Le plastique d’origine végétale n’est pas la panacée

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ÉDITION SPÉCIALE / Les plus grands producteurs mondiaux de boissons, Coca-Cola et PepsiCo, ont élaboré des projets ambitieux afin de lancer dans le monde entier des bouteilles en plastique d’origine 100 % végétale. Des défenseurs de l’environnement ont lancé un cri d’alerte, car ils voient un parallèle avec la controverse actuelle sur les biocarburants.

Des entreprises d'alimentation et de boissons se sont engagées dans une course mondiale pour devenir le chef de file des plastiques renouvelables d'origine végétale.

En mars 2011, PepsiCo a annoncé qu'il avait développé la première bouteille en PET au monde entièrement fabriquée à partir de ressources végétales et qu'il mettrait en place un projet pilote de production d'une nouvelle bouteille 100 % recyclable en 2012.

L'entreprise a indiqué qu'elle comptait passer directement à la commercialisation à grande échelle après avoir terminé avec succès la phase pilote.

La bouteille de Pepsi est fabriquée à partir de matières premières organiques, dont du panic érigé, des écorces de pin et des feuilles de maïs. À l'avenir, l'entreprise a affirmé qu'elle envisageait d'ajouter des pelures d'orange et de pommes de terre ainsi que des graines d'avoine et d'autres produits agricoles dérivés dans la fabrication de bouteilles « vertes ».

Coca-Cola a répliqué en intensifiant ses propres recherches. En décembre dernier, l'entreprise a affirmé qu'elle avait conclu un accord de partenariat de plusieurs millions de dollars avec trois entreprises de pointe en biotechnologie en vue d'accélérer le développement des premières solutions commerciales pour les bouteilles de la prochaine génération produites à partir de 100 % de matières premières d'origine végétale.

Le grand défi consiste maintenant à lancer la commercialisation de bouteilles d'origine 100 % végétale à l'échelle mondiale.

« Vous pouvez déjà en produire quelques centaines d'exemplaires dans un laboratoire. Si vous voulez toutefois [en produire] plusieurs millions ou milliards, vous devez avoir une solution viable économiquement. C'est là que se trouve le défi maintenant », a déclaré Ulrike Sapiro, la directrice de la viabilité écologique de Coca-Cola Company.

« Une bataille est évidemment en cours entre les sociétés pour prendre la tête du marché des matériaux PET d'origine végétale le plus rapidement possible », a-t-elle expliqué à EURACTIV lors d'un entretien téléphonique.

Faible part de marché

À long terme, des représentants du secteur estiment qu'il n'existe simplement pas d'alternative au bioplastique quand les ressources de carburant fossile seront épuisées.

« Comparé à l'ensemble du marché du plastique, il s'agit évidemment encore d'un créneau, mais c'est un marché à croissance rapide », a indiqué Hasso von Pogrell d'European Bioplastics, une association d'entreprises qui regroupe des sociétés mondiales de produits chimiques telles que DuPont et BASF.

« À l'inverse du secteur énergétique où, outre la biomasse, vous disposez de différentes options pour remplacer les ressources fossiles pour la production d'énergie, comme l'eau, le vent et le soleil ; le plastique ne peut qu’être transformé en biomasse », a expliqué M. von Pogrell à EURACTIV dans un entretien.

Il est prévu que la capacité de production mondiale passe de 1 à 6 millions de tonnes par an d'ici 2016, selon lui. La part de marché resterait encore faible et serait située entre 1 et 2 %, a-t-il ajouté.

Coca-Cola ouvre la voie

Le secteur de l'emballage est porteur de croissance. Coca-Cola, par exemple, utilise déjà des bouteilles en plastique qui sont composées jusqu’à 30 % d'origine végétale.

Le produit PlantBottle de la marque Coca-Cola a d’abord été lancé au Danemark et aux États-Unis en 2009. D'autres pays comme la France ont suivi en novembre 2011.

Aujourd'hui, le produit est utilisé pour les bouteilles de 50 cl dans 10 pays européens : l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Serbie et la Suède. D'autres pays non européens en font également partie : l'Afrique du Sud, l'Argentine, l'Australie, le Canada, le Chili, les États-Unis, le Japon et le Mexique.

« À l'avenir, nous voulons parvenir à une bouteille produite exclusivement à partir de matériaux renouvelables et recyclés », a déclaré M. Sapiro.

Il est cependant nécessaire de mener des recherches supplémentaires étant donné que les bouteilles d'origine 100 % végétale n'ont pas les mêmes propriétés que le PET. Le polyéthylène à haute densité (PEHD) peut provenir entièrement de sources végétales et est souvent utilisé pour les bouteilles de jus, a expliqué M. Sapiro. Ce plastique est toutefois un peu plus rugueux, coloré et moins transparent que le PET, ce qui le rend moins attirant pour les consommateurs.

