Malmström : « mon successeur a du pain sur la planche »

Donald Trump et Cecilia Malmström [European Commission]

« Mon successeur a du pain sur la planche», a prédit la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, pointant du doigt les relations avec les États-Unis et la Chine dans la « très longue liste » de défis que devra affronter la personne qui héritera de son portefeuille dans six semaines. Un article d’Euroefe.

L’incertitude autour du Brexit dont « personne ne sait comment il se terminera », la mise en cause du système multilatéral et les sérieux doutes concernant le futur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) figurent en bonne place parmi les casse-têtes les plus importants que devra gérer le remplaçant de Cecila Malmström.

Un inventaire de défis égrené par l’actuelle commissaire au commerce au cours d’une interview accordée à Efe à l’occasion de sa visite à Madrid le 10 septembre pour prendre part, entre autres, à un « dialogue citoyen » et au Forum de la Nouvelle Économie.

« En matière de commerce, nous vivons des temps difficiles. Avec le protectionnisme, l’absence d’alignement des institutions internationales, la très préoccupante situation de l’OMC ou la volonté de l’administration américaine d’instaurer des taxes douanières partout et contre tous. Le défi est de taille », a-t-elle souligné.

Pour Cecilia Malmström, il est « très difficile de comprendre » la stratégie du président américain, Donald Trump, qui gouverne à coup de rafales de tweets, en grande partie liés au commerce et à la politique monétaire, menace d’imposer ou impose des taxes douanières et mène depuis mars 2018 une guerre commerciale contre la Chine.

« L’imprévisibilité est grande. C’est quelque chose que nous peinons à comprendre, car les guerres commerciales n’ont jamais été bonnes pour personne et en ce monde très conflictuel où les facteurs d’incertitude sont déjà nombreux, il serait nettement préférable de travailler avec les Américains, car nous partageons nombre de leurs critiques à l’égard de la Chine » a déploré la commissaire suédoise.

Le conflit autour des taxes douanières entre les deux principales économies mondiales, la Chine et les États-Unis, ainsi que les doutes autour du Brexit en Europe, sont les principaux facteurs du ralentissement du commerce international, qui affichera une croissance annuelle de 2,6 % en 2019 – contre 3 % en 2018 – selon les dernières prévisions de l’OMC.

Cette stratégie de tension commerciale appliquée à la Chine, Donald Trump l’impose également à l’Union européenne. Elle s’est mise en place avec l’instauration de taxes douanières sur l’acier et l’aluminium européens, s’est légèrement assouplie en juillet 2018 lorsque l’UE a augmenté ses importations de soja et de gaz liquide américain. Elle a repris de la vigueur récemment avec de nouvelles menaces contre les véhicules européens et le vin français.

L’UE tente d'esquiver les taxes américaines sur le vin français

L’UE ripostera avec de nouveaux droits de douane contre les produits américains si Donald Trump décide d’imposer des taxes sur le vin français, a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, en amont du G7.

« C’est ridicule, il n’arrête jamais. Nous aussi nous pouvons leur imposer de nombreuses taxes douanières. Nous l’avons fait, à notre grand regret, en réponse aux taxes sur l’acier et l’aluminium et en respectant le règlement de l’OMC », a rappelé Cecilia Malmström.

« Cela ne nous plaît pas », a souligné la commissaire, « car tout le monde souffre, et bien que nous soyons en désaccord avec les Américains sur certains sujets, nous sommes néanmoins des amis. Les relations transatlantiques sont très anciennes. Travailler ensemble serait nettement préférable, c’est une situation difficile. Nous causons du tort aux entreprises européennes et américaines. »

La guerre commerciale commence à affecter la croissance européenne

La Commission européenne a revu à la baisse de 0,2 % ses prévisions de croissance pour cette année par rapport à ses prévisions d’il y a trois mois. En cause, une production plus faible que prévu, et des risques externes, comme la guerre commerciale, en hausse.

 

Une attaque « inquiétante » contre la PAC

C’est notamment le cas du secteur des olives de table espagnoles, fortement touché par l’augmentation des droits de douane américains. Une situation dénoncée par l’UE devant l’OMC et qui cache une « inquiétante » offensive de Washington contre la politique agricole commune, estime la commissaire.

Le sort de cette plainte est aussi incertain que celui de l’OMC qui, à l’aube de son 25e anniversaire, risque de voir son organe d’appel paralysé à la fin de l’année en raison du blocage systématique de toute nouvelle nomination pratiqué depuis 2017 par les États-Unis. Les juges étaient au nombre de sept. Il n’en reste que trois et deux d’entre eux terminent leur mandat en décembre.

« Les problèmes s’accumulent et sans organe d’appel, il sera très difficile de les résoudre. L’OMC ne va pas disparaître, car elle compte 164 pays membres dont la majorité souhaite qu‘elle survive, mais la situation n’en est pas moins très préoccupante », a souligné Cecilia Malmstrom.

Selon la commissaire, il n’y a qu’une seule issue pour faire face à tant d’incertitude : « ouvrir davantage de marchés » pour générer du commerce, de la richesse et de l’emploi.

C’est la tâche à laquelle elle s’est attelée au cours des cinq dernières années en tant que responsable du commerce au sein de la Commission présidée par Jean-Claude Junker, parvenant à obtenir des accords d’une importance majeure, comme ceux conclus avec le Canada, le Japon ou le Mercosur. À propos de ce dernier, elle assure que « s’il y a un pays européen qui est gagnant, c’est bien l’Espagne ».

Fort heureusement, les pays européens agissent « de concert » dernièrement, affichant une « harmonie relative » en termes de commerce, note la commissaire. Ils collaborent également avec d’autres États tels que le Mexique, l’Argentine, le Canada, le Japon, la Corée du Sud ou la Nouvelle-Zélande, partageant « l’idée que le multilatéralisme est positif, qu’il vaut la peine d’être conservé, renforcé et modernisé ».

Ces pays, conclut Cecila Malmström, « regardent vers l’Europe et nous avons la responsabilité d’être présents ».

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