Le conflit mondial sur l’acier prend de l’ampleur avant le G20

steel_forge_CREDIT[Stefan Schmitz_Flickr] [Stefan Schmitz/Flickr]

Invoquant la sécurité nationale, Donald Trump pourrait bloquer les importations dans le secteur de l’acier. Une mesure contre laquelle les Européens, déjà en bisbille avec la Chine, tentent de se mobiliser lors du G20 de Hambourg.

Déjà problématique entre l’UE et la Chine, la question des surcapacités mondiales dans l’acier est en train de devenir un sujet de conflit entre les États-Unis et les pays européens, à la veille d’une réunion du G20 qui doit se pencher sur cette question pour les deux blocs.

Le G20 qui se tient les 7 et 8 juillet à Hambourg sous présidence allemande va être consacrée à plusieurs sujets comme le climat, les migrations, le numérique, l’emploi, mais aussi le commerce.

L’UE se met en ordre de bataille contre le dumping chinois

Après deux ans de blocage, les Européens sont tombés d’accord pour renforcer leurs instruments de défense commerciale. Une décision qui intervient alors que Pékin vient d’attaquer les Vingt-Huit devant l’OMC.

« Il sera question de la manière dont le G20 se situe face au danger du protectionnisme, des enjeux de la concurrence loyale et du traitement des surcapacités de production dans certaines industries, comme la sidérurgie » explique une source à L’Élysée.

La question des surcapacités mondiale dans l’acier, notamment chinoise, s’est déjà retrouvée au menu des dirigeants du G20 en septembre dernier. La Chine, qui produit environ la moitié de l’acier au niveau mondial a mis en place de mesures de soutien au secteur, très pourvoyeur d’emplois. Des mécanismes de subvention  qui ont pour résultat la vente à perte de l’acier chinois, dans un secteur fragilisé.

Déstabilisation de l’économie mondiale

En septembre, les vingt principales puissances mondiales avaient alors reconnu l’importance de traiter ce sujet, facteur de déstabilisation dans l’économie mondiale. Dans le communiqué final, rédigé sous présidence chinoise, reconnaissait la nécessité de s’attaquer à ce problème « de manière collective. » Par ailleurs, le G20 s’était accordé pour dénoncer « les subventions et autres types de soutiens publics », dont l’utilisation pouvait « entrainer des distorsions du marché », sans toutefois nommer la Chine.

Le soldat Macron tente de sauver l’acier européen

Le ministre de l’Économie a tenté de mobiliser, à Strasbourg, pour une opération de sauvetage de l’acier européen.

Cette fois, ce sont les déclarations du président américain, Donald Trump, qui semblent inquiéter les Européens. Depuis plusieurs semaines, l’administration Trump a enchainé les menaces protectionnistes à l’encontre des exportations d’acier provenant d’autre pays. Le président américain, qui a remporté l’élection sur le slogan « Amercia First » (« l’Amérique d’abord »), a menacé de bloquer les exportations étrangères d’acier, en utilisant l’argument de la sécurité nationale.

En réponse, la Commission européenne a envoyé des commentaires, par écrit au ministre du Commerce américain.

« Il n’y a pas d’éléments démontrant que les importations, et certainement pas celles d’Europe, affectent ou menacent d’affecter la sécurité nationale américaine» assure un porte-parole de la Commission européenne, qui espère que les Etats-Unis n’auront pas recours à l’argument de la sécurité. « Si des difficultés se présentent à propos de prix ou de quantités de produits spécifiques de l’acier, en provenance de certains pays, elles devraient être traités avec les instruments juridiques actuels»  assure l’exécutif européen.

Une mesure protectionniste autorisée par une clause d’une loi commerciale datant de 1962, intitulée « section 232 », qui autorise le Président à restreindre des importations qui mettraient en cause la sécurité du pays. Un rapport du secrétaire au commerce, Wilbur Ross, dont les conclusions sont attendues en amont du G20 doit  évaluer l’impact des importations d’acier sur la sécurité nationale.

«  Une série de mesures pourraient être prises sur cette base par les autorités américaines et qui impacteraient, entre autres, l’industrie de l’acier française et européenne. » a indiqué le Ministère français des Affaires étrangères lors d’un point presse le 3 juillet.

Selon une étude récente de l’institut Peterson, les mesures de rétorsion envisagées par les États-Unis auraient de fait davantage d’effet sur des partenaires des États-Unis tels que « le Canada, le Mexique, le Japon, l’Allemagne et la Corée » que sur la Chine, dont  certaines exportations ont déjà été ciblées par les règles antidumping des États-Unis.

« Et l’UE ne veut pas être mise sur le même plan que d’autres pays » souligne l’Elysée, en référence à la Chine dont les pratiques commerciales posent également problème à l’industrie sidérurgique européenne. « Si les mesures américaines devaient toucher les exportations des pays européens, nous devrions réagir très rapidement ».

Au-delà de la compatibilité des mesures protectionnistes envisagées par Trump avec les règles de l’Organisation mondiale du Commerce, une éventuelle riposte européenne pourrait être organisée « dans le cadre de la politique antidumping de l’Union européenne » avance-t-on côté français.

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