Malgré les sanctions, l’économie russe affiche une balance courante positive record au premier trimestre 2022

Selon les chiffres de la Banque centrale de Russie, le pays a exporté des biens et services pour un montant de 58,2 milliards de dollars de plus que la valeur de ses importations, dépassant ainsi plus de deux fois et demie l’excédent des comptes courants de Moscou au premier trimestre 2021. [Sergei Ilnitsky (EPA-EFE)]

Les prix élevés de l’énergie et la poursuite des achats de gaz et de pétrole russes au premier trimestre 2022 ont permis à la Russie d’afficher l’excédent de sa balance courante le plus élevé de son histoire récente, ce qui témoigne de l’effet limité des sanctions de l’Union européenne contre le pays.

Selon les chiffres de la Banque centrale de Russie, le pays a exporté des biens et services pour un montant de 58,2 milliards de dollars de plus que la valeur de ses importations, dépassant ainsi plus de deux fois et demie l’excédent des comptes courants de Moscou au premier trimestre 2021.

Au cours des 12 derniers mois, l’excédent de la balance courante russe a atteint 157,8 milliards de dollars. Il s’agit d’un excédent de la balance courante plus élevé que celui de toute année précédente, selon les données de la Banque mondiale.

L’excédent de la balance courante semble être favorisé par le maintien des prix élevés du gaz et du pétrole, ce qui permet à la Russie de réclamer un prix plus élevé pour ses propres exportations de combustibles fossiles qu’un certain nombre d’États membres de l’UE continue d’acheter.

Alors que les États-Unis ont interdit les importations d’énergie russe, l’UE n’a pas imposé de restrictions à l’achat d’énergie russe à court terme, car certains États membres sont très dépendants des combustibles fossiles russes.

L’UE prévoit d’éliminer progressivement les importations de charbon russe d’ici quatre mois, mais le charbon russe ne représente qu’environ 4 % de la valeur des importations de gaz et de pétrole russes de l’UE.

Lors d’une réunion lundi 11 avril, les ministres des Affaires étrangères des États membres de l’UE ont discuté d’un embargo sur le pétrole, mais ne se sont pas encore mis d’accord sur la question.

« Nous ne voulons pas imposer des sanctions qui nuisent davantage à l’UE qu’à la Russie », ont répondu à plusieurs reprises les responsables de l’UE lorsqu’on leur a demandé pourquoi l’Europe hésitait à prendre de nouvelles sanctions.

Si les livraisons d’énergie russe sont importantes pour de nombreux États membres, elles constituent également le levier le plus important dont dispose l’UE sur l’économie russe, comme le montrent les chiffres ci-dessous.

Données de Eurostat. Graphique réalisé par Esther Snippe.

La poursuite des achats d’énergie russe soutient également le rouble russe. Après que les États-Unis et l’UE ont sanctionné la Banque centrale de Russie le 28 février dernier, la monnaie nationale a d’abord plongé sur les marchés des changes.

Toutefois, les contrôles des capitaux imposés par la Banque centrale ainsi que l’afflux régulier de devises étrangères dû aux exportations d’énergie ont permis au rouble de retrouver des niveaux proches de ceux d’avant le début de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février.

« Le rouble se renforce en raison de l’afflux exceptionnellement élevé de devises étrangères découlant des ventes d’énergie, des contrôles stricts des capitaux sur la convertibilité du rouble et de la faible liquidité du marché », a écrit l’économiste en chef adjointe de l’Institut de finance internationale (IFI), Elina Ribakova, dans une récente analyse.

Bien que le taux de change ne soit pas fixé par le marché libre, la stabilité du rouble n’en était pas moins « réelle », car elle était « alimentée par les flux entrants de la balance courante de la Russie qui n’ont jamais été aussi élevés », a-t-elle affirmé.

En outre, Mme Ribakova a souligné que les sanctions devraient être adaptées au fil du temps pour pouvoir continuer à pénaliser l’économie russe.

L’évolution du taux de change RUB/EUR au cours des six derniers mois. Les valeurs sur l’axe des ordonnées sont exprimées en 100 RUB.

Tout ajustement susceptible de nuire gravement à l’économie russe devrait porter sur la capacité de l’État russe à se financer grâce aux exportations d’énergie.

La semaine dernière, le Parlement européen a approuvé à une large majorité une motion visant à interdire les importations d’énergie russe.

« Notre dépendance énergétique, notre argent, permet de tuer des Ukrainiens », a affirmé l’eurodéputé libéral Luis Garicano, en plaidant pour l’interdiction des importations d’énergie russe. « N’est-il pas clair que notre gaz est teinté de sang et que les coupables ce sont nous, nous qui finançons ce monstre  ? », a-t-il poursuivi.

Toutefois, le Parlement n’a pas le pouvoir de décider officiellement d’une telle interdiction d’importation, qui devrait être approuvée par les États membres de l’Union.

La Commission européenne, quant à elle, maintient que les sanctions de l’UE sont efficaces.

« Les sanctions de l’UE paralysent la capacité du Kremlin à financer la guerre », a expliqué un porte-parole de l’exécutif européen à EURACTIV dans des commentaires envoyés par courriel. « Nous continuons à travailler sur de nouvelles sanctions », a-t-il également ajouté.

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