Le G20 se réunit à Buenos Aires sur fond d’état de siège

[G20 Presidency]

La tension monte à Buenos Aires, où se réunit le G20 vendredi et samedi. Le différend entre  États-Unis et  Chine risque d’achever les négociations commerciales multilatérales que l’UE tente désespérément de préserver.

Le dixième anniversaire du G20, qui se tient à Buenos Aires s’annonce « plutôt sombre », ont reconnu les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk.

Les dirigeants se réunissent les 30 novembre et 1er décembre dans une ville prise d’assaut par les manifestants.

Une vague de protestations et d’émeutes a éclaté dans la capitale argentine après un match de foot entre River Plate et Boca Junior, deux équipes argentines qui jouaient dans le cadre de la Copa Libertadores, la principale compétition de foot d’Amérique du Sud. Les manifestants protestent contre les mesures sécuritaires, alors que la ville est en état de siège, avec près de 40.000 personnes mobilisées pour assurer la sécurité des chefs d’Etats.

La protestation cible aussi  les mesures d’austérité prises par le nouveau gouvernement qui a contracté des prêts auprès du FMI. La tenue de ce G20 met de l’huile sur le feu.

Depuis le dernier rassemblement de l’instance, à Hambourg l’année dernière, le président américain Donald Trump a déclenché une guerre commerciale qui a mis « à rude épreuve » l’ordre mondial, ont assuré Jean-Claude Juncker et Donald Tusk dans une lettre envoyée aux dirigeants européens le 27 novembre.

« Le système commercial multilatéral fondé sur des règles est confronté à une crise profonde », peut-on lire dans la lettre.

Le G20 parvient à éviter une guerre commerciale… pour l’instant

Les 20 pays les plus puissants au monde ont décidé de garder les marchés ouverts, et Angela Merkel a tenté de convaincre les dirigeants de prendre des mesures face à la surcapacité de l’industrie sidérurgique, afin d’éviter une guerre commerciale.

Une fois de plus, les Européens tenteront dans un ultime effort de convaincre leurs homologues, en particulier les États-Unis, qu’il n’y a pas de meilleure alternative qu’une coopération multilatérale coordonnée pour faire face aux tensions commerciales, mais aussi au changement climatique, aux migrations irrégulières, à la pauvreté et au terrorisme.

Mais les dirigeants de l’UE veulent aussi réfléchir à l’avenir du G20 en tant que « premier forum pour la coopération internationale ».

Les Européens veulent maintenir l’organe en tant que « forum efficace, pertinent et crédible », forgé au lendemain de la crise financière pour coordonner la réponse mondiale.

Selon le Centre d’information du G20 de l’Université de Toronto, l’UE et le Canada respectent le mieux les engagements pris lors du sommet de Hambourg.

Crédibilité en jeu

La guerre commerciale a toutefois mis en jeu la crédibilité du système multilatéral.

« Les engagements pris de longue date par le G20 pour maintenir l’ouverture des marchés, lutter contre le protectionnisme et soutenir le système commercial multilatéral risquent de devenir des paroles en l’air », regrettent Jean-Claude Juncker et Donald Tusk.

L’UE veut jouer les arbitres de la guerre froide commerciale

Pour temporiser la guerre commerciale en passe de dégénérer entre les États-Unis et la Chine, la France et l’Europe misent sur la réforme de l’OMC.

 

Dans ce contexte, la réforme de l’Organisation mondiale du commerce est considérée comme une étape essentielle pour conférer au cadre multilatéral la crédibilité dont il a grand besoin.

L’UE fera pression à Buenos Aires pour que l’OMC améliore ses fonctions de négociation, de suivi et de règlement des différends.

Compte tenu de « l’échec collectif » de la mise à jour de l’organe jusqu’à présent, l’UE considère que le G20 pourrait « contribuer à donner une impulsion politique » aux négociations de Genève sur la réforme de l’OMC.

Trump et Xi

Les perspectives du G20 et du système commercial multilatéral dépendront surtout de la rencontre attendue entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, considérée comme une dernière chance d’obtenir une trêve dans la guerre commerciale.

Face au protectionnisme, Pékin soutient les importations

Le président chinois promet de continuer à ouvrir son économie et d’augmenter les importations en renforçant le pouvoir d’achat.

