incertitude politique, la guerre tarifaire, l’imprévisibilité, l’irresponsabilité et les rhétoriques agressives, pas les accords de libre-échange », a insisté Donald Tusk.

Les normes de protection de l’investissement et les mécanismes de résolution des différends ne font pas encore partie de l’accord. Les deux parties veulent parvenir à une entente à ces sujets « le plus tôt possible. »

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