Kroes réitère ses appels à scinder les géants énergétiques [FR]

La commissaire responsable de la politique antitrust a de nouveau appelé à une ‘dissociation de la propriété’, défiant la France et d’autres pays réticents selon lesquels la libéralisation aggrave la vulnérabilité de l’UE à l’égard de fournisseurs qui n’hésitent pas à utiliser le pétrole ou le gaz comme instrument politique. 

A l’occasion d’une conférence à Essen (Allemagne), la commissaire à la concurrence, Neelie Kroes, a déclaré que les grands groupes énergétiques tels que l’allemand E.ON et le français EDF constituaient un « problème fondamental » par leur contrôle des réseaux de vente et de production d’énergie.

S’exprimant le 5 février, la responsable des politiques anti-trust a précisé que la « dissociation de la propriété » mettrait fin à ce « conflit d’intérêt inhérent » dans lequel les opérateurs historiques empêchent les nouveaux concurrents d’accéder au réseau afin de protéger leur part de marché et où ils hésitent à investir dans des capacités de transport transfrontalières.

Selon elle, la situation retient les investissements dans les énergies renouvelables dont « l’Europe a si désespérément besoin pour sécuriser son approvisionnement ». La position de la commmissaire Kroes est soutenue par le groupe écologique Greenpeace, qui prône la dissociation totale de la propriété pour permettre les investissements dans les technologies énergétiques plus propres.

Toutefois, la libéralisation du marché de l’énergie menée par la Commission depuis dix ans fait face à un nombre croissant de critiques, estimant qu’elle a accru la dépendance européenne à l’égard des importations de gaz russe.

Jérôme Guillet, directeur dans une banque d’investissements, a récemment confié au Financial Times que dans les années 1990 l’accent avait été mis sur les centrales électriques au gaz (du fait de leur flexibilité), sur des coûts d’investissement initiaux réduits et sur des niveaux plus faibles de pollution afin d’aider l’UE à atteindre les objectifs en matière d’environnement et de sécurité d’approvisionnement.

Jérôme Guillet a ajouté que ce processus de libéralisation n’avait toutefois fait qu’exacerber la demande de l’Europe en gaz, en parallèle d’une hausse des prix, accentuant dans les faits la dépendance énergétique européenne à l’égard de la Russie.

Selon J. Guillet, « s’inquiéter du contrôle de la Russie sur nos livraisons tout en encourageant de fait les investissements dans des centrales au gaz paraît stupide. La dérégulation du marché de l’énergie n’est pas compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique, ni avec la sécurité d’approvisionnement quand les exportateurs ne respectent pas nos règles ».

Dans une lettre adressée à la Commission le 10 janvier 2007, le ministre français de l’industrie, François Loos, a soutenu que « l’existence de ces groupes énergétiques forts est une garantie de sécurité d’approvisionnement », estimant qu’ils disposent d’un meilleur pouvoir de négociation des prix avec les principaux pays fournisseurs comme la Russie.

Les Etats membres de l’UE décideront s’ils acceptent ou non la dissociation totale de la propriété à l’occasion du sommet européen des 8 et 9 mars 2007.

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