L’UE peine à garder Londres à bord face à la menace de guerre commerciale

Theresa May et Donald Trump. [Thierry Charlier/ EPA]

Les Européens veulent croire que Londres restera solidaire face aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium. Mais le Royaume-Uni veut négocier directement avec Washington.

Les Européens sont perplexes quant à la raison pour laquelle ils ne font pas partie des exemptions aux taxes offertes par le président américain, Donald Trump, à quelques alliés.

Le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, a indiqué aux journalistes que la Commission ne savait pas sur quels critères le président avait sélectionné ces « alliés », étant donné que les pays européens et les États-Unis constituent le socle de l’OTAN.

Le Finlandais a assuré que si une « menace » planait contre l’acier européen, les 28 agiraient de concert.

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Donald Trump compte toujours taxer les importations d’acier et d’aluminium, affirmant que l’UE n’avait « pas bien traité les États-Unis » et malgré les réticences au sein même de son parti et les appels à la prudence du FMI.

« Nous ne voulons pas voir de divisions entre les États membres », a indiqué le commissaire, qui supervise les politiques d’investissement et d’emploi.

Ses commentaires suivent l’annonce d’une visite du ministre britannique au Commerce, Liam Fox, à Washington la semaine prochaine, où il tentera de convaincre l’administration américaine d’exclure le Royaume-Uni des mesures punitives.

« Nous chercherons à voir comment nous pourrions maximiser les arguments du Royaume-Uni en faveur d’une exemption dans ces circonstances particulières », a-t-il affirmé.

Une réponse « illégale »

Des fonctionnaires européens ont prévenu que ces manœuvres britanniques étaient « illégales ». La Commission n’a cependant pas voulu confirmer si Londres serait traduite devant la Cour de justice de l’UE en cas de tentative d’accord bilatéral avec Washington.

La nouvelle fracture potentielle entre l’île et le continent survient alors que les tensions grimpent entre l’UE et le Royaume-Uni, dans le contexte des négociations du Brexit.

La frontière irlandaise est devenue un point de discorde toxique entre les deux parties, alors que la période de transition reste floue. Bruxelles et Londres sont également en désaccord sur leurs futures relations commerciales.

En proposant des exemptions bilatérales, le président américain maintient sa position contre les relations commerciales avec les blocs d’États, au profit d’accords particuliers. Il a d’ailleurs déjà offert un accord commercial bilatéral à la chancelière allemande, Angela Merkel, en mars dernier.

Selon des représentants européens, Donald Trump aurait demandé « dix fois » à Angela Merkel de signer un accord bilatéral avec Berlin. La chancelière a dû lui expliquer plusieurs fois les bases de la politique commerciale de l’UE.

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La chancelière allemande et le président des États-Unis n’ont pas trouvé un terrain d’entente sur la gestion de la crise des réfugiés, mais  se sont engagés à chercher un compromis en matière de relations commerciales.

Un pour tous, tous pour un

Le clivage que le président américain pourrait créer entre le Royaume-Uni et les autres États membres compliquerait encore plus les négociations de Brexit à un moment très sensible et compromettre la stabilité politique de l’Union dans son ensemble.

Donald Trump utilise-t-il l’accès au marché américain attractif pour diviser les Européens, comme le fait le président russe Vladimir Poutine avec le gaz ? « Il adorerait faire cela », estime André Sapir, de Bruegel, à Euractiv.

Étant donné que le bénéfice pour le Royaume-Uni est très modeste (moins d’un milliard d’euros) et le prix politique élevé que Londres paierait dans les négociations Brexit en acceptant la proposition américaine, André Sapir ne pense pas que Londres écoutera l’appel de la sirène Trump.

Theresa May pourrait cependant tirer profit de la « relation spéciale » entre Londres et Washington pour tenter d’obtenir une exemption pour l’UE dans son ensemble. Une victoire diplomatique qui pourrait rapporter des points au gouvernement britannique dans le contexte des négociations du Brexit.

Négociations commerciales

Indépendamment de l’offensive qu’il a lancée pour limiter les importations d’acier et d’aluminium, Donald Trump n’a de cesse de dénoncer les obstacles que l’Union européenne met selon lui à l’importation de produits américains.

Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, était à Bruxelles samedi pour y rencontrer des représentants de l’UE, mais, selon les Européens, les entretiens se sont avérés infructueux.
« Nous n’avons pas obtenu de clarté immédiate sur la procédure pour être exemptés », a souligné la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström, à l’issue de la rencontre.
Peu après, le président américain exigeait « l’abandon » par l’UE des barrières douanières et règlementaires sur les produits américains pour l’exempter des taxes sur l’acier et l’aluminium.
« S’ils abandonnent leurs horribles obstacles et leurs droits de douane sur
les produits américains, nous abandonnerons les nôtres. Sinon, nous taxons les
voitures, etc. Honnête! », a-t-il écrit sur Twitter.

Urgence

Les dirigeants européens discuteront des taxes douanières américaines lors du prochain sommet européen des 22 et 23 mars. Celui-ci coïncidera avec l’entrée en vigueur des restrictions (15 jours après leur signature par Donald Trump).

Après leur entrée en vigueur, l’Europe disposera de 90 jours pour notifier à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) si elle souhaite activer les « mesures de rééquilibrage » et prévoir une liste des produits qui seront punis de droits de 25 %, même si sa mise en œuvre intervient à un stade ultérieur.

Selon un fonctionnaire européen, le bloc pourrait activer ses contre-mesures, qui comprennent des produits américains populaires comme les jeans ou le bourbon, avant que l’OMC se soit prononcée sur la validité des mesures américaines.

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Bruxelles menace de s’en prendre au beurre de cacahuète, au jus d’orange ou au bourbon, le whiskey américain, si Donald Trump persiste à s’engager dans une guerre commerciale.

 

La Commission considère que le geste de l’administration Trump est « purement protectionniste » et n’a rien à voir avec la « sécurité nationale », comme il le soutient. Par conséquent, les Européens ont le droit de « rééquilibrer ». « C’est pleinement compatible avec les règles de l’OMC », assure le fonctionnaire.

La Commission s’inquiète de plus en plus des accusations portées par le président américain contre le libre-échange et le système mondial. « Nous devons être prudents face à ce qui se passe dans le monde du commerce », a jugé Jyrki Katainen.

Pour lui, les pays doivent choisir s’ils veulent un système commercial et un ordre mondial fondés sur des règles du droit ou « la règle du fort ».

L’UE « ne peut pas accepter d’être harcelée », tranche un représentant européen.

 

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