La Commission européenne renvoie Arnaud Montebourg dans ses cordes

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Premier camouflet européen pour le ministre du redressement productif, dont les velléités de protection du marché de l’automobile se heurtent à l’opposition de Bruxelles.

Bruxelles et Paris  ne semblent pas partager la même vision du « redressement productif ». Pendant qu’il s’efforce de promouvoir le « made in France », enfilant la marinière de circonstance, le ministre Arnaud Montebourg ne parvient pas à infléchir la ligne libre échangiste européenne.

Dans le sillage des difficultés rencontrées par le constructeur PSA Peugeot Citroën, Paris a durci le ton, réclamant des mesures de protection contre les effets jugés néfastes d’un accord commercial signé avec la Corée du Sud. Entré en vigueur le 1er juillet 2011, le texte prévoit une réduction, voire une disparition à terme, des droits de douane appliqués aux échanges commerciaux entre la Corée du Sud et l’UE. Un accord censé encourager les exportations européennes de produits industriels, agricoles et halieutiques.

Un mécanisme de surveillance réclamé par Paris…

Un jeu de dupes pour Arnaud Montebourg, hostile aux stratégies mises en place par les constructeurs coréens comme Kia ou Hyundai, dont les politiques salariales relèvent selon lui du « dumping social ». S’appuyant sur l’accord de libre échange signé avec Séoul, Paris avait souhaité l’activation d’un mécanisme de surveillance, qui représente la première étape avant l’application de mesures plus musclées, comme l’augmentation des droits de douane. Cette surveillance aurait permis de renforcer le suivi statistique des importations de véhicules, auquel la Commission procède déjà, afin de mieux anticiper les arrivées de voitures sud coréennes.

Hors de question, rétorque Bruxelles, pour qui la demande de la France est injustifiée. « Nous avons mené l’enquête et conclu que cette requête n’est pas fondée, relève Karel de Gucht, commissaire européen en charge du Commerce, dans une interview au Figaro. Les conditions juridiques ne sont pas remplies. Bien plus, les chiffres montrent que l’accord de libre-échange est largement favorable à l’UE. »

…jugé dangereux par Bruxelles

Les exportations coréennes, boostées par l’accord de libre échange, étaient plus élevées en 2008, alors que le texte n’était pas encore en vigueur, note le Commissaire. « Il n’y a donc aucune raison de lancer la procédure de surveillance souhaitée par Paris. Pire, ce serait dangereux quand les autres exportations européennes vers la Corée du Sud augmentent aussi vite. »

« Le gouvernement regrette la décision de la Commission européenne », font savoir Arnaud Montebourg et la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq dans un communiqué conjoint, ajoutant qu’ils resteraient vigilants lors de la négociation de futurs accords commerciaux.

Des discussions sont en cours avec le Japon et les Etats-Unis, ce qui « pourrait créer quelques problèmes avec la France et son agriculture » si l’accord est signé avec Washington, anticipe Karel de Gucht. Reste également à obtenir plus de réciprocité avec la Chine, afin que les Européens puissent y investir et se porter candidats aux marchés publics.

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