Le Parlement européen inquiet de la protection des forêts

[Richard Whitcombe/ Shutterstock]

La destruction de zones forestières pour les besoins de l’industrie agricole se poursuit dans le monde. Pour les défenseurs de l’environnement et le Parlement européen, il est urgent d’agir.

La protection des forêts devrait devenir l’une des priorités du Parlement européen dans les prochains mois. Selon l’eurodéputé conservateur Peter Liese (PPE), la commission de l’environnement prévoit une audition sur ce sujet. La Commission européenne va aussi élaborer une proposition législative.

« Nos forêts contribuent grandement à la protection de l’environnement, dans d’autres parties du monde mais aussi en Europe. Et elles constituent également un facteur économique », déclare Peter Liese, qui table sur la tenue d’un débat sur la déforestation dès la session de septembre.

Cette initiative ne découle pas uniquement des problèmes liés au nombre croissant de forêts qui meurent en Europe, mais aussi des inquiétants feux de forêt au Brésil. La politique de la terre brûlée pratiquée sur de vastes territoires forestiers est la conséquence de l’essor de l’industrie agricole brésilienne.

La production de soja et de viande de bœuf demande beaucoup d’espace, et la demande va très probablement augmenter avec l’entrée en vigueur de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.

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Un tournant dans l’extension de la culture du soja

Au Brésil, environ 65 % des régions déboisées sont déjà utilisées comme pâturages pour les animaux d’élevage. Les chiffres de la Fédération brésilienne des exportateurs de bœuf mettent en évidence la croissance du secteur : entre 1997 et 2016, la quantité et la valeur du bœuf exporté a été multipliée par dix.

L’exportation de soja, utilisé au niveau mondial comme ingrédient de base de l’alimentation du bétail, a augmenté de 22 %, selon le ministère de l’Economie brésilien. Depuis le début du millénaire, la superficie dédiée à la culture du soja a augmenté de 160%.

Les protéines au menu de la prochaine Commission européenne

Les feux qui consument la forêt amazonienne sont souvent déclenchés par des agriculteurs qui répondent à la demande croissante de soja. La France veut convaincre ses partenaires européens de l’intérêt de la souveraineté en protéines végétales de l’UE.

Néanmoins certains progrès peuvent être observés. En 2006, les plus grands négociants en céréales se sont engagés à ne plus acheter du soja provenant de terres déboisées spécifiquement pour sa culture. Depuis, selon les estimations de Greenpeace, moins de 2 % de la production de soja en Amazonie provient de zones déboisées.

« Cela a été un instrument efficace pour ralentir la destruction des forêts », note Gesche Jürgens, experte de la question des forêts à Greenpeace.

« Nous voyons cependant que les dynamiques sont en train de changer. L’extension de la culture du soja n’a pas cessé, elle se poursuit notamment dans les savanes où elle cause d’importants dommages », ajoute-t-elle.

Pas de sanctions prévues

L’accord entre l’UE et le Mercosur conclu en juin ne devrait rien changer à la situation. En particulier parce que l’accord ne contient pas de chapitre sur le développement durable dans laquelle les États s’engageraient à respecter les objectifs de l’Accord de Paris.

« Il n’y a pas de sanctions possibles si le partenaire ne se plie pas aux clauses de protection de l’environnement », souligne l’experte. En effet, en cas de non-respect de ces clauses, seules des consultations avec les gouvernements concernés et la mise en place d’un panel d’experts sont envisagées.

« L’UE dispose de bons accords sur le climat mais en parallèle elle conclut des accords commerciaux qui les ignorent. Cette situation est inacceptable », ajoute-t-elle.

Les critiques proviennent également des Verts au Parlement européen, qui rejettent l’accord entre l’UE et le Mercosur. La promesse du Brésil de prendre en compte les objectifs climatiques internationaux ne pèserait pas lourd face au profit économique, selon Martin Häusling, porte-parole des Verts sur les questions de politique agricole.

En mai, le président brésilien Jair Bolsonaro a réduit de 95 % le budget consacré au climat – qui s’élevait auparavant à seulement 2,7 millions d’euros.

« Comment peut-on conclure un accord de libre-échange aussi absurde ? », se demande Martin Häusling.

L’UE continuera néanmoins à dépendre de l’importation de soja pour son industrie agricole. En raison de la destruction de la forêt amazonienne, le président français Emmanuel Macron a récemment appelé l’UE à une plus grande « souveraineté » en matière de production de protéines et a menacé de bloquer l’accord UE-Mercosur.

Selon Gesche Jürgens, un autre moyen d’action serait l’instauration de dispositions légales pour empêcher la déforestation dans le cadre des relations commerciales de l’UE. « Le plan d’action de l’UE pour les forêts pourrait par exemple rendre l’accès de notre marché plus difficile pour les produits issus

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