L’UE cherche des alliés pour contrecarrer les taxes américaines sur l’acier

Donald Trump, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk. [European Commission]

L’UE est en contact avec d’autres pays pour apporter une réponse coordonnée à la décision de Donald Trump d’imposer des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium.

L’Europe soutient un front uni pour contester la décision du président américain, Donald Trump, d’imposer une taxe de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur les importations d’aluminium.

Les responsables européens ont toutefois affirmé le 5 février que l’Union était prête à avancer seule. En effet, le collège des commissaires devrait approuver le 7 mars un paquet de mesures incluant un règlement des différends avec les États-Unis.

Les représentants européens ont expliqué que la Commission était en contact avec d’autres pays affectés par la décision américaine, comme le Canada, le Brésil, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et la Turquie.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a qualifié l’annonce de Donald Trump de « stupide ». « Nous aussi nous pouvons faire dans la stupidité », a-t-il déclaré vendredi dernier.

La réponse de l’UE comprendrait des contre-mesures conformes aux règles de l’OMC (organisation mondiale du commerce) pour sanctionner les exportations américaines vers l’Europe de manière « équivalente » et « proportionnée ». Elle contiendrait également des garanties pour protéger le marché européen et éviter qu’il ne soit inondé des excédents de production d’acier.

« Si les mesures annoncées par l’administration américaine se matérialisent d’une manière qui affecte les intérêts européens, nous devons réagir de manière résolue, proportionnée et parfaitement compatible avec les règles de l’OMC », a déclaré le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas. Il ne s’agit pas « d’escalade » mais l’Europe doit défendre ses intérêts, a-t-il ajouté.

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a déclaré que les taxes américaines étaient « absolument inacceptables ». « Nous continuerons de défendre l’industrie canadienne. » Le Canada est le premier fournisseur d’acier et d’aluminium des États-Unis.

Lors d’une conférence de presse après une réunion avec le Premier ministre québécois, Philippe Couillard, le président français, Emmanuel Macron, a déclaré le 5 mars qu’il était « important dans ce contexte que l’UE réagisse rapidement et de manière proportionnée dans le respect des règles de l’OMC ».

Berlin a estimé pour sa part que les États-Unis faisaient « fausse route » en misant sur « le repli sur soi et le protectionnisme », après les menaces du président Donald Trump visant les exportations européennes de voitures, rapporte l’AFP.

Le conflit mondial sur l'acier prend de l'ampleur avant le G20

Invoquant la sécurité nationale, Donald Trump pourrait bloquer les importations dans le secteur de l’acier. Une mesure contre laquelle les Européens, déjà en bisbille avec la Chine, tentent de se mobiliser lors du G20 de Hambourg.

L’UE prépare une liste d’exportations américaines susceptibles d’être soumises à une taxe de 25 %, ce qui représenterait un montant de 2,8 milliards d’euros, l’équivalent de la part du marché européen de l’acier et l’aluminium touché par les restrictions américaines.

Jean-Claude Juncker a déclaré que la liste inclurait des marques américaines très populaires comme les jeans Levi’s, les motos Harley-Davidson et le whiskey Bourbon, véritable moteur économique du Kentucky, l’État du chef de la majorité au Sénat américain, Mitch McConnell.

La liste pourrait aussi affecter les fromages importés du Wisconsin, l’État du président de la Chambre des représentants, Paul Ryan.

En résumé, un tiers des taxes européennes sanctionnerait les exportations américaines d’acier, un tiers les exportations agricoles et un tiers s’appliquerait à d’autres produits. Les produits laitiers et les jus d’orange, produit d’exportation clé pour la Floride, État pivot lors des élections américaines, sont aussi mentionnés en tant que potentielles cibles.

Les représentants des États membres européens discuteront du paquet de l’exécutif cette semaine lors d’une rencontre informelle sur la politique commerciale.

La Commission prépare le terrain pour activer les mesures dès que Donald Trump approuvera les tarifs douaniers. Des responsables assurent toutefois que l’exécutif travaille depuis longtemps sur ce paquet de mesures. En effet, le président américain avait déjà menacé d’imposer des droits de douane sur l’acier au printemps dernier.

Le G20 parvient à éviter une guerre commerciale… pour l’instant

Les 20 pays les plus puissants au monde ont décidé de garder les marchés ouverts, et Angela Merkel a tenté de convaincre les dirigeants de prendre des mesures face à la surcapacité de l’industrie sidérurgique, afin d’éviter une guerre commerciale.

Ils assurent que le paquet pourra plus tard être ajusté en fonction de la décision finale des États-Unis. Selon les mesures qui seront approuvées par l’UE, celles-ci devront recevoir le feu vert des États membres ou du Parlement européen.

Le Parti populaire européen (PPE) a réclamé un débat durant la séance plénière du mois de mars. « Le président Trump doit savoir que l’Europe peut réagir avec puissance à des restrictions commerciales », a déclaré le chef de file du parti, Manfred Weber.

Alors que les tambours d’une guerre commerciale battent de plus en plus fort, la Commission essaye de tempérer ses propos pour que la situation ne devienne pas hors de contrôle face à un président américain des plus imprévisibles.

Le week-end dernier, Donald Trump a tweeté que si l’Europe imposait des droits de douane sur les entreprises américaines, « nous imposerons tout simplement des taxes sur leurs voitures ».

La Commission nie le fait que les deux partenaires entrent dans une guerre commerciale. « L’UE est un projet de paix », a répondu Margaritis Schinas.

Ian Bremmer, président du groupe Eurasia, affirme aussi qu’il ne s’agit « pas d’une guerre commerciale », mais que la décision américaine était à prévoir puisque le protectionnisme est le cheval de bataille de Donald Trump. À partir de là, le président suit son instinct et ne se repose pas sur les conseils de ses généraux, comme c’est le cas pour la sécurité nationale.

Subscribe to our newsletters

Subscribe