Juncker veut conclure un accord UE-Afrique entre partenaires égaux

Jean-Claude Juncker à Strasbourg devant le Parlement européen. [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Le président de la Commission s’est engagé à conclure un accord d’égal à égal entre l’UE et l’Afrique. Il souhaite une implication plus forte de l’Europe sur le continent, où l’influence de la Chine se répand à grande vitesse.

Dans son discours sur l’état de l’Union devant le Parlement à Strasbourg, Jean-Claude Juncker a décrit l’Afrique comme le « continent cousin » de l’Europe.

Nous devons investir davantage dans nos relations avec ce grand et noble continent. Nous devons arrêter d’envisager cette relation entre l’Afrique et l’Europe comme si nous n’étions qu’un donneur d’aide au développement. Une telle approche serait insuffisante. En fait, humiliante », a-t-il déclaré.

«L’Afrique n’a pas besoin de charité, elle a besoin de partenariat équilibré, d’un vrai partenariat. Et nous, Européens, avons besoin au même titre de ce partenariat », a-t-il insisté.

Jean-Claude Juncker a déclaré aux eurodéputés qui lui et Paul Kagame, le président du Rwanda et président de l’Union africaine, s’étaient accordés à mettre fin à la relation de donateur-bénéficiaire des deux continents.

« Nous sommes tombés d’accord pour qu’à l’avenir nos engagements respectifs soient réciproques. Nous voulons construire un nouveau partenariat avec l’Afrique », a ajouté le Luxembourgeois.

Discours sur l'état de l'Union 2018

En 2015, Jean-Claude Juncker avait déclaré que sa Commission était celle « de la dernière chance ». Mercredi 12 septembre, le président de la Commission prononce son discours sur l’état de l’Union (SOTEU). Suivez-le en direct sur Euractiv.fr

Si ses commentaires sont traduits en actions concrètes, ils auront des conséquences sur le nouvel accord de Cotonou, un accord commercial est de développement couvrant 78 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, et qui expire en 2020.

Les négociations sur le nouvel accord devaient commencer à l’automne mais sont compliquées par les divergences entre États membres sur la manière de gérer la migration dans l’accord ainsi que par la volonté de l’Union africaine de voir le continent signer un accord autonome avec l’UE.

« Les Caraïbes et le Pacifique risquent d’être laissés de côté », craint un responsable de l’UE.

Mais d’autres sont favorables à l’idée de l’Union africaine. « L’Union africaine voudrait évidemment voir plus de reconnaissance du partenariat UE-Afrique et je pense que c’est une demande tout à fait légitime », estime un responsable de la Commission.

Le président de la Commission a déclaré devant le Parlement que « nous devrions faire évoluer les nombreux accords commerciaux entre l’Afrique et l’Union européenne vers un accord de libre-échange de continent à continent, un partenariat économique entre partenaires égaux.»

Un document de l’exécutif européen accompagnant le discours indiquait que « l’objectif à long terme est de créer un accord commercial global de continent à continent entre l’UE et l’Afrique ».

L’UE versera 50 millions d’euros pour financer le travail technique et les négociations de l’Union africaine sur l’accord de libre-échange.

Toutefois, le document de la Commission laisse entendre que les accords de partenariat économique (APE) et les accords commerciaux avec les pays d’Afrique du Nord doivent être les piliers de la coopération.

Seul un APE – avec la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) – a été mis en œuvre, de nombreux blocs régionaux africains se plaignant des conditions offertes par l’UE.

Les propos de Jean-Claude Juncker devraient donc plaire aux dirigeants africains, qui sont désireux de négocier de meilleures conditions commerciales avec l’UE, et de voir leur accord de libre-échange continental africain (ACFTA) – qui a été signé par 49 pays et lancé en mars – servir de base à un accord de continent à continent.

« L’ACFTA devrait être le principal instrument d’un accord de libre-échange avec l’UE », a déclaré Carlos Lopes, négociateur en chef de l’Union africaine pour les négociations post-Cotonou, à Euractiv, ajoutant que ce serait « dans l’intérêt de l’UE ».

Au total, 49 des 54 pays africains ont signé la zone de libre-échange et Carlos Lopes est confiant dans le fait que tous les pays, sauf l’Érythrée, qui poursuit une politique isolationniste, l’auront signé avant janvier 2019, date du prochain sommet de l’Union africaine.

L’Afrique prête à négocier pied à pied avec l’UE

La renégociation des accords de Cotonou s’annonce ardue. Les pays africains ont en effet une série d’attentes qu’ils ne sont pas prêts à renier, notamment sur le volet commercial.

La Commission a intensifié ses programmes visant à accroître les investissements privés en Afrique. Au cœur de cette stratégie se trouve son plan d’investissement extérieur, lancé il y a deux ans, qui promet d’attirer plus de 44 milliards d’euros d’investissements publics et privés.

L’exécutif européen affirme que d’ici 2020, l’UE aura soutenu 35 000 étudiants et chercheurs africains par le biais de son programme Erasmus, un chiffre qui devrait atteindre 105 000 d’ici 2027.

Jean-Claude Juncker a souligné que 36 % des échanges commerciaux de l’Afrique se faisaient avec l’Union européenne, contre 16 % pour la Chine et 6 % pour les États-Unis. Pourtant, l’influence de la Chine est en train de rapidement ronger l’influence économique et politique de l’UE sur le continent. Le président Xi Jinping a annoncé un investissement supplémentaire de 60 milliards de dollars en Afrique dans les années à venir lors du Forum pour la coopération Chine/Afrique au début du mois.

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