Le déclin agricole, une menace pour la santé des Français

En 2016, seul 51% des fruits et légumes consommés dans l'Hexagone étaient d’origine française [Shutterstock]

L’agriculture française perd du terrain, s’inquiètent des sénateurs dans un rapport publié le 7 juin. Outre le péril pour la profession, les Français s’exposent à plus de risques sanitaires, du fait de nombreuses non-conformités des produits importés. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement

Si «la France demeure, de loin, le premier producteur agricole européen», sa situation n’est guère réjouissante, estime le sénateur Laurent Duplomb (Haute-Loire, Les Républicains) dans son rapport intitulé «La France, un champion agricole mondial: pour combien de temps encore?».

Recul du monde agricole, stagnation de la production

Parmi les motifs d’inquiétude, la fonte de sa surface agricole (-17% depuis 1961), la chute des emplois liés à l’agriculture et à l’agroalimentaire (de 12% à 5,5% de la population active en 40 ans), et la stagnation de sa production depuis les années 1990. Bilan, l’excédent agricole français a été divisé par deux entre 2011 et 2017, et semble surtout tenir grâce à la filière vin. «À ce rythme de décroissance, la France constatera son premier déficit agricole en 2023», avance le rapport.

Conséquence, la France, troisième exportateur agricole mondial en 2005, se situe désormais à la sixième place (4,5% des parts de marché, soit une chute de 2% en 10 ans, «le plus fort recul mondial»), après avoir été dépassée par l’Allemagne et les Pays-Bas. De plus, elle doit subir la forte concurrence de pays émergents tels que la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil et le Vietnam.

Un recul intérieur, au détriment de la sécurité et de la santé

Tout aussi inquiétant pour la filière, l’agriculture française recule même sur son marché intérieur. En 2016, 51% des fruits et légumes consommés dans la métropole étaient d’origine française, contre 68% en 2000. Idem pour les volailles (de 13% en 2000 à 34% en 2017) et pour les produits laitiers, dont les importations ont doublé.

Au-delà de la menace pour la sécurité alimentaire du pays, en passe de perdre son indépendance agricole, ce recours accru aux produits importés «pose de vrais doutes sur la qualité sanitaire». Selon les contrôles menés par la DGCCRF et la DGAL, «on peut estimer qu’entre 8 et 12 % des denrées alimentaires importées de pays tiers ne respectent pas les normes européennes de production et sont susceptibles de porter atteinte à la sécurité sanitaire de nos concitoyens».

Particulièrement élevé, le risque lié aux résidus de pesticides, avec des non-conformités relevées sur 13% des échantillons analysés de thé de Chine, 16% des piments de République dominicaine et 20% des pistaches des Etats-Unis. «La fraude semble d’ailleurs plus importante pour les denrées issues de l’agriculture biologique: la DGCCRF a constaté que près de 17 % des contrôles physiques sur les produits issus de l’agriculture biologique se sont révélés non-conformes en 2017», rappelle le rapport.

Les produits européens pas épargnés

La situation pourrait être encore pire pour les produits originaires de l’UE, où des contrôles menés par la DGAL ont révélé des non-conformités sur «17 % des viandes fraîches de boucherie, 13 % des viandes fraîches de volaille, 25 % des produits à base de viande, 21 % des échantillons de lait cru ou traité thermiquement et les produits à base de lait», poursuit Laurent Duplomb.

«En tout et pour tout, ce serait donc entre 10 % et 25 % des produits importés en France qui ne respecteraient pas les normes minimales imposées aux producteurs français. En plus de mettre en péril la sécurité sanitaire de nos concitoyens, ce phénomène exerce une concurrence déloyale envers nos producteurs. Chaque année, ce sont entre 5 et 10 milliards d’euros de produits illégaux qui seraient vendus en France et exerceraient une pression à la baisse sur les prix des produits français», ajoute-t-il.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.