La France s’insurge contre les quotas de viande du Mercosur

Déjà problématique lors des négociations de l’accord avec le Canada, l’enjeu des importations de viande dans l’accord de libre-échange UE-Mercosur exaspère les éleveurs, ainsi que la France.

Le sujet viande a été abordé lors de discussions bilatérales cette semaine à Bruxelles, entre les ministres du commerce du Mercosur (Brésil, Uruguay, Paraguay, Argentine) et la commissaire au commerce, Cécile Malmstrom. Avec un résultat inquiétant pour les éleveurs français. Selon Reuters, la quantité de viande que le Mercosur a le droit d’exporter en Union européenne aurait été revu à la hausse pour atteindre 99.000 tonnes par an.

En France, le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert, a clairement condamné cette hypothèse, rappelant que le président français avait précisé à Jean-Claude Juncker que le quota de 70.000 tonnes représentait une ligne rouge de la France.

« La France souhaite avancer avec le Mercosur, mais dans le contexte politique actuel, il est essentiel d’aboutir à un résultat équilibré et à ce stade le compte n’y est pas », a déclaré le ministre.

« Pour ce qui concerne le boeuf, le volume de contingent doit s’écarter le moins possible du volume jusqu’ici présenté dans l’offre européenne », soit 70.000 tonnes, a précisé le ministre.

Cet épisode tombe d’autant plus mal pour le ministre que le gouvernement doit présenter le résultat des Etats généraux de l’alimentation, une concertation longue et pénible qui a abouti à un texte de loi censé réparer le problème du partage de la valeur ajoutée, du moins pour la France. Une initiative qui risque de paraître bien vaine si, dans le même temps, Bruxelles ouvre ses frontières à des produits agricoles bon marchés.

« On ne peut pas prôner la souveraineté alimentaire et accepter d’ouvrir le marché à des viandes produites  dans des conditions complètement opposées » a expliqué Dominique Langlois  président de l’Interprofession du bétail et des viandes (Interbev).

 

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Le secteur de l’élevage est vent debout contre l’idée d’importer plus de viande, d’autant qu’avec le Brexit, les calculs établis jusqu’alors risquent d’avoir encore plus d’impact sur les producteurs européens, le Royaume-Uni étant un importateur de viande en particulier de l’Irlande.

« Plus de 75 % de nos importants de viande, soit 246.000 tonnes, viennent déjà de ces pays, et il est inacceptable que l’UE propose d’augmenter ce quota en échange de concessions dans d’autres secteurs » s’est énervé Jean-Pierre Fleury, de la Copa Cogeca, le lobby agricole européen.

Le président de la Fédération Nationale Bovine (FNB) Bruno Dufayet s’est également emporté, jugeant que les consommateurs européenes seraient « bernés » et « sacrifiés » si l’Europe devait recevoir 99.000 tonnes de viande sans droits de douane de ces pays.

« Antibiotiques, activateurs de croissance, farines animales, OGM, tout ce qui est interdit chez nous est autorisé dans ces pays-là » dans l’élevage, a déclaré M. Dufayet sur RMC mercredi matin.

Viande contre lait et pièces détachées

En échange de plus de viande en Europe, le Mercosur devrait accepter plus de lait et de pièces détachées pour l’automobile selon des sources à la Commission

Le semaine dernière, lors d’une visite du président argentin Macri à Paris, le président français avait « exprimé très clairement les préoccupations de la France (…) en particulier au sujet de la viande, parce qu’il y a des intérêts français à défendre sur le sujet ».

Les députés PPE français se sont également vivement insurgé contre la hausse potentielle d’afflux de viande en Europe. « Alors que nous avions dénoncés en septembre dernier le contingent de 70 000 tonnes, une fois de plus, la Commission fait la sourde oreille et s’apprête à proposer une nouvelle offre de 99 000 tonnes de viande bovine au Mercosur» ont assuré Tokia Saïfi et Franck Proust dans un communiqué.

Ombre du CETA

La question des quotas de viande avait déjà crispé les producteurs lors des négociation de l’accord UE-Canada (CETA), qui est partiellement entré en vigueur en septembre. L’accord conclu entre les deux bloc prévoit en effet un contingent de 65 000 tonnes viande bovines et de 3000 tonnes viande de grison.

Si cela ne représente qu’environ 0,8% de la consommation européenne, l’impact sur les filières pourrait être beaucoup plus important en termes de valeur. « Les canadiens vont exporter les morceaux nobles, donc l’impact sera automatiquement plus important qu’on ne le dit sur les filières viande » prévient Dominique Langlois.

« Pour l’instant, la filière canadienne s’organise en vue de la mise en œuvre progressive des quotas. L’Europe est un relais de croissance pour le Canada  qui  est un  producteur excédentaire net », détaille Dominique Langlois.

La mise en oeuvre du CETA a d’ores et déjà entériné l’ouverture du marché européen à davantage de concurrence. Et cet état de fait dégrade la capacité de négociation européenne de négocier différemment avec les autres partenaires commerciaux, tels que le Mercosur ou le Japon.

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