« Certains pourraient prétendre qu'ils peuvent fabriquer des bouteilles d'origine 100 % végétale, mais il ne s'agit pas de PET », a expliqué M. Sapiro en faisant allusion à l'annonce de Pepsi.

Des inquiétudes sur la viabilité

L'inquiétude grandit néanmoins quant à l’impact possible sur l'environnement.

Robbie Blake, un militant des Amis de la Terre Europe, établit un parallèle entre le bioplastique et la controverse actuelle sur les biocarburants.

« Le bioplastique suscite exactement la même controverse à propos de la surconsommation des terres et des dégâts de l'agriculture intensive utilisée dans la production de matières premières en grandes quantités », a-t-il expliqué à EURACTIV dans des courriels.

« À l'instar des biocarburants, le bioplastique et d’autres bioproduits à grande échelle, risquent de rivaliser avec le secteur alimentaire [pour l'utilisation] des terres, ce qui provoquerait des changements indirects d'affectation des sols et donc plus de déforestation et de conversion des zones sauvages en champs labourés. »

Hasso von Pogrell ne conteste pas que l'augmentation de la production de bioplastique aura des conséquences sur l'utilisation des terres.

« Il existe évidemment une corrélation : plus vous utilisez de bioplastique, plus vous devez intensifier la culture […] pour le produire », a-t-il indiqué.

Il pense toutefois que les effets devraient rester limités. Même si l'ensemble du marché du plastique passait au bioplastique, seulement 5 % de terres arables seraient nécessaires pour répondre à la demande au niveau mondial, a-t-il précisé.

Les bouteilles d'origine végétale peuvent en outre être recyclées et une partie de la production pourrait reposer sur des déchets alimentaires, qui représentent 25 % de la consommation alimentaire en Europe. L'impact sur l'environnement pourrait ainsi être réduit davantage.

« Je ne pense pas que [ce changement] se produira très rapidement, il faudra beaucoup de temps et de nombreuses entreprises de production de plastique traditionnel n’abandonneront pas sans se battre », a déclaré M. von Pogrell.

Pas de panacée verte

Même les défenseurs de l'environnement conviennent qu'il faudrait distinguer le bioplastique des biocarburants.

« Des différences sont évidentes : les biocarburants ont clairement été poussés par la politique gouvernementale (objectifs et subventions) sous prétexte de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce n'est pas le cas pour le bioplastique », a constaté M. Blake.

Il a toutefois prévenu que la controverse portant sur les biocarburants pouvait être considérée comme un précurseur du débat sur une « bioéconomie » plus large. À l'instar des biocarburants, on a tendance à considérer le bioplastique comme une « panacée verte » jusqu'au moment où des analyses révèlent les conséquences sur l'utilisation des terres et sur l'agriculture, a-t-il mis en garde.

« Si les terres disponibles ne sont pas assez nombreuses pour les biocarburants, comme l'affirment les Amis de la Terre Europe, il est alors aussi difficile de constater […] s'il existe suffisamment de terres destinées à [la production] de plastique à grande échelle », a affirmé M. Blake.

Le bioplastique soulève en outre ses propres questions, notamment de savoir s'il est entièrement biodégradable et sa probabilité à libérer des toxines nocives dans l'environnement.

« D'autres solutions pour notre appétit insatiable de plastique existent, comme les bouteilles, sacs et emballages réutilisables, ainsi qu'avant tout le recyclage et la consommation réduite », a souligné M. Blake.

Contexte

La stratégie « L’innovation au service d’une croissance durable : une bioéconomie pour l’Europe » de la Commission européenne appelle à une meilleure coordination entre l'UE et les gouvernements nationaux pour :

  • stimuler l'investissement en faveur de la recherche, des nouvelles technologies et des compétences ;
  • augmenter l'efficacité et la compétitivité de l'agriculture, de la production alimentaire, de l'exploitation des forêts et de la pêche ;
  • améliorer la coopération via le processus de prise de décision politique.

Dévoilée le 13 février 2012, cette stratégie mobiliserait des ressources nationales, ainsi que le programme de recherche Horizon 2020 et d'autres projets de l'UE pour sa mise en oeuvre.

En mars 2010, la Commission a annoncé le lancement d'un programme de recherche de 80 millions d'euros pour les bioraffineries, qui contribue à l'initiative « Marchés porteurs : une initiative pour l'Europe ».

La Commission et d'autres partenaires de recherche ont respectivement apporté un financement de 52 et 28 millions d'euros à cette initiative. Elle vise à développer de nouvelles manières de transformer la biomasse en biocarburants de deuxième génération, produits chimiques et autres matériaux.

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