Rome menace de bloquer la ratification du CETA

Matteo Salvini au centre, Gian Marco Centinaio à gauche et Giancarlo Giorgetti à droite. [EPA-EFE]

L’Italie ne ratifiera pas le CETA, l’accord de libre-échange avec le Canada, car il ne protège pas assez les spécialités culinaires du pays, a déclaré le ministre italien de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio.

« Nous ne ratifierons pas l’accord de libre-échange avec le Canada car il ne protège qu’une petite partie de nos appellations d’origine protégée (AOP) et de nos indications géographiques protégées (IGP) », a déclaré Gian Marco Centinaio, le 14 juin au journal italien La Stampa.

L’accord économique et commercial global (CETA) est un accord dit « mixte », ce qui signifie qu’il doit être approuvé à la fois par le Parlement européen – qui l’a validé en février 2017 – et par les parlements nationaux.

« Nous demanderons au parlement de ne pas ratifier le traité ni les autres accords semblables au CETA », a prévenu le ministre italien. Seuls dix États membres – l’Autriche, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, l’Espagne, la Croatie, la Lituanie et la Lettonie – ont soutenu l’accord à ce jour.

La décision de l’Italie risque de mettre en péril la pleine application du CETA, le premier grand accord commercial de l’UE. L’accord est entré en vigueur de manière provisoire en septembre de l’année dernière avec des droits de douane réduits à l’importation sur une série de produits. Mais certaines dispositions, dont le chapitre lié à l’investissement, ne s’appliqueront qu’une fois le texte complètement ratifié.

Le CETA entre en vigueur malgré une forte opposition

Négocié depuis 2008, l’accord de libre échange entre le Canada et l’Union européenne entre en vigueur jeudi 21 septembre. Les opposants au traité sont furieux.

Rome ne sera pas seule dans sa croisade

« Ce n’est pas juste une position du parti souverainiste la Ligue du Nord, non, les doutes quant à cet accord sont monnaie courante chez nombreux de mes collègues européens », a souligné le ministre italien, qui appartient à la Ligue.

L’initiative citoyenne européenne Stop TTIP-CETA est parvenue à collecter plus de 3 millions de signatures contre les deux accords de libre-échange et des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre l’accord dans toute l’Europe.

Par ailleurs, la région belge de Wallonie a utilisé son pouvoir de véto pour entraver la signature de l’accord par la Belgique pendant des jours, ce qui a failli faire échouer les négociations.

Dans le cadre d’un compromis pour débloquer l’accord, le gouvernement belge a promis de demander l’avis de la Cour de justice de l’UE sur la compatibilité de certaines dispositions du CETA avec le droit européen. La Cour n’a pas encore rendu son verdict.

La France rêve d'introduire un veto climatique au CETA

Le gouvernement a présenté le 25 octobre un plan d’action sur les enjeux sanitaires et environnementaux du CETA. Mais les propositions françaises ne peuvent s’appliquer qu’avec l’accord de l’UE et du Canada.

Le directeur général de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), Pascal Lamy, a déclaré le 8 juin lors d’une conférence de presse à Bruxelles que la principale préoccupation dans le commerce était la réaction négative de certains pays occidentaux. L’UE lutte quant à elle sans relâche pour garantir l’application du CETA.

Autre ligne de front entre Bruxelles et Rome

« La Commission travaille étroitement avec les États membres pour s’assurer que notre politique commerciale bénéficie à tous », a déclaré le porte-parole de l’exécutif européen, Margaritis Schinas, en réaction aux propos de Gian Marco Centinaio. Toutefois, « une potentielle non-ratification doit être discutée au niveau du Conseil », a-t-il rappelé.

L’annonce de l’Italie a ouvert une nouvelle ligne de front dans les relations déjà tendues entre Bruxelles et Rome, depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition populiste entre la Ligue d’extrême droite et le Mouvement 5 étoiles.

En Italie, le gouvernement Conte prend officiellement ses fonctions

Le nouveau chef du gouvernement populiste italien, Giuseppe Conte, a officiellement pris ses fonctions le 6 juin après le dernier vote de confiance du Parlement sur un programme tournant le dos à l’austérité, mais pas à l’Europe.

Ces derniers jours, le Premier ministre Giuseppe Conte a aligné sa position avec celle du président américain Donald Trump pour demander la réadmission de la Russie au G7. Il a par la suite clarifié que ce ne serait possible que si le Kremlin respecter les accords de Minsk.

Le gouvernement italien fait en outre l’objet de vives critiques depuis qu’il a décidé de bloquer l’accès à ses ports aux bateaux étrangers chargés des missions de sauvetage en Méditerranée.

Pour discuter de toutes ces questions, Donald Tusk, le président du Conseil européen, pourrait se rendre à Rome pour rencontrer le Premier ministre avant le sommet européen du 28 et 29 juin.

Rome dénonce «l'hypocrisie» de la France sur l'Aquarius

La présidence du Conseil italien a vivement réagi aux commentaires d’Emmanuel Macron sur la gestion de plus de 600 migrants, ballottés en Méditerranée depuis dimanche sur le navire humanitaire Aquarius. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Subscribe to our newsletters

Subscribe