L’Europe refuse net tout quotas pour ses exportations de métaux vers les États-Unis

Jean-Claude Juncker, Angela Merkel [European Commission]

Pour les dirigeants de l’UE, une exemption « permanente » et « illimité » aux droits de douane imposés par Trump est une condition sine qua non à toute négociation commerciale.

Les 28 chefs d’État et de gouvernement ont discuté à bâtons rompus jusqu’à tard à Sofia pour trouver une réponse commune aux taxes à l’importation d’acier et d’aluminium imposées par Donald Trump.

Les dirigeants européens ont soutenu le lancement de négociations préliminaires entre la Commission et l’administration américaine, en vue d’un accord commercial. Mais ces négociations ne commenceront pas tant qu’une exclusion inconditionnelle des nouveaux droits de douanes ne sera pas garantie pour l’acier et l’aluminium européens.

« L’UE est prête à parler de libéralisation commerciale avec nos amis américains, mais seulement si les États-Unis nous assurent une exemption illimitée aux taxes sur l’acier et l’aluminium », a déclaré le président du Conseil, Donald Tusk, à la fin du sommet de Sofia.

« Je dois être très clair et je répète encore une fois : nous voulons une exemption illimitée des droits de douane proposés », a insisté Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, durant la même conférence de presse.

La Commission exclut toute concession commerciale face à Trump

La commissaire Cecilia Malmström a réclamé une exemption « permanente et inconditionnelle » des nouveaux droits de douanes que souhaite imposer Donald Trump.

Une des options envisagées durant les discussions entre les équipes européennes et américaines était d’établir des quotas symbolique sur les métaux, qui seraient plus élevés que les exportations de l’UE outre-Atlantique

Les quotas seraient ainsi plus élevés que les exportations européennes d’acier et d’aluminium de 2017 vers les États-Unis. Toutefois, plusieurs représentants et diplomates se sont montrés sceptiques quant à la légalité de cette option.

Pour un diplomate européen, « illimité » signifie  clairement « pas de quota du tout », « c’est notre interprétation ». La mise en place d’un quota reste illégale en vertu des règles internationales, et l’UE « n’acceptera pas quelque chose d’illégal ».

Si aucune solution n’est trouvée d’ici au 1er juin, Donald Trump a déclaré qu’il imposerait une taxe de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur l’aluminium en provenance des pays européens. L’Europe est prête à réagir par des contre-mesures, en imposant par exemple des droits de douane sur les produits de marques américaines emblématiques comme Levi’s et Harley Davidson.

Beurre de cacahuète et jus d'orange américains dans le viseur de l'UE

Bruxelles menace de s’en prendre au beurre de cacahuète, au jus d’orange ou au bourbon, le whiskey américain, si Donald Trump persiste à s’engager dans une guerre commerciale.

 

L’objectif ultime de Donald Trump est de réduire le déficit commercial avec l’Europe qui s’élevait à 120 milliards d’euros en 2017. Ces dernières semaines, il a menacé les constructeurs automobiles allemands de nouvelles taxes si les deux parties ne parvenaient pas à trouver de solution.

La Commission avait préparé une stratégie en quatre points pour convaincre les États-Unis et éviter une guerre commerciale. Jean-Claude Juncker a obtenu le soutien des dirigeants lors du sommet de Sofia. « L’UE ne négociera pas avec un pistolet sur la tempe », a déclaré un responsable pour résumer l’ambiance des discussions.

La proposition en question comprend une coopération renforcée dans le secteur de l’énergie et particulièrement sur le gaz naturel liquéfié ; une coopération règlementaire volontaire, comme les deux parties l’avaient proposé lors des négociations échouées sur un accord de libre-échange ; une solution pour surmonter l’actuel blocage sur les nominations de l’organe d’appel de l’OMC ; une amélioration réciproque de l’accès au marché, surtout pour les produits industriels comme les voitures, et une libéralisation des marchés publics, a expliqué une source européenne proche du dossier.

Tout le monde d’accord ?

Une réduction des droits de douane pour les voitures américaines en Europe, dans le cadre de la révision de l’accès au marché, ne serait possible que si l’UE n’abaissait les droits de douane pour tous les membres de l’OMC ou dans le cadre d’un nouvel accord de libre-échange avec Washington, conformément aux règles de l’OMC.

L’Allemagne est le pays le plus favorable à la relance des négociations commerciales avec les États-Unis, compte tenu du volume de ses exportations et des menaces qui pèsent sur son industrie automobile.

Berlin a signalé l’option d’un accord de libre-échange allégé avec les États-Unis, ne comprenant que les tarifs douaniers, afin d’apaiser les inquiétudes de Donald Trump.

Selon des sources diplomatiques, l’idée d’un renforcement de la coopération énergétique pour faciliter les exportations américaines de GNL vers l’Europe vient aussi de Berlin.

D’autres grands États membres, dont la France et les Pays-Bas, se sont quant à eux opposés à cette approche trop conciliante à l’égard de l’imprévisible président américain.

Un diplomate européen a déclaré que l’Allemagne voulait trouver une solution rapide au conflit, alors que le groupe des sceptiques est plus préoccupé par la relation à long terme avec l’administration Trump.

« Nous ne sommes pas si sûrs de savoir si cette administration veut se trouver dans une situation gagnant-gagnant », a ajouté le responsable sous couvert de l’anonymat.

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