Les géants chinois de l’énergie vont faire du shopping en Europe

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Les riches entreprises publiques chinoises s'apprêtent à faire des folies à l'étranger et à remporter des marchés sans que presque aucune opposition politique ne se fasse sentir alors que l'Europe tente de réduire sa dette.

Un quart de l'opérateur du réseau énergétique portugais, REN, sera vendu à l'entreprise chinoise State Grid Corporation pour 387 millions d'euros, dans le cadre d'une vague de privatisations à laquelle Lisbonne doit se prêter suite à son renflouement de 78 milliards d'euros accordé par l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

Mercredi (8 février), State Grid News, l'organe de publication officiel de l'entreprise chinoise, a déclaré que la nécessité pour les économies en difficulté de vendre des biens publics « créait des opportunités » pour la Chine et que cet accord serait un tremplin pour son entrée sur d'autres marchés.

State Grid n'est pas la première a tirer avantage des problèmes de l'Europe et elle ne devrait pas être la dernière.

China Three Gorges Project Corp, l'opérateur en charge du plus grand projet hydroélectrique au monde, a également décidé en décembre dernier d'acheter 21 % des parts de la société Energias de Portugal (EDP) pour 2,7 milliards d'euros.

« Ces initiatives correspondent à la stratégie d'internationalisation du gouvernement qui veut que les entreprises publiques s'aventurent à l'étranger », a déclaré un haut responsable du secteur énergétique à Reuters, sous le couvert de l'anonymat pour éviter toute répercussion.

« Par le passé, de telles opportunités n'existaient pas. Les entreprises énergétiques chinoises ne faisaient que construire des centrales électriques à l'étranger. Aujourd'hui, nous investissons, nous fournissons de l'équipement et nous les aidons à fonctionner. Le timing est bon », a-t-il expliqué.

Un membre de la State Grid a déclaré qu'il était trop tôt pour savoir si la crise de la dette en Europe donnerait lieu à la conclusion de plus d'accords en ce sens.

« La situation économique change de mois en mois et tout dépendra des opportunités qui seront offertes », a-t-il déclaré à Reuters.

Ken Su, partenaire chez PricewaterhouseCoopers à Beijing, a toutefois affirmé que la crise pourrait aider les entreprises énergétiques chinoises à acquérir des actifs étrangers et que cette tendance devrait se confirmer dans les deux années à venir.

« En 2006-07, l'activité s'est intensifiée dans le secteur de l'énergie. Une grande partie des accords n'ont pas encore été conclus et il faut en général beaucoup de temps pour les négociations. Quelques contrats ont été signés, et ce sans doute en raison des conditions économiques qui contribuent à la conclusion de ces accords », a-t-il expliqué.

L'incursion chinoise dans le secteur énergétique à l'étranger a débuté en 2009, lors que les Philippines ont vendu une licence de 25 ans à un consortium dirigé par China State Grid pour gérer leur réseau énergétique. Avec 3,95 milliards de dollars (2,98 milliards d'euros), il s'agit de l'accord de privatisation le plus important jamais conclu en Asie du Sud-est.

State Grid, la plus grande entreprise d'approvisionnement en électricité en Chine, a déjà acheté sept opérateurs de réseau au Brésil pour 1,7 milliard de dollars (1,28 milliard d'euros).

Le directeur de Three Gorges, Cao Guangjing, a affirmé que son entreprise souhaitait coopérer avec EDP en Europe de l'Est et en Amérique du Sud. Three Gorges dispose d'une douzaine de filiales, y compris la filiale China Yangtze Power Co Ltd cotée en bourse.

Acheter des actifs tangibles au lieu d'acheter des obligations européennes ou américaines

La promesse de financement a permis à ces riches entreprises chinoises de pénétrer plus facilement sur le marché. La China Three Gorges a promis d'allouer jusqu'à 8 milliards d'euros aux banques et autres entreprises portugaises.

« Elles ont les capacités financières et elles ont soit des bilans solides, soit accès à des prêteurs chinois, ce qui pourra contribuer au développement des projets. Beaucoup de transactions présentent un élément lié au financement », a expliqué M. Su de PwC.

Ces dernières années, la Chine, une nation avide de ressources, a investi en masse dans le secteur minier et pétrolier de l'Amérique latine à l'Australie, mais ça ne s'est pas toujours très bien passé.

Le groupe chinois CNOOC avait fait une offre pour le rachat de la compagnie pétrolière californienne Unocal, mais il a dû abandonner en 2005 suite à une vive opposition politique. Un accord entre le producteur de minerai de fer Rio Tinto et Chinalco a également été annulé en 2009.

Mais peu de gens s'opposent à la reprise de sociétés étrangères par des entreprises énergétiques chinoises.

« Quand ça se passe bien, les gouvernements locaux et la population accueillent favorablement les investisseurs chinois », a expliqué M. Su.

« Je ne pense pas qu'il y ait un ressentiment généralisé, si ce n'est l'attention constante des médias sur les initiatives chinoises et la manière dont la Chine rachète tout. »

Cet acteur du secteur de l'énergie a nié l'existence de motifs inavoués, affirmant que ces rachats étaient purement axés sur le profit.

« Notre marché national est limité », a-t-il déclaré. « Les entreprises [étrangères] sont rentables. Il n'est pas nécessaire d'augmenter les prix de l'électricité. Nous ne pouvons pas monopoliser la génération et la transmission d'énergie, car les régulateurs locaux auront toujours leur mot à dire sur les augmentations des prix. »

Pour la Chine, acheter des actifs tangibles est plus intéressant que d'acheter de la dette européenne ou américaine.

« Nous préférons acheter des actifs [tangibles] plutôt que des obligations européennes ou américaines », a déclaré une source proche du pouvoir chinois, également sous le couvert de l'anonymat.

L'incursion de State Grid à l'étranger pourrait également calmer la controverse en Chine. Cette entreprise publique tentaculaire a été vivement critiquée pour avoir méprisé les régulateurs et encaissé d'énormes bénéfices au mépris des systèmes publics chinois. Elle a même été mise en cause pour les pénuries d'énergie de l'an dernier.

State Grid, qui gère les réseaux de transmission et de distribution d'énergie dans 26 des 31 provinces chinoises, vise à générer 62 milliards de yuans (7,4 milliards d'euros) de bénéfices bruts en 2012, une progression de 16 %, selon le China Securities Journal.

Elle prévoit d'accroître ses investissements dans les réseaux énergétiques chinois à 2 500 milliards de yuans (305,6 milliards d'euros) dans le cadre d'un plan sur cinq ans, une augmentation de 68 % par rapport à la période précédente, toujours selon le China Securities Journal.

 

La crise de la dette européenne offre à la Chine l'opportunité de « racheter l'Europe » via des achats d'obligations et des investissements stratégiques tout en exploitant les divisions internes qui résultent de la crise économique et financière.

Un rapport publié en 2011 par le European Council on Foreign Relations, un groupe de réflexion britannique, mentionne que le manque de cohésion européenne a poussé la Chine à traiter de manière bilatérale avec des Etats membres pour tirer profit de leurs divisions.

Ce groupe de réflexion affirme que plus de la moitié des investissements chinois en Europe depuis début 2008 (44 milliards d'euros) ont eu lieu depuis octobre 2010. Ce chiffre ne cessera de croître, dans la mesure où les investissements directs de la Chine devraient tripler à 1000 milliards de dollars (754 milliards d'euros) d'ici 2020.

  • 14 février : sommet UE-Chine à Beijing.

 

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