Les eurodéputés veulent distinguer les biocarburants européens des autres

Les Européens estiment que les biocarburants issus de cultures vivrières, comme le bioéthanol, privent les plus pauvres de nourriture, selon la Commission.

La commission agriculture du Parlement européen a voté plusieurs amendements au projet de directive sur les énergies renouvelables. Soutenus par le PPE et les agriculteurs, contestés par certains sociaux démocrates, ces amendements visent à introduire la notion de « biocarburants durables »  dans la directive.

« La Commission européenne ne fait le distinguo qu’entre les biocarburants de première ou de seconde génération. Elle a tort ! » estime Angélique Delahaye, députée PPE au parlement européen et membre suppléante de la commission Agri.

Les eurodéputés fustigent le changement de cap sur les biocarburants

Le revirement  « scientifiquement non fondé » de la Commission sur les biocarburants aura un impact significatif sur le secteur agricole et risque d’accroître les importations d’aliments pour animaux à base d’OGM, préviennent les eurodéputés.

Lutter contre la déforestation

L’exécutif européen tente de réduire la part des biocarburants de première génération issus de l’agriculture dans le secteur des transports pour des raisons environnementales. La culture d’huile de palme, parfois utilisée pour le biodiesel, contribue à la déforestation, particulièrement en Indonésie et en Malaisie. Or 46% de l’huile de palme importée dans l’UE est aujourd’hui utilisée pour la production de biocarburants et requiert l’utilisation de près d’un million d’hectares de sols tropicaux. Le recours à l’huile de palme pour faire rouler les voitures européennes est donc controversé. Le biodiesel à base d’huile de palme représentait en 2015 32% du total de biodiesel consommé dans le monde, la majorité étant produite à base d’huile de colza. Le biodiesel représente 80% du marché européen des agrocarburants, alors qu’au niveau mondial l’éthanol est le biocarburant le plus répandu.

La proposition de la Commission vise à promouvoir les autres formes de biocarburants à faible émission dits de « deuxième génération ». L’objectif affiché est d’atteindre une part minimum de 6.8% pour ces types de carburants dans le secteur des transports, toujours à l’horizon 2030.

Le biodiesel français s'inquiète de pertes de débouchés

Examinée en ce moment au Parlement européen, la proposition de directive sur les énergies renouvelables (RED II) crée la controverse. Limiter le taux de biocarburants n’est pas la solution, selon la filière biodiesel ; mais le statu quo non plus, selon les ONG.

Reconnaître les « biocarburants durables »

Selon l’élue PPE, « il est plus pertinent de se placer dans une logique d’économie circulaire ». Angélique Delahaye milite en faveur de ce qu’elle appelle des « biocarburants durables » : « il s’agit de sortir de l’opposition entre culture destinée à l’alimentation et culture dédiée aux biocarburants » affirme-t-elle, alors que les biocarburants sont accusés de coloniser les terres agricoles. Angélique Delahaye rappelle à Euractiv que « les biocarburants peuvent être des coproduits de la production agroalimentaire ». Il s’agirait de recycler les déchets ou le surplus de production agroalimentaire afin de le raffiner. L’argument avancé par le groupe PPE vise à concilier défense de l’environnement et production agricole, en sortant du dualisme 1ere et 2e génération et en encourageant la production « durable » sur le sol européen.

Une thèse qui ne fait pas l’unanimité au parlement. Lors de la session de vote en commission agriculture, les débats se sont ainsi cristallisés sur l’huile de palme. Les députés sociaux démocrates regrettent qu’ « alors qu’il avait été convenu […] de retirer les effluents d’huile de palme [des] biocarburants avancés, le Parti Populaire Européen l’a remis sur la table à la dernière minute » et de pointer que « le PPE fait une fois de plus le choix de l’agrobusiness plutôt que celui de la protection de l’environnement ».

 

Les investisseurs critiquent la politique de l’UE en matière de biocarburants

La politique instable de la Commission sur les biocarburants a créé de l’incertitude chez les investisseurs et a miné le marché, estiment des associations d’agriculteurs.

« Tout ce qui sera produit en Europe ne sera pas importé » prévient la députée qui assume défendre les intérêts des agriculteurs français : « je suis avant tout une députée française et la commission Agri est leur dernière chance de faire entendre leur voix ».

Convaincre la commission environnement

Les amendements visant à faire échapper la production de biocarburants « durables » aux réductions prévues par Bruxelles ont été votés par la commission parlementaire, à 26 voix pour et 17 contre. Il n’est pas certain qu’ils survivent au processus législatif. La commission agriculture ne se prononce sur le projet de directive qu’à titre consultatif et le texte amendé doit être soumis aux commissions environnement et industrie avant le vote en assemblée plénière, vraisemblablement prévu au mois de décembre.