L’industrie allemande demande une trève à Juncker et Trump

[Focke Strangmann/EPA/EFE]

Washington doit calmer sa rhétorique et cesser de brandir les droits de douane comme une protection de sa sécurité nationale, réclame le président de la puissante Fédération des industries allemandes.

« Le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et le Président des États-Unis, Donald Trump, doivent activer le frein d’urgence dans ce conflit commercial. Pour cela Washington doit calmer sa rhétorique. Les droits de douane mis en place au nom de la sécurité nationale devraient être supprimés », a déclaré Dieter Kempf, président de la Fédération des industries allemandes (BDI), le 23 juillet à Berlin, avant la rencontre entre le président de la Commission et Donald Trump mercredi.

Pas de chantage

« Il est important de mettre en place une compréhension mutuelle des faits et de regagner la confiance », a-t-il ajouté tout en exhortant le président de la Commission à expliquer à Donald Trump qu’imposer des droits de douane sur les véhicules à moteur et les pièces automobiles est avant tout néfaste pour les États-Unis.

À elle seule, l’industrie automobile allemande emploie plus de 118 000 personnes aux États-Unis. Au total, 60 % de sa production est exportée des États-Unis vers d’autres pays.

Bruxelles et Washington entament un nouveau bras-de-fer sur les exportations de voitures

Les États-Unis envisagent d’imposer des droits de douane sur les voitures européennes, en invoquant la sécurité nationale. L’UE prépare des contre-mesures d’une valeur de 294 milliards de dollars.

Dieter Kempf a souligné que l’Europe était la plus grande puissance commerciale du monde et qu’en tant que telle, elle devait s’assurer que les différends commerciaux internationaux soient résolus dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les politiques commerciales unilatérales incompatibles avec les règles de l’OMC sont dangereuses pour le développement économique dans le monde, y compris aux États-Unis, a-t-il souligné avant d’ajouter : « l’Europe ne devrait pas succomber au chantage et devrait agir avec confiance aux États-Unis. »

Pas d’offre commerciale particulière  

Jean-Claude Juncker n’arrivera pas aux États-Unis pour discuter avec Trump le 25 juillet avec une offre commerciale particulière, a déclaré la Commission lors d’une conférence de presse.

« Je ne souhaite pas entrer dans une discussion sur des mandats, des offres, car il n’y a pas d’offres. Il s’agit d’une discussion, d’un dialogue, c’est l’occasion d’échanger et de maintenir le dialogue », a souligné le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas. « C’est aussi l’occasion de dédramatiser toute tension potentielle sur le commerce et de s’engager dans un dialogue ouvert, constructif avec nos partenaires américains. »

« C’est une bonne chose que les États-Unis et l’Europe maintiennent le dialogue malgré leurs divergences », a également déclaré une porte-parole du gouvernement allemand.

« Le coût d’une démondialisation serait immense »

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Pour des raisons de sécurité nationale, Washington impose des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance de l’UE, du Canada et du Mexique depuis le 1er juin. Donald Trump menace maintenant de faire la même chose avec les voitures européennes et les pièces automobiles.

Le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier a déclaré à la radio Deutschlandfunk dimanche qu’il espérait qu’il soit encore possible de trouver une solution attractive pour les deux parties. « Pour nous, cela signifie que nous défendons des marchés ouverts et des droits de douane peu élevés. »

Selon lui, la menace de taxes américaines sur les voitures européennes est très plausible. Il a rappelé que la baisse des droits de douane internationaux ces 40 dernières années et l’ouverture des marchés avaient largement bénéficié aux citoyens.

Peter Altmaier soutient qu’il est difficile d’évaluer l’impact que des taxes américaines sur les voitures européennes auraient sur l’économie allemande, mais a ajouté que « les droits de douane que l’aluminium et l’acier représentent plus de six milliards d’euros. Dans ce cas, on parlerait de dix fois cette somme. »

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La Commission européenne a revu à la baisse de 0,2 % ses prévisions de croissance pour cette année par rapport à ses prévisions d’il y a trois mois. En cause, une production plus faible que prévu, et des risques externes, comme la guerre commerciale, en hausse.

 

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