Le troc UE-Iran en place pour contrer les sanctions américaines

epa07334158 Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (à gauche), le ministre britannique des Affaires étrangères et des Affaires étrangères, Jeremy Hunt (C), et le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas (à droite), ont annoncé dans une déclaration commune aux médias que l'UE ouvre une nouvelle voie pour le commerce humanitaire avec l'Iran, le mécanisme proposé étant la première étape concrète par l'UE pour contrer la décision unilatérale de Trump de se retirer du dossier nucléaire au terme du premier jour de la réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères - Gymnich, qui se tiendra le 31 janvier 2019, à la Banque nationale de Roumanie, à Bucarest. [EPA-EFE/ROBERT GHEMENT]

Paris, Berlin et Londres ont annoncé la création d’un mécanisme de troc pour permettre aux entreprises européenne de commercer avec l’Iran malgré les sanctions américaines.

« C’est un geste politique important », a soutenu le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, lors d’un point de presse avec ses homologues allemand et britannique, Heiko Maas et Jeremy Hunt, en marge d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Bucarest.

Parrains de cette entité, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont les trois signataires européens de l’accord nucléaire conclu avec Téhéran en 2015 à Vienne. Les trois autres parties sont la Chine, la Russie et, jusqu’à leur retrait, les États-Unis.

Baptisée Instex (Instrument in Support of Trade Exchanges), elle sera basée à Paris, dirigée par un banquier allemand, Per Fischer, et lancée avec un capital initial de 3 000 euros fourni par les trois pays. Ce montant est appelé à augmenter rapidement pour être porté à 100 000 euros puis à un million d’euros, a expliqué à l’AFP un diplomate impliqué dans les négociations.

Le système est une création intergouvernementale mais elle sera endossée par l’UE dans le cadre d’un texte de conclusions sur l’Iran approuvé mercredi par les représentants des 28 à Bruxelles.

Le mécanisme n’est pas encore complètement opérationnel et « il marchera si l’Iran établit de son côté une structure identique, miroir, ce qui reste pour l’instant à faire », a indiqué une source européenne.

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« Engagement constructif »

À Téhéran, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a salué dans un tweet la création d’Instex, « une première étape attendue depuis longtemps » après « la réimposition illégale de sanctions par les États-Unis ».

« Nous restons prêts pour un engagement constructif avec l’Europe sur un pied d’égalité et avec un respect mutuel », a assuré le ministre, qui a joué un rôle majeur dans la signature de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

Les Européens veulent que l’Iran continue de respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord du 14 juillet 2015, notamment de cesser le programme lui permettant de se doter de l’arme nucléaire malgré la décision des États-Unis de se retirer et d’imposer de nouvelles sanctions économiques à la république islamique.

Ils se sont engagés à trouver une solution pour permettre à l’Iran de continuer à commercer et notamment vendre son pétrole.

« L’Instex va permettre à l’UE de poursuivre un commerce licite avec l’Iran dans les domaines de la santé et de l’agroalimentaire », a expliqué Jean-Yves Le Drian.

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Pas de flux financiers

Le mécanisme est complexe. Il y a deux transactions à chaque fois entre un exportateur iranien qui vend à une firme européenne et un exportateur européen qui vend à l’Iran.

Les flux financiers se feront entre l’importateur et l’exportateur européens et entre l’importateur et l’exportateur iraniens.

Aucun transfert d’argent ne sera donc réalisé entre l’Iran et les pays européens et aucun flux financier ne sera enregistré entre l’Iran et l’Europe. Les banques du pays de l’importateur et de l’exportateur européens échangeront de l’argent et la même opération sera effectuée en Iran.

« Cela fonctionne comme une chambre de compensation, c’est un système sophistiqué de troc », a-t-on précisé.

La Belgique s’est dite prête à utiliser cette entité « parce que nous soutenons la logique de l’accord nucléaire. On veut vraiment sa mise en œuvre », a annoncé le chef de la diplomatie belge Didier Reynders.

« En bout de course, ce sont les entreprises qui décideront si elles veulent ou non continuer à travailler en Iran en connaissant les risques des sanctions américaines », a-t-il souligné.

Washington a déjà mis en garde les Européens contre les conséquences de leur décision de contourner ses sanctions contre l’Iran.

Ces sanctions s’apparentent à un chantage contre les pays tiers qui commercent actuellement avec l’Iran : les entreprises européennes ou asiatiques se verront interdites de marché américain si elles continuent d’importer du pétrole iranien, ou d’échanger avec des banques iraniennes ciblées par Washington. Beaucoup devraient choisir les États-Unis, ou l’ont déjà fait.

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