Le « populisme » décrié alors que la Roumanie et la Bulgarie restent aux portes de Schengen

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La présidence polonaise de l'UE a déploré hier (22 septembre) que les Pays-Bas et la Finlande bloquent l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'espace Schengen de libre circulation. Elle affirme que ce refus révèle une crise de confiance dans l'Union et le Parlement européen regrette que ces deux pays soient victime du « populisme ».

Lors d'une réunion des ministres européens de l'intérieur, la Finlande et les Pays-Bas se sont exprimés contre l'adhésion à Schengen des deux plus récents membres de l'UE, qui était prévue pour 2011.

« Se mettre d’accord sur des règles, c'est une chose, encore faut-il les respecter. L'existence d'une importante corruption entrave le respect de ces règles », a déclaré dans un communiqué Paivi Rasanen, le ministre finlandais de l'intérieur.

Les dirigeants de l'UE aborderont sans doute à nouveau cette question au cours d'un sommet en octobre, mais Gerd Leers, le ministre néerlandais de l'intérieur, a affirmé que son pays attendrait la publication du prochain rapport du mécanisme de coopération et de vérification (voir « Contexte ») avant de prendre une nouvelle décision. Ce mécanisme a pour objectif d'évaluer les progrès de la Roumanie et de la Bulgarie en matière d'application du droit et de lutte contre la corruption. Un rapport intermédiaire est prévu pour février 2012.

S'exprimant au nom de la présidence polonaise de l'UE, Jerzy Miller, ministre de l'intérieur lui aussi, a déclaré qu'il regrettait vivement la position des Pays-Bas et de la Finlande.

« J’en tire des conclusions assez tristes sur la confiance mutuelle entre les Etats membres de l'UE », a-t-il déploré. « Nous vivons une époque difficile, difficile aussi pour l'UE. Dans de tels moments, il est nécessaire de se soutenir. Aujourd'hui, certains n'ont pas eu le courage d'affirmer que nous voulions avancer ensemble et non séparément ».

Le ministre polonais a insisté sur le fait que la Bulgarie et la Roumanie avaient rempli toutes les exigences inhérentes à l'adhésion à Schengen, ce qui a d'ailleurs été confirmé par la Commission européenne. Ce n’est pas lié à la question du mécanisme de coopération et de vérification, a-t-il insisté, mais même dans ce domaine, les deux pays ont réalisé « des progrès remarquables dans la lutte contre la corruption et le crime organisé ».

« Enfin, il est important de noter qu'à l'heure actuelle, la Bulgarie et la Roumanie sont pratiquement les garantes des frontières extérieures de l'UE, et elles jouent ce rôle sans y être officiellement obligées », a ajouté M. Miller.

Sans surprise, tous les grands groupes politiques du Parlement européen ont également déploré le veto opposé par les Pays-Bas et la Finlande et certains ont vivement critiqué les gouvernements néerlandais et finlandais, en proie au populisme selon eux (voir « Réactions »). En juin dernier, les eurodéputés avaient en effet voté en masse en faveur de l'adhésion des deux pays à l'espace de libre circulation de l'UE.

Ressentiment à Sofia et Bucarest

En Roumanie, le président Traian Basescu a déclaré qu'il assumait l'entière responsabilité de ce retour en arrière s'agissant de l'adhésion de son pays à Schengen, peut-on lire sur EURACTIV Roumanie.

M. Basescu a affirmé que les Pays-Bas et la Finlande s'étaient comportés de « manière non européenne » et que son pays ne se serait jamais comporté de la sorte. Il a remercié la Pologne pour sa médiation « très intelligente » qui a permis d'éviter un vote et donc un veto. En effet, après que les Néerlandais et les Finlandais ont fait connaître leur position, la présidence polonaise a reporté l'adoption d'une décision plutôt que de procéder au vote.

Tzvetan Tzvetanov, le ministre bulgare de l'intérieur, qui a participé à la réunion ministérielle, a avancé que même la France et l'Allemagne étaient en faveur d'un compromis, dans le cadre duquel les deux pays se verraient d'abord ouvrir les ports et aéroports, en conservant toutefois des restrictions quant aux frontières terrestres.

