Phil Hogan tente de rassurer sur l’accord avec le Mercosur

Phil Hogan [EPA-EFE/Aris Oikonomou]

Le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, a tenté de répondre aux préoccupations nationales concernant le projet d’accord commercial UE-Mercosur lors d’une réunion avec les 28 ministres de l’Agriculture de l’UE lundi 15 juillet.

« Nous sommes parvenus à des quotas plutôt qu’à une libéralisation totale », a déclaré Phil Hogan aux ministres afin de dissiper les craintes que l’Europe soit balayée par des importations agricoles bon marché en provenance d’Amérique du Sud si l’accord commercial UE-Mercosur est mis en œuvre.

« Aucun produit n’arrivera dans l’UE en provenance des pays du Mercosur sans respecter les normes de sécurité alimentaire existantes de l’UE », a-t-il insisté, clamant que l’accord commercial UE-Mercosur était entaché de « désinformation et de fausses données ».

Il s’agissait de la première réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE depuis que la Commission est parvenue à un accord politique avec les pays du Mercosur le mois dernier, après 20 ans de négociations.

Depuis lors, les responsables politiques nationaux, les syndicats d’agriculteurs et les environnementalistes se sont prononcés contre l’accord commercial, qui doit encore être ratifié dans chacun des 28 États membres de l’UE pour pouvoir entrer en vigueur.

Le Copa-Cogeca, l’association des agriculteurs et des coopératives de l’UE, compte parmi les critiques les plus virulents de l’accord. Selon le projet d’accord, les pays du Mercosur se sont vus offrir l’accès au marché d’un grand nombre de secteurs sans que l’Europe obtienne une réciprocité substantielle en retour, explique Pekka Pesonen, secrétaire général du syndicat des agriculteurs européens.

1 milliard d’euros d’aide

Les politiciens de toute l’Europe ont fait écho aux préoccupations des agriculteurs. En France, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a prévenu avant la réunion d’hier qu’il n’y aurait pas « un accord à tout prix ». Et en Irlande, les députés ont rejeté l’accord quelques jours auparavant.

Lors de la réunion ministérielle d’hier, les États membres de l’UE ont réitéré ces préoccupations.

Les pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne, la Hongrie ou la Roumanie, ont exprimé des inquiétudes quant à l’impact potentiel de l’accord sur leur secteur avicole national. D’autres pays, quant à eux, ont fait référence à des marchés intérieurs spécifiques pour des produits tels que le miel, les pâtes alimentaires ou le vin mousseux, selon une source européenne.

Pour répondre à ces préoccupations, la Commission européenne a mis au point un programme d’aide d’un milliard d’euros en faveur des agriculteurs et des entreprises agroalimentaires afin d’atténuer les éventuelles perturbations du marché causées par l’accord UE-Mercosur, comme indiqué dans les conclusions de l’accord.

« Ce n’est pas magique, c’est très réel », a déclaré le commissaire Phil Hogan, expliquant que le fonds sera similaire à celui mis en place en 2014 pour atténuer l’impact de l’embargo russe sur les produits européens.

La Commission européenne a également convenu de mettre à jour une étude économique sur les effets cumulatifs de l’accord commercial sur le secteur agricole européen, selon une source européenne.

L’accord du Mercosur pourrait accélérer la déforestation

Mais les inquiétudes au sujet de l’accord ne s’arrêtent pas à l’agriculture. Certains pays européens se sont également déclarés préoccupés par l’impact environnemental de l’accord commercial, insistant sur le fait que les objectifs climatiques inscrits dans l’accord de Paris doivent également être respectés.

« Une augmentation de la demande européenne de viande bovine, de soja ou d’autres produits de base liés à la déforestation risque d’entraîner une augmentation de la déforestation », prévient Morgan Gillespy, directrice mondiale des forêts au CDP, un groupe sans but lucratif.

Plutôt qu’une menace pour l’environnement, la Commission européenne a présenté l’accord commercial du Mercorsur comme un moyen de responsabiliser les pays d’Amérique du Sud vis-à-vis des objectifs climatiques, notamment le Brésil et son président controversé Jair Bolsonaro.

« Nous avons insisté sur le respect de l’accord de Paris sur le climat. Sinon, l’accord tombe à l’eau », a déclaré Phil Hogan, ajoutant que les pays du Mercosur étaient plus que jamais liés à l’accord de Paris.

Dans le cadre de l’accord de Paris, le Brésil s’est engagé à planter 12 millions d’hectares d’arbres et à mettre fin à la gestion non durable des forêts et à l’exploitation forestière illégale. Néanmoins, la destruction de la forêt amazonienne s’est accélérée ces derniers mois, selon de récents rapports.

La déforestation des forêts d’Amérique du Sud reste un problème « à moins que l’UE n’établisse des politiques claires pour garantir un approvisionnement sans déforestation et que les entreprises agissent plus rapidement pour éliminer la déforestation de leurs chaînes d’approvisionnement », a déclaré Morgan Gillespy du CDP.

L'accord UE-Mercosur divise des deux côtés de l’Atlantique

L’Union européenne et le Mercosur ont signé il y a 10 jours un accord de libre-échange qui couvrira un marché de 780 millions de consommateurs. Les opinions des deux côtés de l’Atlantique restent très contrastées. Un article d’Euroefe.

Des préoccupations subsistent

Le ministre italien de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio, a déclaré aux journalistes que son pays restait opposé à l’accord commercial UE-Mercosur, le qualifiant de « pistolet sur la tempe » du secteur agricole italien.

En France, malgré le soutien d’Emmanuel Macron au libre-échange, les inquiétudes demeurent vives, selon une source française. De plus amples informations sont nécessaires pour évaluer l’impact de l’accord sur le secteur agricole et les normes de sécurité alimentaire, a déclaré la source. La France envisage de mettre en place un comité national chargé d’évaluer l’impact de l’accord sur le pays.

La France et l’Italie comptent parmi les principaux fournisseurs de produits alimentaires et agricoles de l’UE dans la région du Mercosur.

Processus de ratification

Plusieurs mois pourraient toutefois s’écouler avant de disposer de plus d’informations. Les avocats de la Commission européenne et du Mercosur sont toujours occupés à vérifier le texte de l’accord politique conclu le 28 juin.

Une fois validé, le texte sera traduit dans toutes les langues de l’UE, un processus qui pourrait prendre entre deux et trois ans, selon une source européenne.

La principale cause potentielle de retard sera toutefois le processus de ratification qui devra se faire au Parlement européen et probablement aussi dans les parlements nationaux, afin que l’accord puisse être adopté.

Et cela risque de prendre du temps. À ce jour, seuls 13 États membres de l’UE ont ratifié l’accord de libre-échange UE-Canada (CETA). Pourtant, le processus de ratification a commencé début de 2017.

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