Le ministre sud-coréen du Commerce appelle à un renforcement des relations avec l’UE

Le ministre du Commerce, Yeo Han-Koo, venu à Bruxelles pour une série de réunions de haut niveau, a dressé un bilan positif de l’accord de libre-échange signé avec l'UE en octobre 2010. [Korean Mission to the EU]

Onze ans après la signature d’un accord de libre-échange (ALE) entre l’UE et la Corée du Sud, le ministre sud-coréen du Commerce, Yeo Han-Koo, cherche à le moderniser en y incluant la protection des investissements et les nouvelles technologies.

Le ministre du Commerce, venu à Bruxelles pour une série de réunions de haut niveau, a dressé un bilan globalement positif de l’accord, signé en octobre 2010. « C’était l’un des premiers accords de libre-échange de l’Union européenne en Asie. Et je crois que cela a préparé le terrain pour un développement très solide et durable. »

M. Yeo a appuyé son évaluation positive sur des chiffres : « Lorsque nous comparons le commerce et les investissements avant et après l’ALE, nous constatons que le commerce mondial s’est réduit de 4 %, mais que le volume de nos échanges bilatéraux a augmenté de 4,8 %. Les investissements coréens au sein de l’UE ont connu un véritable essor au cours de cette période, avec une augmentation de 333 % des flux d’investissement de la Corée vers l’UE. Et l’UE est le premier investisseur étranger en Corée ».

M. Yeo, qui a occupé le poste de diplomate commercial pendant plusieurs années et a participé aux négociations de l’accord entre l’UE et la Corée du Sud, est devenu ministre du Commerce en août 2021. Il estime que l’accord a désormais besoin d’une mise à niveau, a-t-il expliqué à EURACTIV.

En gardant un œil sur le Conseil du commerce et de la technologie récemment lancé entre l’UE et les États-Unis, il a appelé à l’incorporation de nouvelles technologies dans l’accord. Il a également suggéré que l’accord pourrait bénéficier de l’inclusion d’un chapitre sur les investissements.

« Les entreprises coréennes des secteurs des batteries et de l’automobile ont beaucoup investi dans l’Union européenne. […] Je pense qu’il est temps pour nous de réfléchir à la manière dont nous pouvons faciliter et protéger davantage ces investissements bilatéraux entre la Corée et l’Union européenne », a déclaré le ministre du Commerce.

M. Yeo est un partisan du système commercial multilatéral. Il fait part de ses inquiétudes face au risque que la Chine, non coopérative, entrave le commerce multilatéral. Il a ainsi affirmé que les partisans du commerce multilatéral devaient trouver des moyens de coexister avec la Chine.

En réponse à la montée en puissance de la Chine, l’UE a récemment publié une stratégie de coopération dans la région indopacifique. M. Yeo a déclaré qu’il s’agissait d’un « domaine de coopération très prometteur ».

« Nous avons besoin de partenaires qui partagent nos valeurs fondamentales, comme l’Union européenne », a-t-il déclaré.

Mises en garde des autorités européennes concernant les transferts de données avec la Corée du Sud

Lundi 27 septembre, les autorités européennes chargées de la protection des données ont rendu un avis non contraignant sur le degré de conformité de la législation sud-coréenne par rapport aux règles de l’Union européenne en matière de protection de la vie privée.

Coopération dans le domaine des semi-conducteurs

La Corée du Sud et l’UE sont en cours de discussion afin de former un partenariat numérique. « Dans notre accord actuel, nous n’avons pas de chapitre sur le commerce électronique ou le numérique. Il y a quinze ans, ce concept n’existait pas », a expliqué M. Yeo.

Un partenariat numérique entre l’UE et la Corée du Sud devra se pencher sur la protection des données et les flux de données transfrontaliers. Le Conseil européen de la protection des données a exprimé des inquiétudes à propos du système de protection de la vie privée en Corée du Sud. En effet, celui-ci comprend des exceptions en matière de sécurité nationale et d’application de la loi que le Conseil de la protection des données considère comme incompatibles avec les normes de protection des données de l’UE.

Toutefois, le ministre sud-coréen du Commerce n’y voit aucun problème et souligne que « les deux parties sont en discussion constructive afin de résoudre les problèmes qui pourraient survenir ».

Selon M. Yeo, la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs est un autre domaine important dans lequel l’UE et la Corée du Sud pourraient coopérer. « Les entreprises coréennes sont plus actives en aval de la chaîne d’approvisionnement, tandis que de nombreuses entreprises européennes sont actives en amont de la chaîne d’approvisionnement. Sans l’un et l’autre, cela ne fonctionnera pas », a-t-il déclaré.

Il a précisé que ce sujet avait également été abordé lors de ses réunions avec le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, et le commissaire à l’industrie, Thierry Breton.

Malaise au sujet du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières

La politique climatique est un autre sujet de discussion entre l’UE et la Corée du Sud. M. Yeo a déclaré que la Corée du Sud apporterait son soutien aux initiatives en faveur d’un moratoire sur les nouvelles centrales à charbon, lors de la COP 26 qui se tiendra à Glasgow à partir du 31 octobre.

Il s’inquiète toutefois de la proposition de la Commission européenne concernant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui vise à imposer une taxe sur les importations en provenance de pays qui ne suivent pas une politique climatique aussi rigoureuse que celle de l’UE.

« Je pense que la Corée du Sud et l’UE sont des pays qui partagent les mêmes idées en matière de protection environnementale. Mais je crois que ce qui inquiète certaines de nos industries, c’est la possibilité que ce type de nouvelles mesures constitue de nouvelles barrières commerciales. Je pense que c’est une préoccupation légitime », a prévenu M. Yeo.

« Si l’UE, et peut-être aussi le pays A, le pays B et le pays C commencent à se faire concurrence pour introduire ces nouvelles mesures, je pense que ce sera le chaos. »

Toutefois, il a également indiqué que le système sud-coréen d’échange de quotas d’émission – calqué sur le système européen – permettrait à son pays de collaborer avec l’UE. « Je vais discuter avec les responsables européens de la manière dont la Corée du Sud et l’UE peuvent travailler ensemble pour rendre ce système conforme aux règles de l’OMC et l’empêcher de fonctionner comme une nouvelle barrière commerciale », a-t-il conclu.

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