Les partenaires commerciaux des États-Unis vent debout contre les taxes sur l’acier

epa06476043 US President Donald J. Trump adresses a plenary session during the 48th Annual Meeting of the World Economic Forum (WEF) in Davos, Switzerland, 26 January 2018. The meeting brings together entrepreneurs, scientists, chief executive and political leaders in Davos from 23 to 26 January. EPA-EFE/LAURENT GILLIERON

Les principaux partenaires économiques des États-Unis, la Chine et le Japon en tête, critiquaient vendredi l’imposition par Donald Trump de taxes sur les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis, pointant les risques d’une guerre commerciale.

La Chine, deuxième économie mondiale, a exprimé sa « ferme opposition » à ces droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium, le ministère chinois du Commerce dénonçant une « attaque délibérée du système commercial multilatéral ».

Au Japon, important allié des États-Unis en Asie, le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, a lui prévenu que cette mesure pourrait menacer l’ensemble de l’économie mondiale et que Tokyo demanderait aux États-Unis de ne pas lui appliquer l’accord.

Un peu plus tôt, le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Kano a assuré que son pays prendrait « les mesures appropriées après avoir étudié avec attention les conséquences sur l’économie japonaise ».

L’UE cherche des alliés pour contrecarrer les taxes américaines sur l’acier

L’UE est en contact avec d’autres pays pour apporter une réponse coordonnée à la décision de Donald Trump d’imposer des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium.

Répondre à une « agression »

Après plusieurs jours d’intenses spéculations, le président américain a signé jeudi, depuis la Maison-Blanche, les deux documents controversés qui marquent un net virage protectionniste, 13 mois après son arrivée au pouvoir.

« Je tiens une promesse que j’ai faite en campagne », a lancé M. Trump, assurant que les États-Unis avaient, pendant des décennies, été victimes de pratiques commerciales qu’il a assimilées à une « agression ».

Il a notamment régulièrement pointé du doigt l’Allemagne sur la question des échanges, mais aussi de ses dépenses en matière de défense au sein de l’OTAN.

Les taxes sur l’acier et l’aluminium entreront en vigueur dans 15 jours, mais ne s’appliqueront pas « pour le moment » au Canada, premier partenaire commercial et premier fournisseur d’acier et d’aluminium des États-Unis, ni au Mexique.

Le sort qui sera réservé à ces deux pays frontaliers des États-Unis sur le moyen terme dépendra en particulier de l’issue des négociations en cours sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Ottawa a pourtant affirmé qu’il les considérait comme « deux sujets séparés ».

Exemptions négociables

La Maison-Blanche a précisé que tous les pays concernés pourraient négocier, eux aussi, une éventuelle exemption. « Nous allons faire preuve de beaucoup de flexibilité », a assuré M. Trump, en présence d’une dizaine de travailleurs du secteur, casque à la main.

Rappelant que l’Union européenne est un « allié proche » des États-Unis, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a estimé jeudi que l’Union « devrait être exemptée » de ces taxes douanières. « Je vais demander plus de clarté sur cette question dans les jours à venir », a-t-elle écrit sur Twitter.

Les Européens exportent environ 5 milliards d’euros d’acier et 1 milliard d’euros d’aluminium chaque année vers les États-Unis.

L’UE a déjà préparé une riposte : une liste de produits américains pourraient être taxés, dont le fameux beurre de cacahuète, pour compenser en valeur le dommage causé à l’industrie européenne.

Beurre de cacahuète et jus d'orange américains dans le viseur de l'UE

Bruxelles menace de s’en prendre au beurre de cacahuète, au jus d’orange ou au bourbon, le whiskey américain, si Donald Trump persiste à s’engager dans une guerre commerciale.

 

La France a dit « regretter » la décision de M. Trump et Londres a estimé qu’il agissait de la « mauvaise manière ».

Le Brésil, deuxième fournisseur d’acier des États-Unis, a fait pour sa part savoir qu’il comptait « protéger ses intérêts ».

Fronde d’élus républicains

L’annonce de ces droits de douane a suscité une véritable fronde au sein même du camp républicain où nombre d’élus réfutent l’avis du magnat de l’immobilier selon lequel les guerres commerciales sont « bonnes et faciles à gagner ».

Son principal conseiller économique, Gary Cohn, a démissionné mardi en raison de son opposition à de telles mesures.

Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a clairement marqué sa désapprobation, redoutant des « conséquences imprévues » tandis que le sénateur républicain, Jeff Flake, a annoncé le dépôt prochainement d’une proposition de loi visant à annuler ces taxes.

Donald Trump s’est appuyé sur une procédure rarement invoquée de la législation commerciale américaine : l’article 232 qui repose sur des arguments liés à la défense nationale pour limiter l’importation de produits et de biens aux États-Unis, et a notamment été utilisé dans les années 1970 lors de la crise pétrolière et plus récemment au début des années 2000 également pour l’acier.

Cette décision intervient le jour même où onze pays des deux rives du Pacifique ont ressuscité, au Chili, l’accord de libre-échange transpacifique (TPP), donné pour mort il y a un an après le retrait des États-Unis.

Vendredi, les marchés asiatiques évoluaient dans le vert, malgré cette décision, compensée dans la région par l’annonce d’une prochaine rencontre entre Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong Un.

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