L’UE veut plus de réciprocité avec la Chine

epa07464336 Les dirigeants européens aux côtés du Président chinois Xi Jinping [Photo: EPA-EFE/Thibault Camus / POOL MAXPPP OUT]

Inquiète de l’influence grandissante de la Chine, l’UE appelle à plus de réciprocité dans les relations commerciales. Preuve que la relation murit, l’UE ne considère plus la Chine comme un pays en voie de développement.

Le président chinois Xi Jinping a rencontré les chefs d’État français et allemand ainsi que le président de la Commission européenne le 26 mars. Lors de la conférence de presse suivant la rencontre, Emmanuel Macron a tenu à rappeler toute l’importance de l’unité européenne dans ses relations internationales : « nous attendons naturellement de nos grands partenaires qu’ils respectent eux aussi l’unité de l’Union européenne comme les valeurs qu’elle porte ».

Face à Xi Jinping, Macron, Merkel et Juncker cherchent une unité européenne

Trois des plus importants dirigeants européens, Emmanuel Macron, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker, ont rencontré le président chinois, Xi Jinping, pour tenter de lui présenter un visage européen uni sur les grands dossiers mondiaux.

Lors de cette même conférence, la chancelière allemande a souligné l’importance de la participation européenne au projet colossal de construction d’infrastructures des « nouvelles routes de la soie ». « Nous, les Européens, voulons jouer un rôle important dans ce projet et y participer. Cela devrait conduire à une certaine réciprocité», a-t-elle déclaré.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui appelé à ce que « les entreprises européennes trouvent le même degré d’ouverture que les entreprises chinoises en Europe », ajoutant que les investissements ne devaient pas être seulement chinois. Les dirigeants européens ont exprimé l’importance de redéfinir et renégocier leurs relations commerciales avec le géant asiatique en fonction des réalités géopolitiques actuelles. Ceux-ci rencontreront à nouveau Xi Jinping le 8 avril à l’occasion du sommet UE-Chine qui se tiendra à Bruxelles.

Route de la soie ou cheval de Troie ?

La veille de la rencontre, le président chinois avait signé de nombreux accords avec la France, et notamment un contrat faramineux pour l’achat d’avions Airbus.

Le 23 mars, l’Italie signait avec la Chine un protocole « non contraignant » pour sa participation au projet chinois d’infrastructure de transport visant à relier les deux continents. Le président chinois et le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, ont signé 29 mémorandums d’entente d’une valeur de 5 à 7 milliards d’euros, à en croire les médias italiens.

La Chine négocie en sous-main avec l'Italie

Selon un memo secret, la Chine prévoit de coopérer avec l’Italie dans le développement de nouvelles infrastructures, dans le cadre de la nouvelle route de la soie.

Le quotidien italien Il sole 24 Ore a rapporté que les investissements chinois en Italie pourraient atteindre les 20 milliards d’euros, mais se limiteraient pour l’heure aux ports stratégiques de Trieste et de Gênes. L’Italie est le premier pays du G7 à avoir pris activement part au projet chinois, mais l’ampleur des ambitions chinoises inquiète les États-Unis et l’Europe.

Après la rencontre, la banque d’investissement Natixis a écrit dans une note que « dans le cas de l’Italie, l’investissement chinois pour les projets d’infrastructure peut être un excellent moyen d’inciter le gouvernement italien à soutenir son économie chancelante. »

« En échange de ses investissements massifs en Italie, la Chine tient à faire accepter son ‘soft power’ par la nouvelle route de la soie. Après la guerre commerciale avec les États-Unis, celle-ci est plus que jamais intéressée à l’idée d’accroître son influence au détriment des États-Unis comme elle le fait en Italie », lit-on dans cette note.

Selon cette même source, la Chine adapterait sa stratégie aux besoins de chaque État membre de manière convaincante : « la stratégie chinoise pour se rapprocher de la France est très différente et consiste plutôt à augmenter les importations de biens français en Chine et à permettre aux institutions financières françaises d’accéder plus facilement au marché chinois. »

« Pour un pays aussi important que la France sur le plan militaire et de l’OTAN, l’objectif de la Chine repose davantage sur des motifs économiques. Le principal intérêt de la Chine en France est plutôt de garder un marché ouvert pour l’acquisition d’entreprises de grande valeur […]. En d’autres termes, la Chine ne tient pas à y répandre sa puissance douce dans des pays tels que la France mais plutôt à gravir les échelons de la technologie.

L’UE resserre les rangs face à la Chine

L’UE prépare une liste d’exigences à l’attention des dirigeants chinois, afin de répondre à la « frustration » croissante des Européens.

Une stratégie chinoise

La Chancelière allemande a également rappelé l’importance du triangle Chine-UE-USA, ajoutant que si les relations entre les trois partenaires économiques se détérioraient, « cela aura un impact considérable sur l’économie allemande ». Angela Merkel s’est également aventurée sur le sujet qui fâche en évoquant la guerre commerciale actuelle entre la Chine et les États-Unis. « Le multilatéralisme est impossible sans les États-Unis », a-t-elle déclaré. « Voilà pourquoi nous, Européens, nous sentons aussi concernés par ce qui se passe actuellement entre la Chine et les États-Unis. Si les négociations n’avancent pas, cela aura un impact considérable sur l’Allemagne ».

Contrairement à l’économie française, principalement basée sur la demande intérieure, l’économie allemande dépend en grande partie de l’exportation. Selon des statistiques de Sestatis, les exportations allemandes ont connu une hausse de 3% en 2018 atteignant ainsi les 1317,9 milliards d’euros.  La même année, le pays avait importé 1090 milliards d’euros de biens (+ 5,7% par rapport à l’année précédente), conduisant à un surplus d’exportation de 228 milliards d’euros. En 2018, la Chine était pour la 4e année successive le pays le plus important pour les exportations allemandes et avait importé 106,4 milliards d’euros de biens allemands (4,4 % de plus que l’année précédente).

Berlin s’inquiète de plus en plus de la hausse des investissements chinois sur son territoire. Une situation bien illustrée par le rachat hostile du fabricant de robots industriels Kuka par Midea, le plus grand producteur d’électroménagers chinois, en 2016.

En ce qui concerne l’accord commercial entre l’Italie et la Chine, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a averti Rome que « les affaires lucratives à court terme avec la Chine lui laisseront un goût amer », et « plus vite qu’elle ne le pense ».

« Si certains pays croient que faire des affaires intelligentes avec la Chine, ils se réveilleront un jour dépendant d’elle », a-t-il ajouté, soulignant que la Chine est de plus en plus à même de défendre ses intérêts au niveau mondial.

À Bruxelles, le commissaire européen au budget, Günther Oettinger, a déclaré au groupe de presse Funke qu’il constatait « avec inquiétude qu’en Italie et dans d’autres pays européens, les infrastructures d’importance stratégique comme les réseaux électriques, les lignes ferroviaires rapides ou les ports ne sont plus aux mains des Européens, mais des Chinois ». « L’Europe a besoin d’une stratégie à la hauteur, d’urgence », a-t-il estimé.

Un premier camion de marchandises relie l'Europe à la Chine

La première livraison par la route de marchandises européennes est bien arrivée la semaine dernière en Chine. Une bonne nouvelle pour l’Europe, qui espère faire de la nouvelle route de la soie du géant asiatique une voie à double sens.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.