La Chine négocie en sous-main avec l’Italie

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Selon un memo secret, la Chine prévoit de coopérer avec l’Italie dans le développement de nouvelles infrastructures, dans le cadre de la nouvelle route de la soie.

Selon un mémorandum confidentiel, la Chine aimerait coopérer avec des projets d’investissement européens « en encourageant les synergies entre la nouvelle route de la soie et les priorités identifiées dans le cadre du Plan d’investissement pour l’Europe et les réseaux transeuropéens. »

La nouvelle route de la soie est le plus grand projet d’investissements et d’infrastructures au monde. Il concerne plus de 80 pays d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Rédigé en septembre, le mémorandum explique que la Chine et l’Italie envisagent de collaborer sur « la communication et la coordination » ainsi que le « dialogue politique » et sur « des normes techniques et de règlementation ».

Des rumeurs avaient déjà circulé sur l’existence d’un mémorandum après que le sous-secrétaire italien au ministre du développement économique, Michele Geraci, avait révélé au Financial Times qu’un texte était encore en négociation.

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Le gouvernement italien à couteaux tirés

Le 8 septembre, le ministre italien du Développement Économique, chapeauté par le président du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, avait annoncé sur son site Internet qu’un accord avait été conclu pour le mémorandum, à la suite d’une mission d’État en Chine menée par Michele Geraci. Une annonce qui aurait, selon nos informations, surpris le ministère des affaires étrangères, non informé et pourtant en charge de la négociation des accords internationaux de coopération.

Depuis lors, les tensions se sont fait ressentir entre les deux ministères italiens, et plus particulièrement lors d’un récent désaccord au sujet des contrats de Huawei pour la construction de réseaux 5G en Italie. Les réticences à l’accord sino-italien semblent toutefois s’être apaisées et le mémorandum devrait être signé dans les prochaines semaines.

Le Président chinois Jinping Xi doit se rendre à Rome le 22 mars, date à laquelle les négociations auront très probablement été conclues. Certains des documents préparatoires ayant circulé en prévision de la visite du Président chinois parlent d’une cérémonie de signature du mémorandum avec le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, et le Vice-président du Conseil des ministres, Luigi Di Maio. Le texte concernerait des propositions élaborées par le gouvernement chinois, et aucun changement n’aurait encore été apporté par le gouvernement italien.

Une voie d’accès à l’Europe

Le mémorandum dévoilé prévoit également un cadre pour la coopération spécifique et les accords commerciaux, et plus particulièrement pour les investissements d’entreprises chinoises dans le port de Trieste. L’infrastructure maritime est l’une des plus grandes de la Méditerranée et a vu passer près de 62,7 millions de marchandises en 2018. Elle est également connectée par voie ferrée avec l’Europe centrale et du nord.

Michele Geraci et le sous-secrétaire à l’infrastructure Edoardo Rixi se sont rendus à Trieste le mois dernier pour promouvoir le port comme une voie d’accès en Europe dans le cadre de la nouvelle route de la soie.

D’autres signatures d’accords seront également prévues pendant la visite du Président chinois, notamment celle d’un accord prévoyant la collaboration entre les distributeurs d’électricité chinois State Grid Corporation et italien Terna. Le distributeur chinois détient 35% des parts de la CDP Reti, l’entreprise qui détient 29,8% des parts de Terna.

Des accords commerciaux plus polémiques pourraient également être conclus entre des entreprises chinoises et le groupe aéronautique et spatial italien Leonardo. De plus, proposition de mémorandum d’entente pour le commerce en ligne a également émanant du ministère chinois du Commerce est actuellement examinée par les négociateurs italiens.

De manière générale, le mémorandum révèle également que d’autres accords pourraient être conclus dans le secteur du transport, tant que « les deux parties partagent une vision similaire des progrès à réaliser pour un transport durable, accessible, sûr et inclusif ».

Soft power

L’Italie devrait devenir le premier pays du G7 à soutenir la nouvelle route de la soie chinoise. Le projet n’a toutefois pas seulement suscité des divisions au sein du gouvernement italien mais également dans d’autres États membres de l’UE, inquiets du « piège de la dette » qui empêche de nombreux États en difficultés économiques à rembourser leurs prêts d’investissements.

Mercredi, la Commission a répondu aux inquiétudes relatives au potentiel accord sino-italien, clarifiant que toute coopération entre les deux pays devrait « respecter les règles du marché ainsi que les critères et standards internationaux ».

Selon la porte-parole de la Commission, Maja Kocijancic, « sans une unité totale, ni l’Union européenne ni n’importe lequel de ses États membres ne pourront parvenir à leurs objectifs avec la Chine ». Celle-ci a ajouté que dans le cadre de tels accords, il était essentiel « de respecter les normes et politiques européennes » et que « l’UE parle d’une seule voix dans la prise de décisions politiques. »

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