Libre-échange et Mercosur au menu de la présidence allemande de l’UE

Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Ernesto Araujo (à g.), salue son homologue allemand, Heiko Maas (à d.) au Brésil en 2019, où les deux hommes politiques ont abordé l'accord UE-Mercosur. [EPA-EFE/Joedson Alves]

La reprise des négociations sur l’accord du Mercosur et la politique commerciale avec les États-Unis comptent parmi les priorités de la présidence allemande du Conseil de l’UE. Des sujets qui risquent d’exacerber les tensions.

Dans un projet daté du 22 avril qu’Euractiv Allemagne a pu consulter, les gouvernements allemand, portugais et slovène indiquent vouloir mener une politique commerciale « ouverte, ambitieuse et équitable ». Ils appellent à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour « renforcer les règles du multilatéralisme ».

L’Allemagne assurera la présidence tournante du Conseil de l’UE du 1er juillet au 31 décembre 2020, avant de passer le flambeau au Portugal puis à la Slovénie. Le trio, qui travaillera en étroite coopération cette année, a déjà préparé un programme commun comme le veut le système européen.

Le futur pays président dispose par ailleurs de son propre programme semestriel, qui doit être présenté aux chefs des groupes politiques du Parlement européen le 27 mai.

Ensemble, le trio veut « continuer à travailler sur des accords commerciaux bilatéraux ambitieux qui protègent les investissements ». Il s’agit notamment d’accords avec l’Indonésie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui doivent être conclus en 2021. Les trois États membres prévoient aussi de faire avancer les pourparlers avec le Mercosur, de moderniser l’accord avec le Chili et de « reprendre les négociations sur un traité UE-Inde ».

Les relations commerciales avec les États-Unis constituent également un élément clé du programme de travail du trio, qui espère surmonter les difficultés actuelles entre les deux parties pour parvenir à « une relation équilibrée et mutuellement bénéfique ».

L’opposition française, autrichienne et néerlandaise

« Je ne vois pas bien comment le gouvernement allemand compte faire passer l’accord controversé avec le Mercosur [au cours de sa présidence du Conseil] en dépit des critiques de nombreux États membres et eurodéputés », a déclaré Anna Cavazzini (Verts), porte-parole de la politique commerciale du Parlement, lors d’une interview pour Euractiv Allemagne.

« [L’Allemagne] devrait plutôt relancer le débat ouvert par la France et les Pays-Bas sur la manière d’intégrer la protection du climat, ainsi que des mesures [environnementales et sociales ambitieuses], aux accords commerciaux », affirme-t-elle.

Au début du mois, les ministres français et néerlandais de l’Économie ont présenté une proposition conjointe aux 25 autres États membres, dans laquelle ils appellent la Commission à augmenter les droits de douane des partenaires commerciaux de l’UE qui ne respectent pas leurs engagements en matière de développement durable.

« Les instruments de politique commerciale peuvent constituer un levier supplémentaire à la mise en œuvre des normes internationales dans les domaines de l’environnement et du travail », indique la proposition.

Les critiques pleuvent sur l'accord UE-Mercosur

Il y a environ un mois, la Commission européenne a signé un accord de libre-échange avec le Mercosur. Depuis, l’accord a provoqué l’ire des agriculteurs, environnementalistes, politiques nationaux et eurodéputés. Un article d’Euractiv Allemagne.

La pandémie de COVID-19 a poussé l’UE à repenser sa politique économique et commerciale.

Mais rien n’est encore gravé dans le marbre                                           . Pour entrer en vigueur, le traité avec le Mercosur doit être ratifié par les 27 États membres.

« Je me demande comment l’Allemagne entend convaincre les États membres qui sont sceptiques à l’égard de ce traité ou qui le rejettent totalement, comme la France ou l’Autriche », soutient Anna Cavazzini. Le seul moyen de persuader toutes les parties d’accepter cet accord sera d’exercer une « pression sur les détracteurs », assure-t-elle.

Emmanuel Macron campe sur ses positions

Jusqu’à présent, la France s’est opposée à cet accord de libre-échange. Le 23 août dernier, le président Emmanuel Macron a annoncé qu’il refuserait de signer le traité « sous sa forme actuelle » et a accusé son homologue brésilien, Jair Bolsonaro, d’avoir menti sur ses engagements environnementaux lors du sommet du G20 à Osaka.

C’est ainsi que le chef de l’État français a répondu à la profonde désapprobation des agriculteurs du pays qui s’opposent au Mercosur, mais aussi à l’accord économique et commercial global (AECG), ratifié par les députés français en juillet 2019.

Les agriculteurs de France craignent que ces partenariats commerciaux ne conduisent au dumping sur le marché européen, concurrencé par des produits agricoles bon marché fabriqués dans le non-respect de l’environnement.

Berlin, en revanche, souhaite conclure le traité avec le Mercosur d’ici à la fin de sa présidence. L’Allemagne y voit un grand intérêt économique, déclare Anna Cavazzini. « Le gouvernement allemand [défend ardemment] le Mercosur depuis le début des négociations. Les industries automobile, chimique et pharmaceutique comptent parmi celles qui bénéficieraient de cet accord ».

Selon le Ministère français de l’Agriculture, la production agricole de la France en 2018 s’élevait à 73 milliards d’euros, soit 16,9 % du marché européen. En comparaison, le secteur agricole allemand représentait 56 milliards d’euros cette année-là.

Les enjeux sont donc importants pour la France, qui se considère comme la première puissance agricole européenne et craint de perdre des parts de marché au profit de nouvelles importations.

Les agriculteurs européens révoltés par l’accord UE-Mercosur

Les agriculteurs européens ont fustigé l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur conclu le 28 mai à Bruxelles, qui les place selon eux face à une concurrence déloyale et qu’ils dénoncent depuis des mois.

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