Il a déclaré que des consultations supplémentaires auraient lieu avant le sommet de l'UE les 17 et 18 octobre et qu'une décision pourrait être prise d'ici là lors d'une réunion ministérielle extraordinaire ou via une procédure écrite.

Des élections présidentielles auront lieu en Bulgarie le 23 octobre. Le principal candidat de l'opposition, Ivailo Kalfin, affirme que la Bulgarie se retrouvera isolée si elle suit la stratégie du ministre des affaires étrangères, Nickolay Mladenov. Ce dernier a déclaré que si l'adhésion de son pays à l'espace sans frontières était rejetée, Sofia opposerait son veto à la réforme de Schengen récemment proposée par la France et l'Italie.

« Ne dénigrons pas les pays qui ne font pas confiance à la Bulgarie, essayons plutôt de les convaincre que notre pays est prêt », a demandé M. Kalfin, cité par Dnevnik, partenaire d'EURACTIV en Bulgarie.

Dans un communiqué officiel, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a déploré le report de l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à Schengen. « Les Bulgares et les Roumains peuvent être fiers de leurs résultats s'agissant du respect des exigences techniques. Au nom du Parlement européen, j'en appelle à l'équité et à la solidarité européenneNous demandons aux Etats membres qui ont bloqué l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen de revoir leur position », a déclaré M. Buzek.

Le dirigeant du Parti populaire européen au Parlement, Joseph Daul, a dénoncé ce qu'il a qualifié d'« attitude populiste » de la part des gouvernements néerlandais et finlandais.

« Alors que la Roumanie et la Bulgarie remplissent toutes les exigences pour leur adhésion à l'espace Schengen, certains Etats, abusant de la règle de l'unanimité, renforcent encore la dérive intergouvernementale de l'Europe », a affirmé M. Daul.

Il a également demandé à la Commission européenne qu'elle « exerce toute son autorité pour remédier à cette situation ».

Le groupe des Verts/ALE au Parlement a vivement critiqué le veto opposé par les Pays-Bas et la Finlande. Judith Sargentini, eurodéputée néerlandaise et porte-parole pour les affaires intérieures, a déclaré : « Il est difficile de considérer ce veto de la Finlande et des Pays-Bas comme autre chose qu'une réaction populiste cynique. La Bulgarie et la Roumanie ont respecté les conditions requises pour leur adhésion à l'espace Schengen, ils n’ont pas ménagé leurs efforts, et il n'y a aucune raison légitime de leur refuser l'entrée dans l'espace de libre circulation ».

L'eurodéputé Claude Moraes, porte-parole pour la justice et les affaires intérieures du groupe des Socialistes & Démocrates, a déclaré dans un communiqué : «  Il est décevant de voir que le droit à la liberté de circulation, acquis légitimement par les citoyens bulgares et roumains, est devenu un sujet de marchandage politique ».

« La liberté de circulation constitue un droit fondamental des citoyens de l’UE. Il devrait être étayé par l’État de droit. Dans cette optique, tout veto contre la liberté de circulation de citoyens de l’UE est un veto contre l'UE », a-t-il ajouté.

L'eurodéputé S&D et rapporteur sur le dossier de l'adhésion à Schengen Ioan Enciu a affirmé : « Cette décision renforce la qualité d'État membre de seconde zone à laquelle on veut reléguer ces deux pays. Elle contribue malheureusement à l’érosion de l’esprit européen de solidarité ».

Lorsque la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l'UE le 1er janvier 2007, des lacunes demeuraient en termes de réformes du système judiciaire et de lutte contre la corruption. Dans le cas de la Bulgarie, la lutte contre le crime organisé posait également problème.

Un mécanisme de coopération et de vérification a été mis en place dès leur adhésion pour aider les deux pays à se conformer aux normes européennes. En septembre 2010, les ministres des affaires européennes ont décidé de prolonger le contrôle de Bruxelles sur la Roumanie et la Bulgarie.

Sofia et Bucarest devaient normalement entrer dans l'espace de libre circulation en mars 2011, mais leur adhésion a été reportée. Les deux pays ont essuyé un nouveau revers en juin dernier lorsque les ministres de l'UE ont décidé de reporter leur adhésion au 22 septembre.

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