Les Européens achètent de plus en plus d’avions de chasse américains

Un avion de chasse F-16 polonais de la 31e base aérienne tactique de Krzesiny vole dans l'espace aérien près de Powidz, en Pologne, le 18 septembre 2018. [EPA-EFE/JAKUB KACZMARCZYK POLAND OUT]

La Slovaquie, la Roumanie, et bientôt la Bulgarie et la Croatie : les avions de chasse américains séduisent toute l’Europe.

Pour les armées européennes, voler non américain se fait rare. Seuls six pays n’ont pas équipé leur flotte aérienne de chasse avec du matériel américain. La Suède et la France s’équipent uniquement en national (respectivement le Gripen et le Rafale), et l’Allemagne avec du matériel européen certes (Eurofigther), mais fabriqué sur son sol. Tandis que l’Autriche, la République tchèque et la Hongrie se sont équipées, le premier, en Eurofighter, les deux autres, en Gripen suédois.

Un équipement made in US ou panaché

Plusieurs pays, notamment dans le sud de l’Europe (Espagne, Grèce, Italie) ont choisi de panacher, prenant un produit européen (Eurofighter ou Mirage) et un produit américain (F-16 ou/et F-35). Un exemple suivi par le Royaume-Uni. Bien que fervente défenseure du lien transatlantique, la Royal Air Force équilibre ses achats entre le made in USA (F-35) et le made in Europa (l’Eurofighter renommé Typhoon outre-Manche). Un pragmatisme qui a un fondement très industriel. Une partie de ces avions sont fabriqués dans les usines britanniques.

Les pays d’Europe centrale ou orientale, proches de la Russie sont plus monogames. Sauf les trois exceptions mentionnées (Autriche, Hongrie, Tchéquie), ils s’équipent exclusivement en matériel américain, en général avec des avions F-16 (Lockheed Martin). Il en est de même des pays du nord de l’Europe (Norvège, Danemark, Pays-Bas, Belgique) tous équipés en matériel américain.

La tendance ne s’inverse pas

Aucun signe ne montre une inversion de tendance. Au contraire ! Les derniers pays qui viennent de s’équiper (Belgique, Roumanie, Slovaquie) l’ont fait avec du matériel américain. Et les Bulgares et Croates s’apprêtent à suivre ce chemin. Tandis que les Grecs qui vont devoir renouveler leur flotte se tâtent pour déterminer leur choix, qui sera largement guidé par le poids économique de l’investissement. Même les Suisses, équipés actuellement de F-18 de chez Boeing,, se demandent s’ils ne vont pas reprendre américain à nouveau.

Cette prééminence américaine pose un défi à l’industrie européenne, et à la velléité d’autonomie stratégique et industrielle des « 27 ».

L’équipement en avion de chasse est, en effet, un investissement lourd. Le renouvellement n’intervient que tous les 20 ans en cas d’achat d’occasion, et à 40 ans en cas d’achat en neuf.

Autant dire que les acquisitions prévues aujourd’hui vont réduire d’autant les capacités de l’industrie européenne jusqu’à 2060 minimum ! D’autant que l’arrivée de l’avion américain de nouvelle génération F-35 dans la flotte de plusieurs États (Belgique, Danemark, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni) risque de « siphonner » durablement les budgets de ces pays. Le futur avion franco-allemand-espagnol prévu pour 2035-2040 risque d’avoir un marché « bouché » et réduit à l’espace de ses pays constructeurs.

Avec la Finlande, 10 pays rejoignent l'initiative européenne d'intervention militaire

Réunis mercredi à Paris, les neuf ministres de la défense des pays membres de l’Initiative européenne d’intervention (IEI) ont entériné l’adhésion de la Finlande. L’objectif du groupe est de promouvoir l’autonomie militaire de l’Europe.

Cette inconséquence européenne est troublante. Mais plutôt que d’accuser les États-Unis d’interventionnisme industriel, les Européens devraient se regarder dans le miroir. L’industrie aéronautique européenne est aujourd’hui éclatée entre trois constructeurs (Airbus, Dassault, Saab). Ce qui l’empêche d’avoir un modèle unique et donc de faire des économies d’échelle. Elle ne dispose pas d’une offre de « second choix », les fameux F-16 d’occasion, qui permet de s’équiper à moindre coût. Et les pays européens sont incapables de proposer une offre complète, politique, économique, académique et opérationnelle, comme le font les Américains. Offre qui va de l’accueil des stagiaires officiers dans les écoles militaires aux facilités financières pour l’équipement, à la présence militaire, parfois permanente, dans le pays, à titre de réassurance politique.

Or, acheter un avion de chasse est une décision éminemment stratégique. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir un véhicule aérien avec des capacités. On achète une « assurance-vie » et une protection militaire. Et on assure ainsi à cet allié un « retour » sur l’investissement politique et militaire. On bénéficie d’une culture stratégique et d’un réseau académique puissant. Tant que les Européens ne pourront offrir l’équivalent, l’avion de chasse, made in US, a de beaux jours devant lui.

F-16 : un marchandage commercial non conforme à une vision stratégique européenne

Le programme belge d’achat de F-16 fait débat, notamment en raison du manque de transparence et de surcoûts démesurés selon ses opposants. Et aussi d’absence de vision stratégique européenne.

 

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