Les agriculteurs européens vent debout contre l’accord avec le Mercosur

Les agriculteurs européens ont écrit à la Commission européenne pour « rejeter toute concession » sur les chapitres agricoles des négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. Qui, selon eux, exposent les agriculteurs à une concurrence déloyale.

La lettre, remise le 24 janvier par l’association européenne des agriculteurs et des coopératives agricoles, Copa-Cogeca, à Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée du commerce, souligne le rôle crucial de l’agriculture et des industries alimentaires dans l’économie européenne et la menace à laquelle le secteur serait confronté face à davantage de libre-échange.

Au sein des 28 pays de l’UE, 22 millions d’agriculteurs sont à l’origine d’une industrie alimentaire qui emploie 44 millions de personnes et contribue à un excédent d’exportation de 20 milliards d’euros du secteur agroalimentaire. La Copa-Cogeca soutient toutefois qu’accepter les conditions actuellement négociées serait une catastrophe pour les secteurs agricoles plus sensibles de l’UE, tels que le bœuf, la volaille, le sucre et le jus d’orange. En effet, cela leur coûterait au moins 7 milliards d’euros.

« Lors des négociations, l’UE a beaucoup trop donné sur le chapitre de l’agriculture aux pays du Mercosur, sans obtenir grand-chose en retour », a déclaré Pekka Pesonen, le secrétaire général de la Copa-Cogeca, lors d’une conférence de presse.

Le Mercosur est déjà le plus grand exportateur de viande bovine vers l’Europe. Environ 250 000 tonnes de bœuf arrivent chaque année sur nos côtes en provenance du bloc sud-américain, soit environ 75 % des importations totales. Dans le cadre de l’offre actuelle, l’UE s’ouvrirait à 70 000 tonnes supplémentaires d’importations exemptes de droits de douane.

Pour un secteur que Pekka Pesonen décrit comme étant déjà « dans une situation critique » et « en retard par rapport à d’autres secteurs en termes de revenus », une telle concession pourrait s’avérer désastreuse.

Les agriculteurs européens ont déjà du mal à joindre les deux bouts : les prix à la production sont bas et les coûts des intrants élevés. Les normes élevées en matière de traçabilité, de durabilité, de bien-être animal et de sécurité alimentaire font que les agriculteurs n’ont pas de marge de manœuvre pour faire des économies et devenir plus compétitifs.

Selon un représentant de l’Association des agriculteurs irlandais (IFA), les émissions de carbone par vache sont quatre fois plus élevées au Brésil que pour les troupeaux européens. Accroître la compétitivité d’un gros producteur dont les normes et les coûts de production sont beaucoup plus faibles ne serait tout simplement pas équitable, affirme-t-il.

Qui plus est, l’incertitude entourant le Brexit fait de cette période un moment critique pour les éleveurs européens, et les Irlandais sont particulièrement exposés. Dans le cas où le Royaume-Uni quitterait l’UE sans accord, l’Irlande pourrait en effet perdre son plus gros client du jour au lendemain, a déclaré le représentant de l’IFA, ce qui signifie que les 250 000 tonnes supplémentaires de bœuf par an risqueraient d’inonder le marché de l’UE et faire baisser encore plus les prix. Dans ce contexte, l’ouverture à des importations sud-américaines moins chères n’aurait pas de sens, a-t-il fait valoir.

Le Brexit, menace existentielle pour le bœuf irlandais

L’incertitude entourant l’avenir de la frontière irlandaise  complique déjà la vie des agriculteurs irlandais et constitue une « menace existentielle » pour le secteur, selon des sources bruxelloises.

Dans sa lettre, la Copa-Cogeca souligne qu’elle n’est pas contre les accords de libre-échange en général. Même si certains secteurs agricoles ont souffert du CETA, l’accord commercial signé avec le Canada, l’accord a été soutenu par les représentants des agriculteurs de l’UE parce qu’il était « stratégique et équilibré » et avait le potentiel de créer de nouveaux marchés pour les produits de qualité de l’UE.

Pour Pekka Pesonen, ce n’est toutefois pas la même chose pour l’accord avec le Mercosur. Dans ce cas, « aucun accord vaut mieux qu’un mauvais accord », estime-t-il.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.