Si aucun accord n’est conclu, Washington s’apprête à faire passer les droits de douane sur les importations chinoises d’une valeur de 200 milliards de dollars de 10 % à 25 % en janvier prochain.

En outre, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane sur le reste de l’excédent commercial de 500 milliards de dollars de la Chine vers les États-Unis.

Les analystes et les investisseurs ont peu d’espoir, car les divergences entre Washington et Pékin se sont creusées ces dernières semaines.

Pour les experts, la stratégie des États-Unis n’est pas d’équilibrer les relations commerciales, mais de miner la Chine.

Chine-USA : un conflit économique et non pas commercial

La guerre commerciale en cours est un instrument de guerre froide économique lancé par les États-Unis pour réprimer la Chine et pourrait mener à la fragmentation des systèmes économiques et financiers mondiaux, prévient Alicia García-Herrero, du think tank Bruegel.

« Si aucun accord n’est conclu, les investisseurs devraient se rendre compte que les droits de douane ne sont plus une monnaie d’échange pour amener la Chine à la table des négociations », écrit Kevin Lai, analyste de Daiwa Capital Markets, dans une note de recherche.

« Au contraire, les tarifs douaniers font de plus en plus partie d’une stratégie à plus long terme visant à débrancher la Chine de la mondialisation, à contenir son pouvoir économique (et donc sa puissance douce et dure) et à donner aux États-Unis un avantage stratégique plus grand », ajoute-t-il.

Le G20 fait suite à l’engagement de Xi Jinping d’ouvrir l’économie chinoise et d’importer davantage de produits de l’étranger. Cependant, le geste du dirigeant chinois a été accueilli avec scepticisme en Europe et aux États-Unis.

Trump et l’UE

Une escalade du différend entre la Chine et les États-Unis pourrait également affecter les négociations commerciales entre les États-Unis et l’Europe. L’impulsif Donald Trump a par le passé considéré l’Europe et la Chine comme des « ennemis ».

L’administration Trump a de nouveau menacé les Européens d’imposer des tarifs supplémentaires à son industrie automobile si aucun progrès n’est réalisé d’ici la fin du mois, en particulier dans le domaine des normes réglementaires.

Bruxelles et Washington s’arrachent les cheveux sur les tarifs douaniers

Américains et Européens se reprochent mutuellement le manque d’avancées dans les négociations commerciales en cours. Ce qui ravive la possibilité d’une taxe sur les voitures européennes.

En octobre dernier, le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a souligné à Bruxelles que Donald Trump attendait des « résultats tangibles » pour fin novembre.

Le président américain a « accepté de mettre au tiroir la menace de futurs droits de douane tant que les négociations progressent de manière satisfaisante », a ajouté à l’époque Gordon Sondland, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE.

Selon une source européenne, l’UE met en œuvre ce que les deux parties ont convenu en juillet dernier « avec des résultats » sur le soja et le gaz naturel liquéfié, tandis que les travaux se poursuivent sur la coopération réglementaire.

Jean-Claude Juncker ne devrait pas rencontrer Donald Trump en marge du G20 comme il l’a fait en juillet dernier lorsqu’il s’est rendu à la Maison-Blanche pour contenir la menace de nouvelles taxes sur les voitures.

Au lieu de cela, le président de la Commission et Donald Tusk rencontreront les dirigeants de l’Australie, de l’Inde, du Japon et de l’Argentine.

Migration

Les autres priorités de l’UE sont de renforcer l’engagement mondial en matière d’action climatique, de mettre en œuvre l’Agenda 2030 et ses Objectifs de développement durable, de promouvoir les propositions de l’UE pour une « taxation équitable et efficace » des entreprises numériques, de promouvoir une finance durable au niveau mondial, de tenir les engagements pris dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et de promouvoir la responsabilité mondiale en matière de migration et de déplacement.

À cet égard, l’Europe appellera une fois de plus à des efforts internationaux « pour améliorer la gouvernance des migrations et apporter une réponse globale au déplacement des réfugiés, notamment en encourageant les partenariats entre pays d’origine, de transit et de destination, organisations internationales et autres parties prenantes ».

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